Voir Karawa et s’indigner

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo, Lubumbashi 1983

Il est des noms des villes et autres agglomérations qui vous colonisent l’esprit au point de vous pousser à les découvrir un jour. Tel est le cas de Karawa, sans doute en raison de la poésie qui l’entoure, depuis qu’il a été enregistré dans notre mémoire au cours de nos études à l’Université de Lubumbashi (1978-1984). Tout ce que nous en savions il y a encore peu, c’est qu’il s’agissait d’une localité de l’ex-province de l’Equateur, située entre Gemena, chef-lieu de l’actuelle province du Sud-Ubangi, et Gbadolite, chef-lieu de la province voisine du Nord-Ubangi. Pour nous y rendre, nous transitons par la République Centrafricaine. A Bangui, la capitale, où nous atterrissons le 16 février, nous avons le choix entre deux itinéraires. Longer en aval la rivière Ubangi jusqu’au poste frontalier de Zinga, à une centaine de kilomètres et en face du poste avancé de la Direction Générale de Migration (DGM) de Libenge sur la rive gauche. La route est sécurisée, mais pas entretenue. Ou alors traverser la rivière Ubangi en moins de dix minutes en pirogue motorisée pour se retrouver à la DGM de Zongo. Notre choix est fait. La traversée a lieu le 20 février.

La réhabilitation par des Chinois de la route Zongo-Gemena, longue de 256 kilomètres, a renversé l’ordre de l’offre et de la demande. A la gare routière improvisée de Zongo, on trouve des bus et taxi-bus neufs et d’occasion qui attendent parfois pendant toute une journée avant de prendre le départ. Coût du billet, 10.000 FCFA. A multiplier non plus par 2, comme il y a quelques mois, mais par 2,7 pour obtenir l’équivalent en franc congolais. Pour voyager dans de bonnes conditions, nous payons pour les deux places à la cabine d’un taxi-bus. Partis à 13 heures, nous arrivons à Gemena à 19 heures à cause de fréquents et parfois longs arrêts que se permet le chauffeur dans un mépris total des clients qui ne cessent d’exprimer leur mécontentement. Car, un maximum de 5 heures aurait suffi. Nous décidons de descendre à l’Interpellation, le plus grand hôtel de la ville. Mais le chauffeur nous le déconseille, invoquant des raisons sécuritaires à cette heure de la tombée de la nuit. Il nous emmène dans une Résidence des chambres d’hôte à quelques encablures du Gouvernorat. Le lendemain, nous apprenons de la tenancière que le chauffeur lui exige de facturer la chambre $15 par nuit au lieu de $10, les $5 étant la commission pour service ainsi rendu.

La route Gemena-Zongo se poursuit jusqu’au port maritime de Douala au Cameroun qui permet, avec le port fluvial d’Akula sur la rivière Mongala, la respiration économique du Sud-Ubangi. Puisque nous connaissons déjà cette route, nous décidons de découvrir Akoula, 115 kilomètres à l’Ouest, avant de poursuivre notre voyage à Karawa, 75 kilomètres au Nord. Le 21 février, les voitures taxis étant inconnues à Gemena, nous débarquons en « wewa » à la gare routière tout aussi improvisée. La vingtaine de véhicules qui attendent les clients vont tous à Zongo. Nous demandons à un premier chauffeur si nous pouvons louer son pick-up pour qu’il nous conduise à Akula. Il ne nous regarde même pas. La quatrième tentative sera la bonne mais après quelques hésitations. Notre interlocuteur avance le montant de $150. Nous lui proposons un peu plus, question de vaincre ses réticences à peine voilées. Marché conclu! Et nous voici deux heures après à Akula. Nous nous rendons vite compte que nous ne pouvons pas y passer la nuit pour avoir toute une journée à découvrir les lieux. Le centre d’accueil des ex-Plantations Lever a déjà mis la clé sous le paillasson. En dehors de cela, plus d’alternative viable. Nous offrons au chauffeur un grand repas dans un de ces « malewa » douteux, le temps pour lui de nous attendre patiemment pendant que nous sillonnons rapidement Akula en taxi-wewa. Les maisons en pilotis indiquent que la localité a été construite dans une zone marécageuse de surcroit inondée en périodes de crue. L’entrée au port se fait dans un embouteillage monstre de vieux camions ex-armée de marque MAN, la marque de prédilection sur les routes du Nord et Sud-Ubangi. Les baleinières sont reines au port, accostées dans un désordre révélateur du climat général du pays lui-même.

