Une nouvelle vision politique signée Mpuila

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Nous nous sommes toujours intéressés aux visions politiques de tous les Congolais qui aspirent à diriger un jour notre pays. Tel est le cas de la nouvelle vision du Dr François Tshipamba Mpuila qu’on peut découvrir dans l’article intitulé « Drapeau de la République Démocratique du Congo ». Pendant longtemps, Mpuila a assumé les fonctions de Représentant de l’UDPS/BENELUX. Son nom fut également étroitement associé au Bureau d’Etudes, Expertise et Stratégies (BEES 385) de l’UDPS. Il s’est rebellé contre l’emprise de la famille biologique du Président Etienne Tshisekedi sur le parti. Il a alors pris la tête de vingt-six frondeurs qui se sont réunis en conclave à Bruxelles du 18 au 20 septembre 2015. Ils ont décidé d’évincer le leader historique de la direction du parti. Ils ont désigné un président provisoire, André Kalonzo Ilunga, et proposé la candidature de Mpuila comme candidat à l’élection présidentielle prévue en novembre 2016. Le 22 septembre 2015, fidèles à leur politique éminemment improductive et suicidaire, la présidence et l’exécutif national de l’UDPS ont décidé la radiation définitive des frondeurs.

Nous ne nous attarderons pas sur la forme de l’article de Mpuila. Notons toutefois que son titre ne reflète nullement son contenu. Par ailleurs, il n’y a ni introduction ni conclusion; ce qui est déjà révélateur d’un malaise certain dans la pensée du Docteur en médecine (chirurgie et accouchement) qu’est l’auteur. Nous allons nous focaliser sur ce qui apparait comme une nouvelle vision politique susceptible de sauver notre pays de sa longue et interminable tragédie.

LA NOUVELLE VISION POLITIQUE

Mpuila propose d’abord qu’un pacte de sang soit organisé soit à N’Kamba, la Cité de Simon Kimbangu dans le Kongo Central, soit au Stade de Kinshasa, soit à la Cathédrale Notre Dame à Kinshasa. Le but d’un tel pacte est de « préserver et garantir à jamais l’unité nationale, l’équilibre inter-linguistique, la justice, la paix, la stabilité politique, la cohésion nationale et l’alternance politique pacifique et sereine ». Il propose ensuite le « tamisage objectif des candidats à la fonction de président de la république » par les six institutions suivantes: le Conseil des chefs de terre, chefs coutumiers, sages et notables; le Conseil œcuménique; la Présidence de la Maison de la femme congolaise; l’Association des partis politiques démocratiques; le Think Tank (Brain Trust); et les Leaders de différentes composantes de la société congolaise. Enfin, Mpuila propose une présidence tournante en fonction de nos quatre aires linguistiques: Kikongo, Lingala, Swahili et Tshiluba. Il explique aussi de manière concrète comment accéder à la fonction de président de la république.

LE PACTE DE SANG

Le pacte de sang est une coutume mondiale qui remonte à la nuit des temps. Il consiste à se faire une entaille, entre deux ou plusieurs personnes, et à mélanger le sang tout en faisant une promesse que l’on doit tenir. Généralement, on s’engage également à partager tous les secrets. On s’imagine alors qu’en cas de non-respect, il s’ensuit des conséquences fâcheuses; ce qui n’a jamais été démontré. Ainsi, pour résoudre une question de gouvernance au XXIème siècle, Mpuila veut plonger la nation congolaise au cœur de la voyance, de la magie ou de la sorcellerie. Par ailleurs, à l’heure où des maladies mortelles se transmettent par le sang, on attend du médecin qu’il est de déconseiller une telle coutume plutôt que de faire sa promotion. Quant à deux des trois sites choisis pour la coutume barbare qu’il voudrait restaurer à l’échelle de toute une nation, à savoir les lieux saints des Kimbanguistes et des Catholiques que sont respectivement N’Kamba et la Cathédrale Notre Dame de Kinshasa, la laïcité de l’Etat congolais en prend tout simplement pour son grade.

