Constant Mutamba est-il pardonnable?

Wina Lokondo

Je suis le procès Mutamba depuis le début. Très objectivement, ce jeune ministre a violé de bout en bout la procédure de son projet de construction d’une prison à Kisangani. La commission ad hoc de l’Assemblée nationale – qui l’avait auditionné – l’avait constaté, tout comme la plénière. D’où l’autorisation des poursuites judiciaires votée par celle-ci.

Livrer aux griffes du procureur général un membre de la majorité parlementaire (de l’Union sacrée) signifie politiquement condamnation. Le présent procès n’est qu’habillage (formalité) judiciaire. Constant Mutamba ira en prison. Ses chances d’y échapper sont minces. La faute est évidente: accorder un marché de 29 millions de dollars à une société quasi fictive – Zion Construction, sans adresse, non techniquement outillée et actionnaires aujourd’hui en fuite – relève d’une légèreté, d’une négligence suspecte!

Heureusement que le CENAREF (Cellule nationale des renseignements financiers) a dû opportunément bloquer le virement de l’argent sur le compte de cette entreprise de douteuse existence et viabilité, compte ouverte juste la veille de l’opération bancaire! Si les gestionnaires de Zion Construction – ni Constant Mutamba – n’ont pris « aucun dollar » du montant versé, c’est justement grâce à la vigilante et rapide intervention du CENAREF. Imaginons que celui-ci n’ait pas opportunément bloqué la transaction financière… Le droit est le domaine tatillon sur les principes, sur le respect de la procédure. Un « juriste » qui viole de façon flagrante – et avec arrogance – les règles de passation d’un marché public est-il pardonnable?

Wina Lokondo