Nous retournons à la Résidence des chambres d’hôte de Gemena en attendant le départ pour Karawa où nous allons séjourner du 22 au 28 février. Apprenant que nous sommes originaire de l’ex-province de Bandundu, la tenancière, veuve d’un homme originaire de l’ex-province du Bas-Congo, sympathise vite avec nous. Car, pour les Bangala d’ici, les populations du Bas-Congo et du Bandundu sont tous des Bakongo. A la gare routière ce 22 février, nos efforts pour louer un véhicule s’avèrent vains. Nous succombons au baratin du « wewa-taximan », un élève qui reprend la sixième année secondaire et qui paie ainsi ses études. Il exige 5 litres de carburant, à 2.300 FC le litre, et 12.000 FC. Nous faisons un deal avec lui. Lui payer bien plus à condition qu’il ne roule jamais à plus de 30 km/h; ce qu’il va scrupuleusement respecter.

De Zongo à Karawa, en passant par Gemena, on est en pays Ngbaka alors qu’en allant à Akula à partir de Gemena, on parcourt également le pays Ngbandi et Ngbanza. Les maisons traditionnelles sont à prédominance rondes dans le premier pays et rectangulaires dans le second. Les toitures sont en rameaux de palmier. Comme au Liberia. Et tissées exactement de la même manière. Plus on s’approche de Karawa, plus les toitures en paille deviennent majoritaires, la main de l’homme ayant transformé de vastes étendues de forêt primaire en savane. Presque partout, on est en précampagne électorale. Sont déployés le long des routes, les drapeaux des « Ligablo » ou « Bilanga » qu’on a tendance à confondre avec les partis politiques. Contrairement au Sud, le Nord-Ubangi a établi des barrières de police pour cyclistes en plus de celles pour motos et véhicules dans les deux provinces. On y contrôle la taxe annuelle qui s’élève à 3.000 FC. On y contrôle également le fonctionnement des freins et des klaxons. Malheur au cycliste pris en défaut. A l’entrée de Karawa, c’est un poster géant de Jean Pierre Bemba qui accueille les visiteurs au siège de son parti avec ces mots: « Congo Avenir. Jean Pierre Bemba Gombo, Président ».

On devrait inventer un autre terme pour désigner les trois hôtels de la place que nous visitons dans l’espoir d’y être logé: Sentiment de Karawa chez Tantine MT, La Petite et Chic Hôtel La Pelouse, avec respectivement 5.000 FC par nuit pour les deux premiers et 4.000 pour le dernier. A la paroisse catholique où le centre d’accueil est en construction, on nous oriente vers la concurrence, la Mission protestante à la rive gauche de la rivière Libala. Le centre d’accueil Bocemi de la Communauté Evangélique de l’Ubangi-Mongala (CEUM) dispose de chambres classiques d’hôtel à $10 la nuit, mais qui gagneraient à retrouver leur lustre d’antan. Certaines lacunes dont le manque d’électricité sont vite comblées par notre arsenal du parafait bourlingueur. En l’absence du manager en séjour à Kinshasa, son épouse, fonctionnaire de l’Etat, assure l’intérim. Un entretient sur nos plaisirs gastronomiques lui permettent de nous proposer trois repas par jour pour un total de 15.000 FC. Mais elle va se mettre à préparer bien plus que pour une personne; ce qui va faire le bonheur des trois ouvriers qui nous tiennent souvent compagnie.

Nous sommes enfin à Karawa! En fait, c’est le centre administratif du secteur du même nom dans le territoire de Businga, province du Nord-Ubangi. Il est construit sur les deux rives de la petite rivière Libala. A la rive droite, nous visitons les bâtiments administratifs du secteur. Il faudrait réveiller le Premier Ministre Patrice Lumumba pour qu’il réécrive son discours du 30 juin 1960: « La République du Congo a été proclamée et notre pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants. Ensemble, mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur […] Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique toute entière ». En effet, comme ailleurs, tous les édifices publics y compris la résidence du chef de secteur et celle du capitaine de police datent de l’époque coloniale et n’ont bénéficié d’aucune réhabilitation depuis lors; ce qui n’empêche que la maison carcérale locale sans le moindre dispositif sécuritaire soit pompeusement baptisée « Prison de Guantanamo ». Nous visitons également les deux centres d’ambiance, le « Bar » MT et le « Nganda » Emeraude. Ils ferment généralement à 22h00. Nous sommes aussi témoins des travaux de la réhabilitation de la route Karawa-Gbadolite qui viennent de commencer, avec l’Office des routes comme partenaire d’exécution.

