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Atmosphère de fin de règne Des habitants de Kinshasa ont tenté d’obstruer la route de l’aéroport pour empêcher le retour du Président Joseph Kabila
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26 Mars 2005 Les mêmes Kinois acclamaient l’homme à chacun de ses passages. De l’avis des observateurs, le Congo de Kabila junior présente, en ce mois de mars 2005, les mêmes signes perceptibles durant les derniers mois du régime Mobutu en 1997 En politique, il y a des actes qui ont valeur de symboles. Jeudi 24 mars, des Kinois des quartiers frondeurs de la capitale ( Ndjili, Masina, Kimbanseke) ont mis, dès l’aube, le feu sur un tas de pneus au milieu de la route qui mène à l’aéroport international de Ndjili. Le président Joseph Kabila devait regagner le pays ce même jour au terme d’un voyage à l’étranger qui a fait l’objet de critiques acerbes. Selon une dépêche de l’AFP citant des témoins, les contestataires voulaient bloquer cette artère pour « protester contre le retour du président Kabila ». Un cas sans précédent dans l’histoire du Congo-Zaïre. Un Kinois joint au téléphone a eu ces mots : « On assiste à un retournement de la situation. Jusqu’ici, Joseph Kabila était plutôt acclamé lors de ses passages. Maintenant, son cortège est chahuté. » Il y a eu plus de peur que de mal. La route en question a été rapidement dégagée par la Police d’intervention rapide, appuyée par des éléments de la tristement célèbre garde présidentielle (Groupe Spécial de Sécurité Présidentielle). S’il est vrai que la circulation n’a jamais été bloquée, il n’en demeure pas moins vraie que le geste posé est révélateur d’un double signe de temps. D’une part, l’irrespect grandissant des Congolais à l’égard des animateurs des institutions de la transition en général et du chef de l’Etat en particulier. D’autre part, une certaine atmosphère de fin de règne prévaut à Kinshasa. Et ce, au fur et à mesure que se rapproche la date du 30 juin 2005. Date à laquelle, le Congo démocratique était censé inaugurer sa Troisième République à l’issue des élections générales. Elections ou démission « Si nous ne sommes pas capables d’organiser les élections dans les délais impartis, la conséquence logique est que tout le monde puisse démissionner». Qui parle ainsi ? C’est Kabila en personne. C’était le 7 octobre dernier au cours d’un point de presse. Une prise de position qui a été perçue comme une immense bourde par le « clan présidentiel ». L’UDPS d’Etienne Tshisekedi et tant d’autres leaders politiques paraissent, eux, décidés à prendre le numéro un Congolais au mot le 30 juin prochain. A Kinshasa, l’ambassadeur américain, Roger Meece, a fait savoir à la presse, mercredi 23 mars, qu’il n’y a pas d’alternative au processus de normalisation politique actuel. Sera-t-il entendu cinq sur cinq par « la rue » ? Le chef de la diplomatie belge a tenu, 48 heures auparavant, un discours analogue devant le groupe des ambassadeurs africains en poste à Bruxelles. Il a souligné que son pays n’avait pas d’agenda caché sur l’ex-Zaïre. En langage moins diplomatique, De Gucht voudrait sans doute dire que la Belgique n’a conçu aucun plan pour faire défénestrer par la force le personnel politique actuel. Elle n’a pas non plus de « candidat préféré » pour succéder à Kabila. Et que l’avenir du Congo sera ce que les Congolais en décideront. Une double attitude à la Ponce Pilate qui tranche avec la volonté de « la rue kinoise » d’obtenir le changement. Plus de force que de gré. On assiste à une guerre de nerfs entre le pouvoir et la population. Le premier qui donnera des signes de faiblesse sera perdu. Le même sort pourrait être réservé à celui qui dégainera le premier. Lorsqu’il accède au pouvoir le 26 janvier 2001, Joseph Kabila avait suscité un grand espoir auprès de la population. Ce sentiment s’est confirmé lors de la signature, le 17 décembre 2002, de l’Accord de paix de Pretoria. Le 30 juin 2003, les institutions de la transition sont installées. Deux ans après, de l’avis général, aucun des objectifs contenus dans cet Accord n’a été atteint. Le territoire national n’est toujours pas réunifié avec une province du Nord Kivu qui est en état de sécession de fait. Chaque jour qui passe, le Rwanda de Paul Kagame consolide son emprise militaire sur cette région congolaise. Les Congolais n’y opposent que des imprécations. Le Sud Kivu paraît menacé à son tour. L’insécurité qui prévaut dans les provinces du Kivu et dans le district de l’Ituri trahit l’échec de la pacification. Les officiels onusiens ont indiqué récemment que l’est du Congo est déchirée par une guerre qui fait des milliers de morts chaque mois. «En terme de perte vies humaines, je pense que la RDC est le problème numéro un dans le monde aujourd’hui », a déclaré, mercredi 16 mars, Jan Egeland, responsable du Bureau de Coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Tsunami Selon lui, le nombre des victimes dans le pays équivalait à un « Tsunami par mois ». La reconstruction du Congo reste de ce fait un vœu pieux. Il en est de même de la restauration de l’intégrité territoriale, du rétablissement de l’autorité de l’Etat et de la réconciliation nationale. Qu’en est-il de la formation de la nouvelle armée ? Une brigade intégrée (+/-3.500 hommes) a été formée. Selon les experts, le pays a besoin de sept autres pour assurer la sécurité des personnes et des biens durant les élections particulièrement à l’est. A ce jour, personne ne sait la date arrêtée pour l’organisation de ces consultations politiques. « Ne pouvant pas organiser les élections avant le 30 juin, le gouvernement doit avoir le courage politique d’expliquer à la population les raisons de cette lacune», commente un politologue. Celui-ci d’estimer que les animateurs de la transition auraient dû poser un « geste fort » en organisant, sans attendre, le recensement. « Au plan interne, les gouvernants en place ont également échoué dans les domaines économique et social », ajoute-t-il. Pendant ce temps, chaque jour, l’homme de la rue apprend les scandales qui touchent le monde politique et les mandataires publics. Au Katanga, des organisations non gouvernementales font état du bradage du patrimoine minier du pays par le biais de contrats de gré à gré signés par des responsables de la Gécamines sous la « bénédiction » de certains membres de l’entourage présidentiel. Dans un communiqué daté 15 mars, une Ong basée à Lubumbashi accuse des éléments de la garde présidentielle de Kabila de participer à des « règlements de comptes » entre entreprises minières basées dans l’ex-Shaba. Rappelons enfin le tollé provoqué par le périple asiatique du chef de l’Etat, jugé inutilement coûteux. Au plan externe, l’image des animateurs de la transition semble définitivement brouillée. Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a été le premier partenaire extérieur à brandir le « carton rouge ». Le successeur de « Mzee » n’a jamais dirigé cette « irrévérence ». Dès son retour d’Asie, Joseph Kabila aura à affronter la communauté internationale qui attend de connaître les raisons du non-paiement de la solde des militaires congolais alors que le trésor public décaisse chaque mois la modique somme de 8 millions $ US à cette fin. « La Monuc sait que le gouvernement congolais dépense officiellement huit millions de dollars chaque mois pour le paiement de la solde des troupes », indique un communiqué de la Mission onusienne. L’ambassadeur de France, George Serre, a déjà pris position en exigeant « de connaître la vérité sur cette affaire ». Un diplomate européen dit : « Les dirigeants de la transition ont particulièrement brillé par leur indolence doublée d’un manque de volonté politique ». B.A.W |
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