
A son apogée en 1971, l’ancienne Air Congo qui deviendra plus tard Air Zaïre, comptait 31 aéronefs contre seulement 4 en 1996 (1 DC10-30, 1 DC8 et 2 Boeings 737-200). Ce sont les conséquences d’une confusion dans les rapports de l’Etat monarque qui était à la fois entrepreneur, actionnaire, client et pouvoir public. On espère que le gouvernement s’abstiendra, cette fois, d’interférer dans la gestion de la nouvelle compagnie aérienne.

Au cours de la réunion du conseil des ministres du 20 septembre, le vice-Premier ministre, ministre des Transports, des voies de communication et du désenclavement, Jean-Pierre Bemba, a annoncé que le vol inaugural de la nouvelle compagnie aérienne Air Congo aura lieu le 1er décembre 2024. Il a rappelé l’adoption, lors de la 49ème réunion du 15 avril 2022, du dossier relatif à la création de la nouvelle compagnie aérienne dénommée « Air Congo SA » en partenariat avec le Groupe Ethiopian Airlines. L’acte constitutif fut signé à Kinshasa le 3 mai 2022. Le capital de départ s’élève à 40 millions de dollars. Les deux actionnaires sont la République démocratique du Congo (51%) et Ethiopian Airlines (49%).
Depuis lors, le dossier fut bloqué. Suivant M. Bemba, ce blocage serait imputable aux échéances électorales et à l’instruction d’expédition des affaires courantes. En réalité, le gouvernement était divisé entre ceux qui préféraient renforcer Congo Airways et ceux qui étaient favorables à un partenariat avec Ethiopian Airlines. Par ailleurs, le gouvernement a été refroidi par les exigences des dirigeants d’Ethiopian Airlines. Ils étaient fermes sur les conditions de fonctionnement de la future Air Congo. Il ne s’agissait pas pour eux de prendre seulement des parts dans le capital, mais aussi de passer un contrat de management. Ils souhaitaient que les postes clés, notamment la direction générale et financière, soient assurés par ses hauts cadres comme cela est le cas dans ses autres filiales africaines, à savoir Asky Airlines, Zambia Airways, Malawi Airlines et Tchad Airlines.

Aujourd’hui Congo Airways est en faillite par suite d’un management déficient, de mauvais services à bord, des retards et annulations des vols sans explications etc… Cette société fut créée le 15 août 2014 avec comme actionnaires: l’Etat congolais (40%), la Caisse nationale de Sécurité Sociale (31%), le Fonds de promotion de l’industrie (8%), la Société congolaise des Transports et Ports (8%), la Régie des voies aériennes (6%), l’Office de gestion du fret multimodal (3%), la Générale des carrières et des mines (2%) et les employés (2%). Il est actuellement impossible de la relever techniquement et financièrement. Le gouvernement est ainsi revenu à la case de départ de 2022. Le pays aura donc perdu deux ans!
En 2022, Ethiopian Airlines comptait mettre au moins sept avions à disposition de la nouvelle compagnie à partir du mois de juillet 2022. Ils exigeaient aussi qu’il n’y ait pas d’interventions politiques dans la gestion de la compagnie et que le gouvernement veille à ce que des cas de corruption ne puissent pas entacher le management de la future compagnie. Cette fois-ci Ethiopian Airlines mettra à la disposition d’Air Congo deux Boeing 737-800, auxquels s’ajouteront deux autres appareils similaires six mois plus tard. La flotte va se renforcer progressivement pour atteindre huit Boeing 737-800 dans les cinq ans à venir. Après la troisième année, celle-ci devrait disposer de deux Boeing 787.
Ethiopian Airlines qui a commencé ses opérations en 1946, est actuellement la première compagnie aérienne africaine. Sa flotte comprend 130 avions. A son apogée en 1971, l’ancienne Air Congo qui deviendra plus tard Air Zaïre, comptait 31 aéronefs contre seulement 4 en 1996 (1 DC10-30, 1 DC8 et 2 Boeings 737-200). Ce sont les conséquences d’une confusion dans les rapports de l’Etat monarque qui était à la fois entrepreneur, actionnaire, client et pouvoir public. L’Etat a continué à s’immiscer dans la gestion de la société de façon dramatique. Espérons que cette fois-ci le gouvernement va changer son fusil d’épaule et n’interviendra pas intempestivement dans la gestion de la nouvelle société. Bonne chance à la compagnie Air Congo. Espérons que cette fois-ci sera la bonne.
Gaston Mutamba Lukusa