La rive gauche constitue la particularité de Karawa par rapport aux autres secteurs. Certes, ici comme ailleurs, nous touchons du doigt la concurrence facile en toute médiocrité à laquelle semblent se livrer tous les coins et recoins du pays, chacun voulant se doter de son Institut Supérieur Pédagogique (ISP) dans des bâtiments traditionnels respirant la misère sur tous les plans. Mais il y a aussi et surtout la Mission protestante qui fut jadis le centre de rayonnement des activités missionnaires américaines pour toute l’Afrique centrale. On y trouve un grand centre hospitalier qui lui aussi a perdu de sa superbe. On y trouve également les vestiges de l’Ubangi Academy (UBAC), l’internat qui accueillait les enfants des missionnaires américains dont un certain William Lacy Swing qui deviendra plus tard le Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU et Chef de la Mission onusienne en RDC (MONUC) avec rang de Secrétaire Général Adjoint. Sous l’impulsion de la CEUM et dans un partenariat avec des organisations américaines, l’UBAC subit une métamorphose graduelle et réussie en ISTEM. Les autorités académiques s’empressent de nous inviter à intervenir lors de prochaines journées culturelles. Malheureusement, elles se tiendront après notre petite semaine de congé. Une occasion en or est ainsi ratée pour prêcher notre évangile de la démocratie endogène.

Nous visitons bien d’autres réalisations de la Mission protestante. Le garage et l’imprimerie, jadis prospères et de grande renommée, trahissent aussi un désengagement profond. Cependant, l’imprimerie offre un accès à l’Internet moyennant un abonnement mensuel de $10. La source de Mbudi, à plus ou moins 5 kilomètres de la piste d’aviation pour petits porteurs, alimente la Mission en eau potable grâce à un système ingénieux de pompage à roue à aube. A 25 kilomètres sur la route menant vers les riches exploitations caféières de Scibe Zaïre, qui n’existent plus que de nom, nous visitons, toujours en « wewa », le lac Kweda dans le Secteur Bodangabo, en traversant le long village de Botolo. La route sert également de raccourci pour atteindre Gbadolite à 146 kilomètres de ce drôle de lac de moins d’un kilomètre carré. On ne lui connait aucune source d’approvisionnement. Et il n’alimente à son tour aucune rivière. Ses eaux sont tout simplement stagnantes avec une source invisible enfouie dans ses entrailles. Les missionnaires américains avaient construit 4 bungalows dans son rivage pour y passer les weekends. Laissés à l’abandon, ils sont squattés par un détachement de la police du secteur.

Quand nous regagnons le centre d’accueil Bocemi où des ingénieurs de la CEUM en charge du développement suivent un séminaire de renforcement des capacités, ils regrettent que nous n’ayons pas visité Kanana. Nous avions pourtant vu un signal routier indiquant la direction de Kanana et la distance de 8 kilomètres le séparant du lac Kweda. A notre question de savoir ce qu’on pouvait bien y trouver, le « wewa taximan » avait répondu: « Eza mboka moko boye ». Maintenant que nous savons que Kanana est tout sauf un « mboka moko boye », rendez-vous est aussitôt pris pour le visiter en compagnie de l’un des ingénieurs chargés de sa gestion. Kanana, c’est un village perché au sommet d’une colline qui domine toute la contrée avec une vue panoramique qui ferait le bonheur de tout promoteur immobilier. Mais il y a mieux que cela. Kanana, c’est aussi et surtout 560 hectares de terre acquis par la CEUM en 1983 et dont 110 sont déjà mis en exploitation pour plus de 400 espèces différentes d’arbres fruitiers dont 14 hectares rien que pour les mangoustaniers. Une première mondiale à l’époque!

