
Ils viennent de faire leur entrée au Conseil de sécurité en tant que membres non permanents. Ils sont au nombre de dix. Outre la RDC, il y a: le Bahreïn, la Colombie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, le Libéria, le Pakistan, le Panama et la Somalie.
L’entrée de ces nouveaux membres du Conseil de sécurité, pour un mandat de deux ans (2026-2027), a coïncidé avec la crise née, le 03 janvier 2026, à la suite de “l’enlèvement” du Président vénézuélien, Nicolas Maduro, par les forces spéciales américaines.
Sur les réseaux sociaux, les détracteurs bien connus du Congo-Kinshasa sont montés au créneau. Pour eux, la diplomatie congolaise est à l’épreuve de la cohérence. “La RDC va-t-elle voter contre les Etats-Unis d’Amérique?”, pouvait-on lire ici et là.
Dans une déclaration commune, le groupe africain du Conseil, dit “3A” (Libéria, Somalie, RDC), a joué à fond la carte du droit international en s’alignant sur la position de l’Union Africaine. Il s’est dit “préoccupé” par cette intervention américaine avant d’appeler au respect de la souveraineté et de l’intégrité du territoire, a dit l’ambassadeur du Libéria, Lewis G. Brown, au nom du groupe.
L’ambassadeur somalien sur la sellette

Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, cette accession au Conseil ne saurait être interprétée comme une consécration symbolique. “Ce n’est pas une récompense, mais une mission”, a-t-elle insisté, soulignant la dimension exigeante et opérationnelle de cette nouvelle responsabilité internationale.
Il n’est pas sans intérêt d’ouvrir une petite parenthèse ici pour signaler que l’ambassadeur somalien, Abukar Dahir Osman, qui préside le Conseil, est accusé de “fraudes sociales” aux Etats-Unis. Il est suspecté d’être propriétaire d’une garderie d’enfants. Affaire à suivre. Fermons la parenthèse.
Dans une déclaration diffusée, vendredi 2 janvier 2025, sur le compte X du ministère des Affaires étrangères, la ministre Kayikwamba Wagner a présenté l’entrée de la RDC au Conseil de sécurité comme un moment d’engagement au service de la paix et de la sécurité internationales. Forte de son expérience directe des conflits armés, Kinshasa entend, selon elle, porter une parole fondée la réalité du terrain, en rappelant le poids des attentes des populations civiles confrontées à la guerre et à l’insécurité. Cette approche s’articule autour de trois axes: la défense du droit international, l’intangibilité des frontières, la souveraineté des États et la représentation des peuples affectés par les conflits, en particulier en Afrique.
Sans droit de veto
Le retour de la RDC au Conseil de sécurité intervient dans un contexte de recomposition de l’organe exécutif onusien. Pour le mandat 2026-2027, Bahreïn, la Colombie, la Lettonie, le Libéria et la RDC remplacent l’Algérie, la Corée du Sud, le Guyana, la Sierra Leone et la Slovénie. Sans droit de veto, les membres non permanents disposent néanmoins d’un rôle réel dans les négociations et les votes.
Pour Kinshasa, ce siège constitue aussi un levier stratégique dans un moment de forte tension régionale. Les autorités congolaises qualifient la crise dans l’Est du pays de “guerre d’agression” impliquant le Rwanda qui soutient le M23/RDF/AFC. L’objectif est de maintenir ce dossier au cœur des débats onusiens et d’exiger l’application de la résolution 2773, adoptée en février 2025, qui demande le retrait du M23 et des forces étrangères.
Cette entrée se fait toutefois dans un environnement diplomatique complexe. Selon le Security Council Report, les fractures entre membres permanents (Chine, France, Royaume Uni, Russie) devraient continuer de structurer les travaux du Conseil en 2026, notamment sur l’Ukraine et le Moyen-Orient. Les nouveaux membres élus, dont la RDC, reflètent une diversification des positions du Sud global, marquée par une prudence croissante dans les alignements diplomatiques. Sur la guerre en Ukraine, la RDC s’était abstenue lors du vote de février 2025 à l’Assemblée générale sur une paix juste et durable.
Troisième participation du Congo-Zaïre au Conseil de sécurité
En Afrique, la RDC est identifiée comme l’un des dossiers à haut risque du Conseil, au même titre que le Soudan. Le retrait progressif de la Monusco, la résurgence du M23 début 2025 et les accusations croisées entre Kinshasa et Kigali ont ravivé les tensions dans la région des Grands Lacs. Les analystes estiment que la diplomatie congolaise pourrait utiliser son siège pour internationaliser davantage ce dossier et plaider pour un durcissement des mesures contre les groupes armés et leurs soutiens présumés.
Troisième participation congolaise au Conseil de sécurité après les mandats de 1982-1983 et 1990-1991, ce retour place la RDC face à un double défi: défendre ses intérêts nationaux tout en assumant une responsabilité collective dans un Conseil fragmenté. Comme l’a résumé Thérèse Kayikwamba Wagner, Kinshasa entend y porter la voix de la RDC, mais aussi celle de l’Afrique. Reste à savoir dans quelle mesure cette ambition pourra se traduire dans un organe où les équilibres de pouvoir demeurent largement dominés par les membres permanents.
Obed Vitangi Kakule
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