Union nationale de la presse du Congo vs Alexis Thambwe

Quelle mouche a pu piquer Alexis Thambwe Mwamba qui passe dans le régime kabiliste agonisant comme un des derniers « bouffons » du « raïs »? Pour avoir traité les journalistes congolais de « minables » et de « misérables », lundi 16 juillet, le ministre de la Justice est invité par le président de l’Union nationale de la presse du Congo, Kasonga Tshilunde, à retirer ses injures « endéans 48 heures ». 

Dans un communiqué daté de mardi 17 juillet posté sur sa page Facebook, Kasonga Tshilunde, écrit, en liminaire, que l’Union nationale de la presse du Congo est « scandalisée par les propos combien méprisants irresponsables et irrespectueux » tenus par le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba « à l’endroit des journalistes congolais ».

Alexis Thambwe Mwamba

Lundi 16 juillet, le ministre Thambwe a participé pour la première fois à la réunion d’évaluation périodique de la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 réunissant CNSA-CENI-Gouvernement.

Intervenant sur le volet « décrispation politique », le ministre de la Justice a prétendu avoir remis en liberté 4.109 prisonniers dans ce cadre. Quid des prisonniers « emblématiques » – en l’occurrence notamment Jean-Claude Muyambo Kyassa, Eugène Diomi Ndongala, Franck Diongo Shamba – qui sont toujours embastillés à la prison de Makala?

Tel un taureau voyant un chiffon rouge, le très hautain Thambwe est monté sur ses grands chevaux en tonnant: « L’accord [du 31 décembre 2016] n’est pas une bible ». Selon lui, les trois détenus précités sont tout simplement « non libérables ». Au motif que « les conditions ne sont pas remplies ». Quelles sont ces conditions? Le ministre est resté évasif en bredouillant que les « trois » ne sont pas des « prisonniers politiques ». Voulait-il dire que ces derniers sont, en réalité, les « prisonniers personnels » de « Kabila »?

Dans le cadre des mesures de « décrispation », les personnalités contraintes à l’exil devaient regagner le pays sans qu’ils fassent l’objet d’harcèlement judiciaire. C’est le cas notamment de Moïse Katumbi Chapwe et d’Antipas Mbusa Nyamwisi.

Sous d’autres cieux, il est pour le moins malsain qu’un membre de l’Exécutif intervienne dans des matières qui relèvent de la compétence des autorités judiciaires. A maintes reprises, le ministre Thambwe a menacé d’envoyer Katumbi en prison dès qu’il mettra les pieds au pays. Ce genre de prise de position fait désordre. Que reste-t-il de l’indépendance du pouvoir judiciaire proclamée par le premier alinéa de l’article 149 de la Constitution?

« MINABLES, MISÉRABLES »

A l’évocation du nom de l’ancien gouverneur du Katanga, Alexis Thambwe Mwamba a perdu son sang-froid en traitant les journalistes de « minables, misérables ». Il leur reproche de dénoncer la non-application des mesures de décrispation. Réputé pour son arrogance autant que son impertinence, Thambwe de clamer que les journalistes congolais sont prêts à écrire « n’importe quoi pour peu d’argent, 1.000 ou 1.500$ de Moïse Katumbi et continuent à lui accorder la parole ».

Moïse Katumbi

Dans son communiqué, Kasongo Tshilunde élève une « protestation énergique » avant de qualifier les propos en cause d’ « inacceptables » et « indignes » de la part d’un homme d’Etat « qui par son passé, n’a aucune leçon de morale à donner aux journalistes ».

Ancien dignitaire de la Deuxième République de Mobutu Sese Seko, Thambwe s’était fait « discret » lors de la prise du pouvoir par l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). Il avait pris le chemin de l’exil.
Après la rupture entre Mzee Kabila et ses anciens mentors ougandais et rwandais, « Alexis » fera partie des ex-mobutistes recrutés par le régime de Paul Kagame pour donner la « caution congolaise » à une pseudo-rébellion congolaise créée en août 1998 à… Kigali. Nom: RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). En janvier 1999, Thambwe devint le chef de la diplomatie de ce mouvement pro-rwandais. L’opinion tant nationale qu’internationale a encore frais en mémoire ses déclarations fanfaronnes après la destruction en vol d’un avion civil de la compagnie Congo Airways.

En 2003, « Alexis » atterrit à Kinshasa avec la casquette de cadre du MLC (Mouvement de libération du Congo) de Jean-Pierre Bemba Gombo. Il fait son entrée au gouvernement « 1+4 » avant de rejoindre le « clan kabiliste ».

Pour le Président de l’UNPC, il ne peut en aucun cas laisser passer les « insultes » proférer aux membres de la corporation par Thambwe. Au nom de ces derniers, Kasonga Tshilunde « exige de M. Thambwe le retrait, endéans 48 heures, de ces insultes ». Passé ce délai, conclut-il, « la profession prendra des mesures graves de rétorsion ».

La fermeté inhabituelle adoptée par le Président de l’UNPC dans son communiqué est unanimement saluée. Les élucubrations d’Alexis Thambwe sont, par contre, chahutées. Affaire à suivre.

 

B.A.W.