Entre Kanana village et Kanana domaine agricole, nous visitons la résidence de l’ingénieur en chef et celle de l’ingénieur secrétaire qui nous guide. Nous visitons également le centre d’accueil à l’abandon toujours construit par les missionnaires américains. Au cœur du domaine, il y a aussi un guest house où coulait même de l’eau chaude. Quant au domaine aux dimensions industrielles, mais à l’exploitation artisanale, il ne peut qu’illustrer la dérive d’un pays non-dirigé. Les arbres fruitiers défilent devant nous: spondia, livinguistonia, inga, abiu, batoa, théa sinensis, durio, canistel, jackier, chempeder, sopote noir, lecythis, koussou, etc. A l’exception des mangoustans, ananas, noix de coco et ramboutans, tous les fruits pourrissent quand ils ne font pas le bonheur des villageois. La faute? Le manque de débouché, lui-même dû à l’absence des voies de communication. Faute de financement, par exemple, la nature a repris ses droits sur les 8 kilomètres de route reliant le lac Kweda au domaine agricole. La route n’est désormais qu’une piste.

Mais à Karawa et ses environs, il y a mieux que le domaine agricole de Kanana pour indigner toute conscience soucieuse du bien-être du peuple congolais. Il y a surtout le barrage de Xulu que nous avons visité en tout premier lieu aussitôt que nous avons appris son existence. Fondateur de la Mission protestante en 1930, le missionnaire américain W.D. Thornbloom a eu un enfant à Karawa même et qui a commencé ses études à l’UBAC. Bob Thornbloom. De retour de son pays où il a poursuivi des études supérieures, il découvre au cours d’une partie de chasse en 1970 les chutes Sulu au confluent de deux petites rivières de presque même débit, la Libala et la Gangala, situé à 12 kilomètres en amont. Le terme « Sulu », qui signifie chute en langue Ngbaka, est transformé en « Xulu » par les missionnaires américains. Bob, surnommé Babi, se rend vite compte de l’intérêt du site pendant que la Mission dépense quotidiennement 200 litres de carburant pour faire fonctionner ses groupes électrogènes. Un projet de barrage est rédigé. Le financement acquis, les travaux commencent en 1976. Le 3 juin 1984, le Président Mobutu procède à l’inauguration de l’ouvrage. En 2000, les missionnaires américains retournent chez eux. En 2002, le barrage géré par le clergé local et employant une centaine de travailleurs cesse de tourner.

De son vivant, Mobutu avait visité trois fois ce barrage. L’une des fois, son guide n’était autre que celui qui nous guide. Xulu est un petit barrage. Son bassin de rétention ne fait pas un hectare. Sa plus grande profondeur au mur de rétention est de 8 mètres. Deux conduites forcées ayant chacune une bouche d’aération font parvenir les eaux en furie à deux turbines, l’une allemande et l’autre américaine. Mais sa capacité est telle qu’elle peut couvrir non seulement la Mission protestante, mais aussi tout Karawa, tout Gemena à 75 kilomètres et tout Businga à 85 kilomètres. Si le Congo-Kinshasa était gouverné, pendant que seulement 15% de la population a accès à l’électricité mais avec délestage et les 85% autres sont plongés dans le noir total depuis la colonisation, il va sans dire qu’un partenariat public-privé aurait déjà été conclu pour une mise en valeur du barrage de Xulu. Mais c’est Marc, un fils de Bob, qui se débat aujourd’hui pour réhabiliter l’œuvre de son père pendant que le gouvernement congolais entonne des hymnes à la modernité. Marc a déjà planté des pilonnes pour remplacer les câbles souterrains par des câbles aériens moins couteux et faciles à entretenir. Les travaux semblent être suspendus pour attendre voir jusqu’où iront les turbulences politiques actuelles, selon certains de nos interlocuteurs. Mais d’autres, optimistes, estiment que les travaux seront terminés en juin prochain. Pour une nouvelle sous-utilisation qui ne couvrirait que les seuls besoins de la Mission. Quel gâchis pour un peuple dit indépendant!

 

Par Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2018

17 réflexions au sujet de « Voir Karawa et s’indigner »

  1. Merci beaucoup monsieur Mayoyo Tipo Tipo pour ce recit de voyage, nous espérons que les originaires de l’ubangui en général et surtout ceux de l’Ubangui Nord qui vous lisent pouront réfléchir sur la dégradation très avancée des infrastructures de leurs entités.

