Affaire Matata: une condamnation définitive… des questions restent posées

L’arrêt est tombé: Augustin Matata Ponyo, ancien Premier ministre de la RDC, a été condamné à dix ans de travaux forcés pour détournement de fonds publics dans le cadre du projet de Bukanga-Lonzo. Cette décision, rendue mardi 20 mai 2025 par la Cour constitutionnelle, est désormais sans appel, en vertu de l’article 94, alinéa 4 de la loi organique régissant cette juridiction.

Selon Me Bokolombe Tshitsha Bokolombe, avocat au barreau de Kinshasa/Matete, « il n’y aura PAS de recours » dans cette affaire. En clair, la Cour constitutionnelle ayant statué en premier et dernier ressort, la procédure est désormais close du point de vue juridique. Le parquet est donc tenu de faire exécuter cette décision.

Sur la question de l’immunité parlementaire de Matata Ponyo, la Cour a rejeté l’argument: « L’immunité protège la fonction, pas la personne (…) Matata Ponyo est devenu député alors que les poursuites étaient déjà engagées », a tranché la Cour, balayant ainsi les exceptions soulevées par la défense.

Un “procès inique”?

Du côté de la défense, la réaction est virulente. Me Laurent Onyemba, l’un des avocats de Matata Ponyo, parle d’un « procès inique », entaché de nombreuses irrégularités: « On a assisté à la fabrication de chiffres, de faits qui ne cadrent pas avec le droit. Tous les principes d’un procès équitable ont été violés ». Pour lui, la sentence était écrite d’avance.

Ces accusations relancent un débat récurrent en RDC: la justice est-elle véritablement indépendante? Ou devient-elle un instrument de neutralisation politique, surtout dans un contexte sécuritaire tendu?

Un précédent judiciaire

Quoi qu’il en soit, la condamnation de Matata Ponyo, personnalité influente et ancien chef du gouvernement sous Joseph Kabila, constitue un précédent. Peu de figures de ce niveau ont été condamnées en RDC pour des faits de détournement de deniers publics. Le message envoyé est fort: nul n’est intouchable, même au sommet de l’État.

Mais l’efficacité de ce signal dépendra de sa cohérence : d’autres dossiers similaires suivront-ils le même traitement? La justice poursuivra-t-elle avec la même rigueur d’autres personnalités suspectées de détournement de fonds publics?

Un enjeu de cohésion nationale

Enfin, le moment choisi pour rendre cette décision n’est pas anodin. Alors que le pays fait face à une crise sécuritaire majeure à l’Est, la condamnation d’un acteur politique de premier plan peut contribuer à renforcer la fracture au sein de la classe politique. Or, l’unité nationale est plus que jamais nécessaire.

La justice vient de parler. Mais c’est désormais à la société congolaise d’en tirer les conséquences. Entre rigueur juridique et soupçons d’instrumentalisation, l’affaire Matata Ponyo reste une ligne de fracture dans la quête de crédibilité de l’État de droit en RDC.

Obed Vitangi Kakule