Vers l’Union sacrée pour la nation?

Polydor-Edgar Kabeya

Après la passation du pouvoir dite « civilisée » à la magistrature suprême, le 24 janvier 2019, il a fallu attendre huit mois pour qu’un gouvernement de coalition entre les plateformes du président « sortant », Joseph Kabila, et du président « entrant », Félix Tshisekedi, puisse voir le jour. Un cabinet mis en place au terme d’interminables tractations et tiraillements focalisés davantage sur le contrôle des ministères régaliens (justice, finances, défense…) – considérés par la « kabilie » comme des chasses gardées pour la survivance de son imperium long de dix-huit ans – que sur les voies et moyens de sortir le pays de son coma économique et social. Un comité de suivi de la mise en œuvre de cet accord de coalition fut même instauré.

Peine perdue! Au fil des réunions ou rencontres aussi nombreuses que superfétatoires, et malgré de multiples tête-à-tête entre les deux « chefs » des « coalisés », ce cadre de suivi s’est avéré une coquille vide. Il s’est mué (chasser le naturel, il revient au galop) en une succession des parties de poker menteur au cours desquelles primaient des manœuvres politiciennes au détriment de la prise en compte de « l’aspiration du peuple congolais à la paix, au progrès et au mieux-être » exprimée dans l’exposé des motifs ayant nécessité l’alliance. Entre « partenaires » de cette configuration institutionnelle inédite, les pesanteurs pour la survie politique des uns se heurtaient aux perspectives des autres pour la consolidation – par ailleurs spécifiée dans l’accord – de l’État de droit, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption.

Cette vision antinomique de la République renvoyait aux calendes grecques le moindre début de décision politique censée répondre aux besoins élémentaires de la population: l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé convenables, à un emploi rémunéré, à un logement décent, à l’entrepreneuriat, à la sécurité des personnes et de leurs biens, aux transports en communs, à la culture et au savoir… « Nous faisons du sur place, comme un véhicule qui tourne continuellement autour du même rond-point, à cause d’une coalition au sein de laquelle d’aucuns servent deux maîtres à la fois », lançait la porte-parole des « mamans » maraîchères reçues dans le cadre des consultations présidentielles.

Une coalition contre-nature

Dans l’intitulé de son rapport sur un an de gouvernance publié en janvier 2020, l’Association congolaise pour l’accès à la justice (ACAJ) résumait l’état d’esprit des Congolais face à ces attentes déçues: « Alternance politique en RDC: de la lueur au leurre d’une coalition contre-nature ». Pour avoir juré « fidélité et loyauté » au président « sortant » (*) – sacralisé « autorité morale » de leur dynastie politique – le président du Sénat, la présidente de l’Assemblée et le Premier ministre n’ont cessé de multiplier des actes et prises de position dignes d’un parti d’opposition, voire d’une caste des réfractaires à l’alternance intervenue à la présidence de la République. En témoigne leur absence, le 21 juillet, à la prestation de serment des trois nouveaux juges nommés à la Cour constitutionnelle par le chef de l’État.

Par ce nouvel acte de non respect des us et coutumes républicains, ces trois personnages (nous n’osons pas dire personnalités politiques !) n’ont fait que confirmer la vacuité, voire l’extinction d’une coalition devenue source de blocage. Agissant en ouailles soumises à l’évangile selon la « kabilie », et non en hommes ou femme d’État responsables devant la nation, ils ont piétiné les prérogatives constitutionnelles dévolues au président de la République. Fallait-il, et faut-il, continuer sur cette voie de l’immobilisme et de dysfonctionnement des institutions inspirée par la poursuite et la conservation d’intérêts ou privilèges partisans?

Fallait-il, et faut-il, maintenir sous perfusion une coalition en soins palliatifs, car inexorablement enlisée dans des querelles byzantines – et souvent de mauvaise foi – autour, par exemple, du non respect de la constitution par le chef de l’État alors qu’il existe des voies et procédures judiciaires ad hoc en cette matière? Fallait-il, et faut-il, prolonger l’acharnement thérapeutique d’une coalition au risque de la voir se transformer en une « oasis de l’impunité et des anti-valeurs », selon la formule du docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018?

Une décision pour le redressement de la République

Pour extirper le pays de cette impasse, le Président de la République a pris la décision, dans son adresse du 23 juillet, d’engager des consultations avec « les leaders politiques et sociaux les plus représentatifs, afin de recueillir leurs opinions à l’effet de créer une union sacrée de la nation visant à la refondation de l’action gouvernementale ». Désillusionné par les multiples « dialogues » et autres « concertations » qui, sous le « mobutisme » et la « kabilie », se réduisaient lamentablement à un simple débauchage pour le « partage du gâteau », le peuple ose croire qu’il s’agira – comme la France unie pour la défense de la patrie en danger lors de la Première guerre mondiale – de souder réellement les Congolais de toutes tendances (politiques, économiques, philosophiques, religieuses…) autour des valeurs et principes communs de gestion saine pour l’essor de la nation.

Aucune plateforme pré ou postélectorale, aucun accord de coalition, aucun deal politique secret ou connu, aucun serment de loyauté à une quelconque « autorité morale », aucune appartenance à un parti politique ne peut indéfiniment prendre en otage les aspirations de liberté, de paix, d’épanouissement et de développement de la seule majorité, réelle et effective: la majorité du souverain primaire, le peuple! « Je prendrai la décision qui s’impose pour le salut du Congo; je crois que Dieu lui-même ne pourra me condamner », a confessé le président de la République lors de ses consultations. Les Congolaises et Congolais attendent de voir…

 

Polydor-Edgar Kabeya
Juriste, consultant en médias et communication
Rédacteur en chef de la revue « Palabres » (Éditions L’Harmattan, Paris)

(*) Lire: Félix Tshisekedi: Entre vin nouveau et vieilles outres

13 thoughts on “Vers l’Union sacrée pour la nation?

  1. « UNION SACRÉE »
    Il ne suffit pas de jouer avec les mots pour s’attendre à voir les choses s’améliorer comme par enchantement. Encore faut-il se poser la question de savoir si les acteurs de cette démarche ont réellement l’intention de parvenir à l’objectif escompté, c’est-à-dire celui de rapprocher les Congolais toutes tendances confondues; lorsqu’on sait à quoi avait abouti l’autre « union sacrée » à l’époque de la conférence nationale: débauchage de presque toutes les figures de proue de la scène politique de l’epoque.
    En clair, prendre au sérieux ce que disent les politiciens congolais revient à croire qu’un jour les poules auront des dents.
    Solution : UNE RÉVOLUTION POPULAIRE.

  2. Polydor Edgar Kabeya
    « Les Congolaises et Congolais attendent de voir… » Desole de vous decevoir: Ils attendront longtemps! Bamesana! « Bientot », semble-t-il, un discours-bis destine encore une fois au parlement-debout de l’Udps qui se reunit sous le manguier a la 10eme rue a Limete!

  3. Très bel article. Les mots danses avec rythme et fracas, sans jamais perdre leur visée commune : le portrait juste d’une situation politique réelle.

  4. @ Kabeya:
    Nous osons deviner qu’apres 2 mois de ballet de ces consultations budgetivores (dont le but etait plutot « d’impressionner » Kabila et sa bande FCC), Fatshi choisira tres probablement – et malheureusement – l’option de « Re-negociation » avec Kabila, croyant avoir eu a travers le long ballet (de demandeurs de postes pour la plupart) un « Levier » de ces renegociations avec Kabila. Bref, nous avons a faire a deux Roublards se retrouvant bientot pour jouer au « Poker-menteur ». A vous de deviner ce que choisirait Fatshi en vous referrant au chapelet de ses promesses sans suite, dont ses Sauts de Moutons, maisons prefabriquees, enseignement et soins gratuits etc.. Bref: « Peuple d’abord ou Enrichissement d’abord » pour Fatshi et ses amis (pardon « conseillers ») jadis broyant l’herbe amere a l’Etranger ou palabrant sous le manguier a Limete? Le choix est tres simple pour eux n’est ce pas… et honnetement Mr. Kabeya ?

  5. A KUM, comment comptez-vous mettre en œuvre votre « révolution populaire » et contre quoi ou contre qui ?
    A Chriso 45, « Les Congolaises et Congolais attendent de voir… » conclut l’auteur ; donc wait and see au lieu de spéculer.
    A Musema-Kweli, pourquoi polluer le débat et s’écarter du problème de fond avec les « conseillers » de Fatshi « broyant l’herbe à l’étranger ou palabrant sous le manguier à Limete » ?
    La « maman » maraîchère n’a pas tort : les Congolais aiment tourner en rond ; ils veulent, à la fois, une chose et son contraire. Les mêmes, à l’instar de l’Église catholique, qui critiquaient la coalition entre les plateformes de Kabila et Tshisekedi, les mêmes qui parlaient du mariage entre le mal et le bien sont les mêmes qui souhaitent l’échec des consultations pour reconfigurer la majorité parlementaire. Les mêmes qui accusaient Tshisekedi de couvrir ou d’être le complice des « détournements » de Vital Kamhere et qui avaient manifesté pour réclamer justice sont les mêmes qui ont crié au scandale ou à un procès politique lorsque Kamhere a été condamné…

    1. R MUNDIBU ?
      Sur Youtube on decouvre un jeune artiste au nom de Robinho Mundibu qui repond aux question d´Ado Yuhe.. explique que quelqu´un peut jouer gratuitement un Concert á Kin et personne ne sera là.. Il explique que ceux qui organisent les Concerts sont entrain de laisser tomber parce qu´ils travaillent á perte. Subtilement ce musicien donne la raison simple et évidente de cette situation: Les kinois sont si pauvres qu´ils ne peuvent même pas depenser 1 $ pour assister á un concert… Si pauvres qu´ils ne peuvent pas payer le transport pour aller écouter de la musique gratuitement..
      Les congolais dixit cet artiste musicien doivent faire le choix de depenser 1000 Franc congolais en se payent un peu de poisson pimenté et payer le transport pour aller assister á un concert…. quand Felix avec ses conseillers, plus de 500 conseillers qui touchent 15000$ font la fête !
      Vous avez raison de revenir au programme des 100 jours quand les kinois se demandent où est passé le nouveau palais presidentiel dont les millions ont été payés par la Banque centrale depuis 2 ans ?

    2. @Antoine Bofola
      Tshilombo vous a-t-il revele le contenu du deal qu’il a librement signe avec le leader supreme « Joseph Kabila » et pour lequel il solliciterait le soutien des Congolais pour s’en sortir mais en meme temps, curieusement, ces memes Congolais « attendent de voir »? Wait and see what?
      La promesse faite pour la fermeture de tous les cachots de l’ANR, dont celui qui venait d’acceuillir la « reine de mutwashi », voila eux ans a-t-elle ete realisee? « Wait and see »?
      Pour quel motif a-t-elle ete arretee par un service de renseignement qui n’a aucune juridiction si « infraction » il y a en lieu et place de la police judiciaire? « Wait and see »?
      La gratuite de l’enseignement prescrit dans le document reconnu a tort comme « Constitution » de la « Republique democratique » du Congo a-t-elle ete effective avec Tshilombo? « Wait and see »?
      Ou en est-on avec le programme de 100 jours – sans mentionner le detournement des fonds? La aussi « wait and see »?
      Le dollar s’echange a 21,000 fc alors qu’au moment de sa nomination au « sommet de l’Etat », il etait echange a 16,000 fc. Toujours « wait and see »?
      Avec le budget de la presidence de la « Republique » qui vient d’etre depasse de 14,000%, pendant que les enseignents, fonctionnaires, policiers et militaires demeurent impayes, faut-il encore « wait and see »?
      Le dernier rapport de HRW a propos des droits de l’homme durant le « regime » de Tshilombo s’avere plus catastrophique par rapport a son partenaire « predecesseur », meme la aussi faut-il « wait and see »?
      Tshilombo avait promis de « mourir pour la paix a l’est du pays ». Mais pourquoi attend-il de mourir afin afin que nos freres et soeur de l’est retrouvent la paix? Wana pe « Wait and see »?
      Tshilombo a promis – voila deux mois – d' »annuler » la decision frauduleuse d’elevation de Minembwe en une « commune rurale » sans pour autant instruire le Premier ministre a ce sujet. Faut-il « wait and see »?
      Je prefere m’arreter ici! Botika ko kosela « Wait and see » makambu! Aza na ye anglophone, ye muana batu!

  6. A Chryso 45
    Puisque vous semblez être convaincu (c’est votre droit) du deal signé entre « Thilombo » (sic) et « Joseph Kabila » (sic), quelles sont vos propositions pour en sortir ? Au lieu de tourner en rond en ressassant les mêmes redites qui nous éloignent du problème de fond : l’état calamiteux du Congo dans lequel la « révolution » de l’AFDL a plongé le pays depuis 1997 ! Selon vous, combien d’années faudrait-il pour nettoyer ces « écuries d’Augias » héritées du kabilisme ? Souvenons-nous que les Congolais (Zaïrois à l’époque) applaudissaient les « Kadogos » qui paradaient dans nos villes avant de déchanter…
    Je dis « wait and see », car il ne faudrait pas placer les charrues devant les bœufs. Quel sera le résultat des consultations ? Quelle sera la décision ? Le peuple marquera-t-il son adhésion ou son rejet ?
    Pour le reste, votre litanie (la « reine de mutwashi », « gratuité de l’enseignement », « le dollar à 21.000 FC », « le budget de la présidence », « le rapport de HRW », « Minembwe »…) amalgame tellement des sujets qu’il serait sain, de votre part, de les aborder séparément pour éclairer les lecteurs. Et quel rapport avec les consultations actuelles ? La « maman maraîchère » n’a pas vraiment tort ! Nous tournons en rond, car nous adorons répondre à une question en soulevant mille autres…

    1. @Antoine Bofola,
      Le problème avec nous autres Congolais c’est que l’on se contente souvent de recourir aux solutions « mi-chemin » (interêt perso obligeant) alors que l’on sait pertinemment bien ce qu’il faut faire.
      Ces pseudos libérateurs qui sont en réalité venus liquidé ce qu’il en restait du mobutisme sont encore là en train de nous imposer leur loi, et on veut que les choses changent ?
      Il est temps d’arrêter de nous demander de donner nos idées pour la résolution de la crise, car ce ne sont pas les beaux textes qui manquent; appliquons-les et tout ira bien. Qu’on arrête de tourner autour du pot tout en sachant bien ce qu’il faut faire, mettons de côté notre égocentrisme légendaire et SAUVONS LE CONGO, notre maison commune.

  7. @Antoine Bofola
    Je suggère la desobeissance civile depuis 2012 avec feu tata Etienne Tshisekedi.
    Aujourd’hui, Tshilombo est le problème! Je vais être « vulgaire » (mes excuses) juste pour une seconde afin d’attirer votre attention: Bokolia mbua avec la comédie des consultations!
    Tshilombo a dit qu’il mourrait pour la paix chez moi à l’est! Qu’il meurt! Sinon pour le reste, qu’il DEMISSIONNE et TOUT va s’effondrer! Voila l’unique et seule solution au problème qu’il EST lui-même! Que je vous le répète en quelle langue pour la enième fois?

  8. APRES LE « FCC », VOICI L´UNION SACREE
    Avez-vous notés que l´Union Sacrée est une copie du FCC? En effet, le FCC avit l´ambition de rassembler le plus possible des partis politiques autour du PPRD.
    Quand Felix lance ce concept d´une union sacrée, nous retrouvons la même philosophie où un président « autorité morale » s´arrange á rassembler autour de lui plusieures partis politiques.. Ainsi, l´UDPS sera comme le PPRD, á la pointe pour defendre les derives dictatoriales du président de la république.
    Tata bo, mama bo.. Les vielles pensées du MPR ont la vie dure ! Le descendant de l´un des fondateurs du MPR étant président de la république ne peut que retourner á la source !

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