    1. Bjr Colin,
      C’est bien dit de votre part, ce barrage ne coûte rien en terme de réhabilitation, certains ressortissants de ce coin qui sont actuellement au pouvoir pourrait s’investir dans ce projet pour alimenter Gemena et Businga afin d’entamer le développement de cette contrée, je parle ici de José Makila et les autres…. Bitumba Mayoyo, certes les Gbandis avaient occupé des postes pendant le règne de Mobutu mais soit objectif dans ton discours pour reconnaître que ta province d’origine (Bandundu) avait aussi fourni aussi un grand nombre des cadres (premier commissaire d’état, ministres, PDG…)qui ont mis ce pays par terre. C’est pareil pour les autres provinces (Kasai, le grand Kivu, le Katanga, le Bas Congo et les autres…Vous n’allez quant même pas dire que les biens zairianisés ont tous été attribués aux Gbandis Ngbakas et Bangalas de l’équateur….

  2. C’est un roman qu’on a pas envie de connaître la fin. A quand le prochain épisode de ce voyage qui nous amène dans le Congo profond avec ses réalités, découpé des slogans et promesses non tenues des autorités de Kinshasa. Comment pourrons-nous faire face à la mondialisation? Avec des contrées sans écoles fiables, sans un centre hospitalier digne de ce nom, sans eau potable, sans électricité et dont Internet est un luxe? Ce récit témoigne à la fois d’énormes potentialités de notre pays et l’absence totale de l’Etat dans certaines parties du pays, si pas dans toute la république. Merci pour ce voyage qui relie la nostalgie d’un passé récent et la dégradation continue du tissu économique et social de notre pays. Heureusement pour le peuple congolais, qu’il y encore l’espoir de voir un jour ce pays, tel le Phénix se lever et reprendre sa place en Afrique et dans le monde.

  3. Comble du cynisme et de l’abjection! On préfère rester en périphérie pour détourner l’attention. Les vaches, ce n’est pas mon affaire, c’est leur affaire et rien d’indignation de ce côté-là. Bien sûr l’argument paternaliste sera: restons dans le texte.

    1. Non, Mamale. Ma réponse à votre réaction ne sera pas de vous demander de vous limiter à mon texte. Je vais plutôt vous apprendre, au cas où vous ne le sauriez pas encore, que les êtres humains sont différents et partant, ils ont des centres d’intérêt différents. Dans un cadre bien déterminé de temps et d’espace, vos centres d’intérêt à vous peuvent ne pas être les mêmes que les miens et vice-versa. J’ai effectué un voyage dont je partage ici le récit. Pendant ce temps, votre attention à vous était focalisée à une histoire de vaches. Le lecteur de Congo Indépendant que vous êtes, comme je le suis moi-même, devrait rédiger un texte sur ces vaches qui vous préoccupent tant, texte que vous enverriez, comme je l’ai fait pour le mien, à la rédaction de Congo Indépendant qui jugerait de l’opportunité de le publier afin d’édifier ses lecteurs. Il est donc irresponsable d’attendre de quelqu’un d’autres de rédiger des papiers sur vos centres d’intérêts à vous. Ce que vous devriez faire, au cas où vous seriez incapable de rédiger un article, c’est de ne pas désespérer, car il n’est jamais trop tard pour apprendre. Surtout à l’ère de l’Internet où il vous est loisible de le faire facilement même en autodidacte.

      1. Mes prévisions se sont accomplies bien qu’en début de son intervention, l’on tente d’affirmer le contraire.

        Sans intention de minimiser l’apport de tous les compatriotes sur ce site pour le bénéfice de notre pays, si le compatriote BAW s’inscrit parfaitement dans son rôle de rédacteur en chef par ses articles ouvrant des perspectives, seuls Messieurs Mpuila et Mufuncol m’ont impressionné ici par leur profondeur et cohérence.

        Si par mes réactions quelques fois égalant la taille d’un article, mon apport à l’édifice commun congolais n’est pas significatif et perceptible, sur critiques du frère Mayoyo, peut-être vais-je désormais me dédier à la rédaction d’articles malgré l’exiguité de mon temps.

  4. Chers Compatriotes,
    Notre MBTT nous livre ici un récit riche non seulement en informations, mais aussi riche parce qu’il devrait interpeller tout congolais qui aime son pays. Nous avons parfois un réflexe étonnant chaque fois que nous parlons du développement. Nous nous tournons vers le gouvernement. Donnez-nous un exemple d’un pays du monde qui a été développé grâce à l’action du gouvernement. Ce dernier a un rôle d’accompagnement et de création de cadre d’actions pouvant mener au développement. Il est étonnant d’entendre ce récit et de s’imaginer qu’il s’agit de l’Equateur (province du Maréchal, de Bemba, de Kengo…). Où sont ces grands entrepreneurs de l’Equateur qui ont fait la pluie et le beau temps pendant la deuxième république ? D’où vient cet état des faits ? Pourquoi la région est restée aussi pauvre ? Pourquoi il n’y a que des missionnaires pour penser au bien-être de la population ? C’est parce que, et c’est mon hypothèse, nous ne nous aimons pas assez. Lorsqu’un congolais a beaucoup d’argent, il ne pense pas à créer des entreprises pour relever le niveau de vie des autres, il pense à produire de la poésie autour de sa personne, et de sa réussite pour se comparer à ceux qui sont devenus de sous-hommes, sans droit parce que lui a réussi. C’est une mentalité que l’on remarque même dans les milieux universitaires. Les professeurs d’université que j’ai rencontrés au Congo étaient pour la plupart des personnages qui ne se donnaient pas de la peine à transmettre des connaissances qu’ils avaient, mais à les étaler devant les étudiants qui devenaient des fanatiques, à l’instar des fanatiques des stars de musique, ou de cinéma. Il était étonnant de constater que les professeurs congolais que je connais n’ont jamais créé une culture de centre d’intérêts des recherches dans leurs domaines et encouragé les étudiants qui voulaient aussi emboîter leurs pas. Un collègue m’a dit, lorsque je lui apprenais que je partais continuer mes recherches en Europe, lui qui était assistant à l’Université de Kinshasa, qu’à l’Université, son promoteur le décourageait en lui disant qu’il n’y avait pas d’argent pour envoyer les assistants continuer leurs thèses à l’étranger… Le développement c’est d’abord dans nos têtes. Nous devons trouver normal que tout le monde sache lire et écrire, et que tout le monde ait droit à une vie en ayant le minimum possible… Cher MBTT, vous vous indignez de constater que plus de 85% de la population congolaise est dans l’obscurité depuis l’indépendance, alors que le pays a le taux d’ensoleillement exceptionnel, le taux de vent phénoménal, les chutes d’eau, existent presque partout au Congo. Depuis quand est-ce que vous avez entendu les autorités politiques soulever cette question comme essentielle pour toute la population, et non pour les entreprises, les habitants des villes, mais pour tout le monde. La technologie solaire est bien répandue actuellement. Sauf que maintenant que notre génération prend conscience de certaines possibilités pour pouvoir faire ce travail au niveau des privés, et des institutions religieuses et ONG, le pays est plongé dans une insécurité générale inexplicable. Alors, nous nous remettons dans les mains de Celui qui peut tout. Que Dieu nous vienne en aide.

    1. Cher Elili,

      Salut ! Je ne pense pas que l’insécurité généralisée dans laquelle se trouve plongé notre pays soit inexplicable. Elle est explicable. D’abord par l’incapacité du gouvernement à bien jouer son rôle. Ensuite par l’intérêt du président de la république à entretenir l’entretenir pour justifier son auto-maintien au pouvoir suivant une formule déjà connue à l’époque du président Mobutu: Moi ou le déluge. Je constate également que notre peuple s’est toujours remis dans les mains de l’Illustre Inconnu qui règnerait dans les cieux. Pour quel résultat? Quand j’étais enfant, nous chantions un cantique bien particulier quand un prêtre de la Mission Catholique Bengi venait célébrer la messe dans notre village, cantique qui sera par la suite interdit quand les prêtres finiront par avoir sa traduction. Kela kela, yisambu. Ngweshi ngweshi, yisambu. Yo yisambu yeni kui yigwendanga? Traduisez le Kimbala en Français: « Chaque matin, des prières. Chaque soir, des prières. Mais où vont toutes ces prières? ». Voilà pourquoi je ne crois pas que se remettre à quelque Grand Manitou que ce soit, soit la solution à notre problème. Les questions de gouvernance se règlent par la réflexion et les reformes. Gilbert Kiakwama kia Kiziki l’a bien écrit : « Oui, Kabila doit partir. Mais, il faudra constituer une alternative crédible. Une alternative politique capable de changer l’Etat congolais et la vie de nos concitoyens au-delà d’un changement de personnel politique. Le défi pour la classe politique congolaise est de changer de système! ». N’est-ce pas là le message que je ne cesse de marteler dans mes différents articles sur notre mauvaise gouvernance endémique ?