LE TAMISAGE DES CANDIDATS A LA FONCTION DE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Mpuila a raison quand il constate qu’avec le schéma démocratique actuel, quiconque peut facilement accéder à la plus haute fonction du pays en usant de « différentes stratégies »: « entrée par la porte de derrière, parachutage à partir de l’extérieur, armes, violences, corruption, imposture, manipulation des esprits faibles et manipulables, etc. ». A cet égard, il convient de reformer le système pour plus de rigueur et de vigilance. Mais en parlant de « tamisage objectif », Mpuila insinue que le tamisage actuel ne le serait pas alors qu’il répond tout aussi bien à des critères bien objectifs. Par ailleurs, Mpuila affabule quand, par exemple, il décrit les membres d’une des six institutions devant procéder au tamisage des candidats à la fonction du président de la république, les chefs traditionnels, comme « les gardiens du temple de nos valeurs culturelles propres, les représentants directs et sûrs de l’autorité ancestrale ainsi que des aspirations profondes et légitimes de la population ». Qu’on se souvienne de la facilité avec laquelle la Belgique a corrompu les chefs traditionnels du Katanga afin qu’ils reconnaissent en Joseph Kabila un des leurs. Et notons que Mpuila devrait expliquer la raison d’être de chacune de ses six institutions et comment seraient choisis leurs animateurs. Pour l’instant, tout cela ressemble plus à une bouillabaisse qu’à une stratégie réfléchie.

S’il est important, le tamisage des candidats à la fonction de président de la république ne devrait pas être une préoccupation majeure face au désenchantement démocratique actuel. Ce qui importe avant tout en matière de gouvernance est que même si le diable en personne se retrouvait au sommet de l’Etat, les institutions se mettent en branle pour le mettre hors d’état de nuire.

LA PRESIDENCE TOURNANTE PAR ZONE LINGUISTIQUE

L’idée de présidence tournante était au cœur des préoccupations des fondateurs de l’UDPS dont l’idéologie abandonnée sans explication fut le communautarisme. Dans tout Etat, les citoyens vivent diverses consciences sociales. Mais toutes les consciences sociales ne se situent pas au même niveau. Il arrive qu’une conscience sociale soit plus prononcée que d’autres, créant ainsi différentes communautés au sein de l’Etat. Dans ce cas de figure, il est crucial d’intégrer ces communautés dans l’élaboration de l’agenda public. Quelle est la conscience sociale le plus prononcée à l’échelle nationale au Congo-Kinshasa? Pour répondre à cette question, il faut s’en poser une autre. Quelle est la première réaction de l’homme congolais face à la formation de tout nouveau gouvernement à Kinshasa? Cherche-t-on à savoir combien d’hommes et de femmes de sa profession, de sa religion, de son ethnie ou de sa zone linguistique, etc. y sont « représentés »? Jamais! On se soucie toujours du nombre de « représentants » par province alors même que les heureux élus ne représentent nullement leurs provinces respectives. Le sentiment d’appartenance provinciale est donc plus prononcé que toute autre conscience sociale. Dès lors, la proposition d’une présidence tournante par zone linguistique ne se justifie pas.

Même si l’idée de Mpuila se justifiait, il va trop vite en besogne quand il écrit: « Nous avons déjà eu un président de la république de l’aire linguistique Kikongo (Joseph Kasa-Vubu), de l’aire linguistique Lingala (Joseph-Désiré Mobutu) et de l’aire linguistique Swahili (Laurent-Désiré Kabila). Le prochain président de la république devra être originaire de l’aire linguistique Luba ». Sans doute se voit-il déjà dans le fauteuil présidentiel du fait qu’il est issu de cette dernière zone linguistique. C’est oublier hélas que tout ajustement politique remet les compteurs à zéro. Et Kasa-Vubu, Mobutu et Kabila n’ont pas accédé à la magistrature suprême à la faveur d’une présidence tournante basée sur nos quatre aires linguistiques.

