Un farceur nommé Joseph Kabila

Dans une interview publiée lundi 26 janvier dans le quotidien bruxellois »Le Soir », le président Joseph Kabila a déclaré qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections du fait de son statut militaire. Dans la soirée du même lundi, le nouveau porte-parole présidentiel, Kudura Kasongo, est intervenu à la télévision nationale pour… opposer un démenti aux propos de son patron de président soulignant que ce dernier »se prononcera au moment opportun sur sa candidature ». Désordre.

A deux mois du 1er avril, date universellement consacrée aux farces et autres blagues, Joseph Kabila a préféré, lui, prendre la terre entière de vitesse en lançant son »poisson d’avril »à la fin du mois de Janvier. Farceur, Kabila vient de donner toute la mesure de sa légèreté autant que de son »indignité »à occuper des hautes charges d’Etat qui lui ont été confiées par un regrettable accident de l’histoire. Dans une interview accordée au quotidien bruxellois »Le Soir », daté du lundi 26 janvier, le chef de l’Etat congolais, qui vient de célébrer le troisième anniversaire de son accession au pouvoir suprême, a laissé entendre qu’il ne sera pas candidat à sa succession aux élections prévues en juin 2005. Pour trois raisons majeures. Primo: « il est un officier des forces armées congolaises et les militaires ne peuvent pas se porter candidats ». Secundo: « la décision de changer de statut n’est pas prise ». Enfin: « Je n’ai pas de parti politique ». On imagine la panique qui a dû s’emparer des partisans du président en apprenant cette « gaffe ». Dans la soirée, le nouveau porte-parole du chef de l’Etat, Kudura Kasongo, s’est empressé de réfuter ces déclarations ont été, pourtant, recueillies par une professionnelle, en l’occurrence notre consœur Colette Braeckman. Quoique… Le conseiller en communication du président a eu manifestement beaucoup de mal à nier l’autre information selon laquelle le successeur du « Mzee » n’aurait pas de parti politique. Il a souligné que Kabila « qui est le président de tous les Congolais toutes tendances confondues se situe au-dessus de la mêlée ». A ce titre, il tient à sa promesse de conduire le peuple congolais à des élections libres, transparentes et démocratiques en 2005. Kabila n’a pas de parti? Ce dernier argument sera apprécié par le parti supposé présidentiel, le flamboyant « PPRD »,qui avait organisé en août dernier à Kananga, durant deux jours, un séminaire idéologique en présence de deux poids lourds du « clan kabila » en l’occurrence le ministre de l’Intérieur Théophile Mbemba Fundu et son collègue en charge de l’Information et Presse, Vital Kamhere. Séminaire au cours duquel J Kabila a été présenté comme « l’initiateur » de cette formation politique. Il reste que les médias publics sont devenus l’apanage de cette association politique qui aurait pour chef de file le vice-président de la République Abdoulaye Yerodia Ndombasi.

Et pourtant Joseph Kabila a bien dit ce que Kudura dément. A savoir notamment que son rôle se limite à « protéger les intérêts du peuple congolais ». « Ce dernier veut aller aux élections et j’entends tenir cette promesse-là, un point c’est tout », assure-t-il.

Faut-il en rire ou en pleurer? C’est la question qui fusait, lundi et mardi soir, dans les milieux d’analystes congolais de Bruxelles. Ceux-ci considèrent la sortie médiatique de leur président et la « réplique » de son nouveau « communicateur » comme une « haute farce ». Pour faire rire qui? Question: Joseph Kabila prendrait-il ses concitoyens, qui ont fini par l’adopter malgré les nombreuses zones d’ombres qui jalonnent son passé, pour des gogos prêts à gober n’importe quel mensonge? Depuis qu’il a succédé à son père, il est une chose qu’on ne peut pas ne pas reconnaître à « Joseph ». A savoir: une certaine décrispation de l’environnement politique. La différence s’arrête là. Son prédécesseur fut, en effet, brutal, imprévisible. Déroutant.

HOMME SANS PAROLE

Mais ceux qui ont eu « à pratiquer » les deux « raïs » conviennent qu’ils ont en commun le grand défaut de ne pas faire ce qu’ils disent ou promettent. Dans l’actuel gouvernement de transition, certains ministres n’hésitent pas à confier en privée que le successeur du « Mzee » est un homme « fourbe » qui ne montre jamais sa vraie face. Une culture, dit-on, propre aux « gens de l’Est » particulièrement les originaires des pays de l’Afrique orientale ayant subi une influence arabe. On attribue à l’ancien président botswanais Ketumile Masire cette appréciation sur le fils Kabila: « Il est pire que son père ». Ce jugement n’est pas excessif. Depuis son investiture le 26 janvier 2001 à ce jour, Joseph Kabila s’amuse à dérouter l’opinion congolaise sur ses ambitions politiques futures autant que sur sa volonté réelle de mener à terme le processus de libéralisation de la vie politique. Il aime bien jouer au chat et à la souris avec la communauté internationale par des effets d’annonces. Tenez. En mai 2001, à la veille de l’arrivée d’une délégation du Conseil de sécurité, il annonce la libéralisation des activités politiques. Le décret-loi pris à cet effet se révélera moins libéral que la loi de 1990. Le 30 juin, le Premier ministre belge Guy Verhofstadt est invité à Kinshasa à l’occasion de la célébration du 41ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance. En marge de cette manifestation, une conférence nationale sur les droits de l’homme se tient au palais du peuple. Un clin d’œil au royaume de Belgique, très écouté en Occident sur le dossier congolais. Trois ans après, les observateurs s’accordent à reconnaître que les droits et libertés en RD Congo n’ont connu aucune embellie depuis la disparition du « Mzee ». Le pays demeure un Etat policier où la sécurité juridique et judiciaire sont méconnues. Sauf que les ministres et les hauts fonctionnaires ne sont plus jetés au cachot. Au cours de la même année 2001, Kabila junior est reçu à la Commission des droits de l’homme de l’Onu à Genève où il annonce que la Cour d’ordre militaire ne pourra plus connaître que les infractions aux codes et aux règlements militaires. Le procès des assassins présumés de LD Kabila, en 2002, apportera un cinglant démenti par la présence de Charles Alamba, procureur général près cette juridiction controversée, en qualité de représentant du ministère public. Kabila sera-t-il candidat aux prochaines présidentielles? « Là encore, c’est Dieu qui va me guider », répondait-il au « Soir » dans une interview publiée le 7 mars 2001. Interrogé par le quotidien français « Le Monde » du 17 avril 2001, s’il comptait rester au pouvoir, il dit: « Cela dépend. Si on laisse le pouvoir, entre les mains de qui tombe-t-il? C’est une question importante. Je voudrais que le peuple congolais en décide. Par quel moyen? En allant aux élections ». Dans une autre interview au quotidien « Le Soir du 30 juin 2001, Kabila récidive: « Serai-je candidat à des élections présidentielles? Comment savoir? D’abord, quand donc ces élections auront-elles lieu? (…) Jusque là, je ne suis pas candidat ». Toutes ces dénégations ont le mérite de démontrer la vraie personnalité de l’homme qui aux commandes de la RD Congo depuis le 26 janvier 2001: un piètre farceur.

 

Par Chris Dakua