  5. C’est du grand reportage. Un regard de journaliste professionnel. Ce genre de journalisme a disparu dans les média congolais. Aujourd’hui, c’est le règne de l’interview et des spéculations politiques. Ici, « Bula Matari sans frontières » donne une leçon aux professionnels congolais. A vos plumes, nagra et camera pour décrire le Congo profond, que peu d’entre nous connaissent !

    1. Cher Jean-Marie,

      Merci pour le compliment. En plus du congé annuel et d’autres formes de congé, mon boulot me donne droit à une semaine de congé dénommé « Repos et Récupération » toutes les six semaines. J’ai décidé de le mettre à profit pour découvrir des coins de notre vaste territoire national où je n’ai jamais mis les pieds au lieu de continuer à découvrir des villes d’autres pays africains. C’est vous dire que Zongo, Libenge, Gemena, Akula et Karawa ne sont que des étapes d’une série que je voudrais longue tout en sachant, bien entendu, que l’homme propose et les circonstances disposent. A nous revoir lors d’un prochain « cahier d’un retour au pays natal ».

  6. Pour le reste, Elili, vous avez raison. Il est ironique que la province de Mobutu soit réduite aujourd’hui à compter sur les taxes annuelles des cyclistes alors qu’avec tous les deniers publics détournés tout au long du mobutisme triomphant, les Ngbandi qui accaparaient les postes au sommet de l’Etat pouvaient aisément se convertir en hommes d’affaires et rendre prospère leur province du Nord-Ubangi et celle du Sud-Ubangi où ils sont également présents.
    .

    1. J’ai un avis légèrement différent : notre système politico-juridique n’offre pas toujours un terreau durablement favorable aux affaires depuis des lustres…
      Connaissez-vous depuis la dernière République un ‘entrepreneur Congolais’ qui a prospéré sans être entré ou associé à un moment ou un autre au système politique ? J’ai connu de près quelques entreprenants commerçants et même apprentis industriels sortant de l’artisanat obligés du temps de Mobutu soit d’entrer en politique soit de s’en faire un allié avoué pour faire prospérer leurs affaires ou simplement pour les préserver de la vampirisation… Aujourd’hui les choses n’ont pas tant changé : notre système fait que même si l’on est un Ngbandi qui a profité des largesses du mobutisme on peut difficilement continuer à les faire prospérer déconnectés du pouvoir malgré son ‘savoir-faire economicus’… Déjà les infrastructures de transport et autres dont on aura toujours besoin dans ses affaires ne peuvent être durablement équipées et entretenues que si elles bénéficient du service public…
      Je n »excuse personne surtout dans l’ancien entourage de Mobutu mais par expérience familiale j’ai vécu les limites de l’entrepreneuriat privé de haut niveau dans uns système politico-juridique très préjudiciable comme le nôtre et en dehors de la politique…
      Tenez, pourquoi croyez-vous que sur 10 entrepreneurs qui réussissent au haut niveau aujourd’hui chez nous, 4 sont des Congolais de l’entourage très proche du pouvoir, 4 sont des étrangers (chinois, indo-pakistanais, libanais…) et seulement 2 sont des Congolais nus éloignés de la politique ?
      Notre pays doit faire beaucoup d’efforts là-dessus : quand ce ne sont pas la corruption et le racket systématisés, c’est le système (politique) qui vous barre la route jusqu’à vous asphyxier quand vous n’êtes pas de la tribu ou de la région au profit des frères du village…

      1. Cher Nono,

        Votre avis est très pertinent. Notre système politico-juridique est réellement très préjudiciable à la prospérité des entrepreneurs congolais en dehors de la politique. Le système politique est un obstacle réel à cet égard. Voilà pourquoi il est impératif que ce système change. Et il ne pourra changer que si nous nous mettons au travail, en commençant par réfléchir là-dessus. Tel est le message que je ne cesse de marteler dans ce forum et ailleurs autour de moi… depuis le 24 avril 1990, date officielle du deuxième processus de démocratisation de notre pays.