PROCEDURE DU CHOIX DU CANDIDAT A LA PRESIDENTIELLE

« Une année avant la tenue de l’élection présidentielle », écrit le stratège Mpuila, « les différents partis politiques de notre pays choisissent leurs meilleurs candidats originaires de l’aire linguistique à qui est le tour pour ce poste et les présentent au Comité de tamisage formé par les six institutions susmentionnées ». Puis, le Comité « choisit le meilleur d’entre eux et le présente au peuple ». Enfin, « pendant toute une année, nous nous rangeons tous (Congolais et partenaires étrangers) derrière le candidat choisi et nous faisons la campagne électorale pour lui auprès du peuple et auprès des partenaires pour qu’il soit très bien connu (sa personnalité, sa vision, son profil, ses priorités, son charisme, son projet de société, son programme d’action….) ». Toujours au cours de la même année, le candidat, qui n’est que candidat, « parcourt les pays des partenaires et amis du peuple congolais pour négocier avec eux et sceller des accords pour la sauvegarde des intérêts partagés et réciproques » (Stratégie « gagnant-gagnant »; « win-win »).

Ainsi, le pays va perdre toute une année à faire la campagne d’un candidat unique et dépenser les maigres finances publiques à organiser une élection au suffrage universel sur cette base. Qu’adviendrait-il en cas d’échec à l’élection? Mpuila trouve normal que le candidat, qui n’est encore que candidat, soit soutenu par les partenaires étrangers. Sur quelle base du droit international? Il y a pire! Le candidat, qui n’est toujours que candidat, est autorisé à engager l’Etat congolais auprès des pays partenaires et amis, en négociant des accords avec eux. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on est en plein délire. L’ex-Représentant de l’UDPS/BENELUX sait bien arranger confusément les choses et les idées.

CONCLUSION

En élaborant une nouvelle vision politique après avoir militer pendant des décennies au sein d’une formation politique en qualité de haut cadre et membre éminent du Bureau d’Etudes, Expertise et Stratégies (BEES 385) de ce parti, Mpuila démontre la médiocrité intellectuelle de la lutte pour la démocratie menée jusqu’ici par ce parti qualifié à juste titre de fille ainée de l’opposition. La grave crise politique que traverse actuellement notre pays après deux élections dites démocratiques, en 2006 et 2011, indique clairement que lors du deuxième comme lors du premier processus de démocratisation de notre pays, nos élites ont engagé notre peuple sur une mauvaise voie. On comprend que des hommes politiques responsables cherchent des alternatives à celle-ci. Mais la recherche de toute alternative à la démocratie de façade doit avoir un point de repère qui est le mal dont souffre le pays. Car, l’alternative doit être le remède à ce mal.

Au cours de la Conférence nationale souveraine, un seul participant, Kinyongo Jeki qui fut notre professeur de logique à l’Université de Lubumbashi dans les années 80, avait décrit avec des mots jutes le mal dont a toujours souffert notre pays et qui n’est rien d’autre qu’un mal universel que les démocraties occidentales ont éradiqué à leur manière: « la confiscation par un seul individu, ou un groupe, de tous les attributs de souveraineté d’un peuple ». (« L’avenir de la science », in Quelle politique culturelle pour la Troisième République au Zaïre? Conférence Nationale Souveraine et Culture – Sous la direction de Ndaywel è Nziem -, Bibliothèque Nationale du Zaïre, 1993). Qu’il s’agisse de l’idée saugrenue du pacte de sang, idée indigne d’un médecin, du tamisage des candidats à la présidence de la république par des institutions farfelues ou encore de la présidentielle tournante basée sur une conscience sociale qui n’est pas la plus prononcée du pays, la nouvelle vision politique du Dr François Tshipamba Mpuila ne peut empêcher la récurrence de ce mal.

 

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo