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           REDACTION   

 
22  AVRIL  2006
 

 

La note biographique de Joseph Kabila : les zones d’ombres persistent

Le site Internet de la présidence de la République www.presidentrdc.cd a enfin mis en ligne la « note biographique » de Joseph Kabila. Et ce, après plus de deux années d’existence de ce site. Le document  est signé Kudura Kasongo. Le porte-parole du chef de l’Etat n’a apparemment pas réussi à arracher à son patron de président les détails précis sur son parcours avant le début de la guerre de 1996-1997. 

« RD Congo : un mystère nommé Joseph Kabila ». C’est le titre d’un article paru dans le mensuel parisien « Africa International » dans son édition du mois d’avril 2006. Cinq ans après son accession à la tête de l’Etat congolais, Joseph Kabila reste un mystère non seulement pour ses concitoyens mais aussi pour la terre entière. La population congolaise n’a pris connaissance du curriculum vitae de leur président que via une dépêche de l’AFP datée du 16 décembre 2002. L’homme était au pouvoir depuis le 26 janvier 2001. En février 2002, le professeur Célestin Kabuya Lumuna Sando a publié son ouvrage « Histoire du Congo – Les quatre premiers présidents ». Au cours d’un point de presse organisé au mois d’avril de la même année dans un local situé dans les Galeries de la Porte de Namur, l’auteur a clamé haut et fort le « soutien moral et matériel » dont il a pu bénéficier de la part du quatrième président. L’assistance salivait littéralement à l’idée de trouver des détails inédits voire croustillants sur le parcours scolaire et professionnel du « jeune président ». Déception. La vie passée de Joseph Kabila ne s’articulait que sur deux feuillets. Plus inquiétant, le réquisitoire du ministère public, repris dans le bouquin,  mentionne que Kabila junior est né à Hewa Bora II. Une localité qui n’a jamais existé en République démocratique du Congo. Il s’agit donc d’une mention fausse. Durant plus ou moins deux ans, le site Internet de la présidence de la République n’a pas été d’un grand secours pour faire taire les « ragots ». « Page en construction », c’est la réponse que recevait tout internaute qui faisait un click sur l’icône « Biographie ». Cette absence d’informations dans une rubrique aussi capitale a contribué à alimenter les spéculations sur les origines de « Joseph ». Depuis quelques jours, c’est une note biographique du successeur de « Mzee » qui apparaît lorsqu’on fait un click sur la rubrique précitée.

Hewa Bora II

Le document est daté du 28 février 2006. Il porte la signature du porte-parole à la présidence de la République Kudura Kasongo Mwana Luaba. Seul élément nouveau : Joseph Kabila serait titulaire d’un diplôme universitaire. Pourquoi pas… ? La note biographique de Kudura aggrave la confusion par son côté désinvolte. Primo : Hewa Bora II revient comme lieu de naissance. Secundo : les études primaires et secondaires sont évoquées sans précision de date encore moins de la dénomination des établissements fréquentés. Selon Kudura, « Joseph » a terminé ses études secondaires au Lycée français de Dar es Salaam. Et pourtant, les habitants de Kisangani se souviennent de leur premier contact, en mars 1997, avec le « commandant Hyppo ». Des témoins crédibles assurent que l’homme ne pipait pas un mot de la langue française. Tertio : la formation militaire en Tanzanie n’est pas non plus datée. De la Tanzanie, on passe directement à l’année 1996 au moment où commence la guerre de l’AFDL. Le porte-parole à la présidence paraît confus au niveau des dates. Selon lui, en 1996, Joseph Kabila assumait les fonctions de commandant des opérations sur l’axe Kisangani ensuite Lubumbashi et Kinshasa pendant l’avancée des troupes de libération. C’est parfaitement faux ! S’il est vrai que l’armée ougandaise avait occupé la ville de Bunia (Province orientale) en décembre 1996, les troupes de l’AFDL se trouvaient encore  dans les deux provinces du Kivu. C’est le colonel rwandais James Kabarebe qui dirigeait les opérations sur l’axe Kisangani. Cette ville est tombée en mars 1997. « Le véritable chef des opérations de l’AFDL était un officier rwandais, le commandant James Kabarebe », écrivait le très influent quotidien américain « The Washington Post » daté du 9 juillet 1997. « Il est secondé par un fils de LD Kabila, Joseph Kabila, 25 ans. On dit que la mère de celui-ci est la sœur du commandant Kabarebe », ajoutait le même journal cité dans « RD Congo : Chronique politique d’entre-deux guerres », G. de Villers et JC Willame, Cedaf – L’Harmattan. « Lorsque l’AFDL entre en vainqueur à Kinshasa, Joseph Kabila est présent, dans l’ombre de « James », auprès de son père », souligne la journaliste Colette Braeckman à la page 134 de son ouvrage « Les nouveaux prédateurs », publié chez Fayard. L’hebdomadaire « Jeune Afrique » daté du 30 janvier 2001 note ce qui suit : « Joseph, adopté par Laurent-Désiré Kabila, intègre l’Armée patriotique rwandaise et devient l’aide de camp du colonel James Kabarebe. A la chute de Lubumbashi, pendant la guerre de 1996-1997, il travaille dans les services de renseignements rwandais et, à ce titre, procède à l’interrogatoire des officiers zaïrois capturés ».

Agent camouflé ?

A en croire Kudura, c’est en 1997, sans précision de mois, que « Joseph » s’est rendu en formation à l’université de la Défense de Pékin. C’est parfaitement inexact ! L’AFDL est entrée à Kinshasa le 17 mai 1997. Ce n’est qu’aux alentours du mois d’avril 1998 que Kabila junior est allé en formation en Chine. Il est revenu au pays trois mois après, suite à la rupture de la « coopération militaire » entre Kinshasa et Kigali fin juillet 1998. En tous cas, ce qui frappe dans la note biographique de Joseph Kabila c’est le silence assourdissant sur le temps passé au sein de l’armée rwandaise. Il y a de quoi  inquiéter les Congolais d’avoir à la tête de leur pays un homme qui ne dit pas la vérité sur son passé. Question : Joseph Kabila cherche-t-il à éluder son passé au sein de l’armée patriotique rwandaise ? Pourquoi ? Serait-il, comme soutiennent certains analystes, un « agent camouflé » de Kigali avec pour mission de désorganiser le système de défense de la RD Congo ? On le voit, le parcours personnel du président candidat ne manquera pas de relancer le débat lors de la campagne électorale. D’ailleurs, dans une note adressée à l’administrateur général de l’ANR (Agence nationale des renseignements) qu’un vent favorable a fait atterrir à notre rédaction, le département de la sécurité intérieure (DSI) énumère les « faiblesses » que le président sortant devrait affronter lors de la présidentielle. C’est le cas notamment du « doute entretenu par certains hommes politiques sur ses origines biologiques et sur son cursus ». Une autre note adressée à la même autorité, fait état de la mise en circulation à travers la capitale d’un tract rédigé en lingala mettant en cause les membres de l’espace présidentiel. « Ce document s’adresse particulièrement aux fonctionnaires, commerçants, étudiants, élèves, avocats, magistrats, médecins, militaires, policiers, sportifs, chômeurs et autres, et dénonce la direction des affaires de l’Etat par des étrangers, traitant tour à tour le président Joseph Kabila de Tanzanien (…). Le salaire et autres avantages du chef de l’Etat ont été repris dans ce document dans le but de révolter la population ». Les deux documents datent de 2005.

B. Amba Wetshi


 

 

 

 

 

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