  7. Cher MBTT,
    Je vous salue de tout mon être. Le grand Manitou du Ciel ne peut pas aider celui qui ne veut pas s’aider. Notre peuple ne peut pas bouger tant qu’il n’a pas de lumières et qu’il n’a pas éliminer en son sein le poids qu’il traîne (le culte de la médiocrité, le maintien des antivaleurs et surtout le tribalisme). Je partage votre point de vue quand vous écrivez : « Le défi pour la classe politique congolaise est de changer de système! ». N’est-ce pas là le message que je ne cesse de marteler dans mes différents articles sur notre mauvaise gouvernance endémique ? Je suis d’accord qu’il faut changer le système, mais ce changement ne peut se faire qu’avec ceux qui voient que le système pose problème et qui ont les compétences pour le faire. Mais ce changement ne pourra se faire avec ceux qui sont dans le système qui pensent que tout va bien, quand ils en sont des bénéficiaires. Ce changement ne viendra pas avec les incompétents, car le changement demandera aussi une expertise. Il ne faut pas être expert pour constater que le pays ne marche pas. Mais qu’est-ce qu’il faut changer et comment le faire ? Il faut une certaine expertise qui viendrait soutenir la volonté de changer, la volonté de « ils ont mangé » je dois aussi y aller pour « manger aussi ». C’est le triste constat que j’avais : les partis politiques Zaïrois n’avaient en vue qu’un « dictateur », le maréchal, mais ces présidents de ces partis « d’opposition » qui étaient des patriarches sans vision autre que la reprise des partis par leurs enfants, même incapables ne se considéraient pas comme « dictateurs ». Chose étonnante, les militants continuaient à les suivre comme des moutons, tout esprit critique étant envoyé en vacances. J’aime bien votre expression de « ligablo ». Les partis politiques sont des « ligablo » pour ces partis. Alors, ces propriétaires des « ligablo » (partis politiques), deviendraient par magie « démocrates » et « experts » en administration pour changer les choses quand ils n’ont développé ni mentalité démocratique, ni l’exercice de celle-ci dans leurs partis respectifs ? Oui on doit changer le système. Mais qui doit changer le système ? C’est là ma difficulté. Vous pensez comme Socrate, toute proportion gardée, qui pensait qu’une fois le bien connu, on le suivra ou le poursuivra. Non, l’homme est un être capable de manger quand il n’a pas fin, ou d’avaler quelque chose qu’il sait pertinemment bien qu’il lui fera du mal. J’étais désagréablement surpris de voir que parmi les experts du temps de la deuxième république savaient bien ce qui allait mal avec ce système là. Mais ils n’osaient pas, même la démission n’était pas une voie pour éviter d’être dans un bateau qui allait tout droit vers le naufrage. C’est ce que j’essaie d’apporter à vos analyses qui ne manquent pas de pertinence. Je partage vos analyses jusqu’au problème de l’acteur. Car, vous situez le problème au niveau de la mécanique systémique. Il faut changer le système, mais vous ne vous posez pas le problème de l’acteur qui doit changer ce système. Cher MBTT, je vous ai raconté l’histoire d’une sélection à la tête d’un centre de publication, d’une personne qui n’avait pas de profil exigé, et qui, par dessus tout, n’avait pas participé au concours de recrutement et de sélection. Son seul atout, il était cousin de celui qui sélectionnait. Et ceci se passe dans les institutions gérées par la hiérarchie catholique. Que Dieu nous vienne en aide.

    1. Cher Elili,

      Merci pour votre intervention. Bien sûr que je me pose la question de l’acteur qui doit changer le système. Comme vous le soulignez si bien, « ce changement ne peut se faire qu’avec ceux qui voient que le système pose problème et qui ont les compétences pour le faire ». C’est pour cela que je m’acharne à démontrer que le système actuel pose problème. Plus il y aura des Congolais qui voient les choses de cette façon, plus grandes seront les chances que tôt ou tard, la nation se remette à ses fils et filles ayant une certaine expertise pour proposer une ou plusieurs alternatives au système actuel.

  8. Cher MBTT,
    Merci pour votre réaction que j’apprécie et dont je reconnais la pertinence. Nous avons la responsabilité d’ouvrir les yeux à ceux qui ne voient pas encore ou qui se laissent encore emporter par des diversions de toutes sortes. J’espère que le temps fera son travail et que vous êtes écouté et compris. Que Dieu nous vienne en aide.

  9. Wow! C’est vraiment excellent comme récit de voyage. Natif du milieu, beaucoup de ces informations m’échappaient. Merci cher compatriot!

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