
Au cours de la réunion du Conseil des ministres, vendredi 6 juin, le président Felix Tshisekedi, bouquet de fleurs à la main, a « félicité » et « remercié » la cheffe de la diplomatie congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, 42 ans, « pour le travail abattu » afin de restaurer la visibilité de la RDC au niveau des instances internationales.
Au nom de toute la nation congolaise, le chef de l’Etat a congratulé celle que la majorité des Congolais appelle simplement: « Mama Thérèse ». « Je sais que le combat continue, a-t-il martelé, en ajoutant que l’Histoire retiendra que vous avez été une héroïne! » Pour « Fatshi », la ministre d’Etat en charge des Affaires étrangères est un modèle de référence: « instructions données, résultats obtenus! ».
Au cours de la première semaine de ce mois de juin 2025, le Congo-Kinshasa a obtenu la vice-présidence de la 80ème Assemblée générale des Nations Unies qui se tiendra du 9 au 23 septembre prochain. Au moment où la RDC fait face à l’adversité du fait de la guerre que lui mène le Rwanda, certains citoyens n’ont pas hésité de ricaner minimisant à tort ce qui ressemble bien au grand retour de l’ex-Zaïre sous les projecteurs de la diplomatie planétaire. Et ce après « trois décennies maudites ».
Mardi 3 juin, la RDC a été élue, excusez du peu, membre non-permanent (2026-2027) du Conseil de sécurité. Celui-ci est composé de cinq membres permanents disposant chacun d’un droit de véto. Les membres non-permanents, eux, sont désignés pour un mandat de deux ans. Sans droit de vote. Outre le Congo-Kin, les pays ci-après vont siéger: Libéria, Bahrein, Colombie, Lettonie. Pour la petite histoire, le Congo-Brazzaville dit « le Congo d’en face », le Kenya, l’Ouganda et le Rwanda ont voté contre la candidature de Kinshasa.
« Bête noire » du Rwanda de Kagame

Née en 1993, Mme Kayikwamba est issue de l’union d’un ancien prêtre et d’une maman kasaïenne du nom de Thérèse Kayikwamba Kabundji. Polyglotte, la future cheffe de la diplomatie congolaise parle Lingala, Tshiluba, Swahili, anglais, français, allemand. Diplômée notamment de la prestigieuse université Harvard, elle est anthropologue et politologue.
Lors de l’investiture du gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le 12 juin 2024, certains observateurs n’avaient pas manqué de persifler en voyant une jeune dame métisse propulsée à la tête de ce département où on a vu défiler des grands diplomates: Justin-Marie Bomboko, Cyrile Adoula, Jean Nguz a Karl i Bond, Bagbeni Adeito, Léon Kengo wa Dondo, Inonga Lokongo L’Omé etc. La diplomatie congolaise est plongée dans un profond sommeil depuis près de trois décennies.
La jeune Thérèse Kayikwamba Wagner va surprendre le grand public lors d’un tout premier point de presse qu’elle a tenu, dans la capitale, à l’entrée principale du ministère des Affaires étrangères. Son style tient en un combat singulier entre le bien et le mal; la vérité contre le mensonge. Sans omettre l’évocation de grands principes du droit international. Dieu seul sait combien le Rwanda de Paul Kagame manie à merveille la mystification. Au Conseil de sécurité, « Mama Thérèse » est vite devenue la « bête noire » de la diplomatie rwandaise. L’ancien ambassadeur aux Nations Unies, Ernest Rwamucyo, en sait quelque chose.
« Le combat continue »
Fin novembre 2024, Kayikwamba étale son franc-parler: « Nous sommes prêts à faire la paix. (…). Nous devons signer un accord entre Etats. Nous ne signerons rien avec le M23. La situation à laquelle nous faisons face est une violation du droit international, une violation de notre intégrité territoriale ». « La constance chez nous, ce sont nos intérêts ».
A l’issue d’une session extraordinaire du Conseil de sécurité, la ministre d’Etat aux Affaires étrangères de dénoncer, en termes à peine voilés, l’hypocrisie qui règne au sein de la « communauté internationale ». Elle crie sa stupéfaction de voir le Rwanda participer dans des missions de paix alors que le M23, mouvement soutenu par le même Rwanda, a tué impunément plusieurs casques bleus dont des Sud-Africains, des Uruguayens et des Malawites. « Comment est-il possible qu’un pays contributeur des troupes puissent tuer des casques bleus? »
« Le combat continue », a dit notamment le chef de l’Etat. Un autre combat attend Thérèse Kayikwamba à l’intérieur. Il s’agit des réformes à conduire tant au niveau de l’Administration centrale que des postes diplomatiques où règne une ambiance digne de la Cour du roi Pétaud. « La ministre Wagner devrait administrer ce ministère régalien en lui dotant d’un organigramme permettant de savoir qui fait quoi, résume un fonctionnaire. Des directeurs sont nommés pour diriger… des divisions. En poste, il y a une quantité excessive de diplomates affectés plus par clientélisme que par nécessité de service ». Fatshi l’a dit: « Le combat continue ».
Baudouin Amba Wetshi