H-Katanga: Pollution à Kasapa

L’affaire Congo Dongfang Mining (CDM) relance le débat sur la souveraineté environnementale. Le mardi 4 novembre, le bassin de rétention de l’entreprise Congo Dongfang Mining (CDM), filiale du groupe chinois Huayou Cobalt, a cédé, libérant des effluents acides qui ont inondé routes, parcelles et marchés du quartier Kasapa, dans la commune Annexe à Lubumbashi.

Les images d’eaux verdâtres envahissant les ruelles et les étals du marché « Moïse » ont suscité un tollé d’indignation. Au-delà de l’incident, l’affaire met en lumière les failles persistantes du contrôle environnemental dans le secteur minier congolais et les tensions croissantes autour de la souveraineté de l’État face aux multinationales étrangères.

Une catastrophe industrielle évitable

Selon les premières constatations, le bassin contenant des eaux industrielles acides aurait cédé sous la pression, faute d’entretien et d’étanchéité suffisante. Le ministre national des Mines, Louis Watum Kabamba, dépêché en urgence sur les lieux, a dénoncé un « bassin ne répondant à aucune norme environnementale, sans dispositif de contrôle ni plan d’urgence », pointant une « pollution manifeste des eaux » et des risques sanitaires majeurs pour les riverains.

En conséquence, le ministre a suspendu les activités de CDM pour trois mois, exigeant:

  • la réparation intégrale des dommages environnementaux;
  • la rémunération du personnel;
  • et l’indemnisation des populations affectées.

Une commission technique mixte a été chargée d’enquêter sur les causes exactes du sinistre.

Des communautés locales en détresse

Dans les quartiers Kasapa, Kamatete et Kamisepe, les habitants décrivent des scènes d’inondation chimique. Des potagers détruits, des puits contaminés, des poissons morts retrouvés dans les rivières locales. Les ONG environnementales ont appelé à ne pas consommer les produits de la pêche ou les légumes exposés, évoquant un risque sanitaire à long terme.

Mais au-delà des dégâts matériels, une colère populaire s’exprime. Plusieurs témoins affirment que CDM n’en est pas à sa première « souillure ». Des plaintes auraient été déposées depuis des années contre les rejets liquides et les fumées toxiques. Ces plaintes sont restées lettre morte.

Perte de l’autorité de l’Etat?

Le Cadre de concertation de la société civile du Haut-Katanga a publié un communiqué sévère (n°0012/11/25/CCHK) dénonçant non seulement la pollution, mais aussi le refus présumé de CDM de recevoir les représentants officiels – le gouverneur Martin Kazembe et le maire intérimaire Patrick Kafwimbi – venus inspecter le site. « Si un ministre, un gouverneur et un maire éprouvent des difficultés à accéder à une entreprise malgré un ordre de mission, cela prouve la perte de l’autorité de l’État », déplore le texte.< Le document exige notamment:

  1. L’expulsion du gérant et de son adjoint du territoire national;
  2. L’arrestation du gestionnaire du bassin de rejet;
  3. L’application stricte du Code minier et la réparation intégrale des préjudices subis.

La société civile prévient: « Faute d’action concrète, la population pourrait être amenée à s’autoorganiser pour défendre son droit à un environnement sain ».

La catastrophe survenue au CDM révèle les contradictions de la politique minière congolaise: entre la quête d’investissements étrangers et la protection des citoyens. En théorie, la RDC dispose d’un cadre légal robuste – le Code minier de 2018 impose des obligations strictes en matière d’environnement. En pratique, la faiblesse du contrôle public et le poids des partenaires étrangers réduisent souvent ces normes à de simples formules de style.

Pour certains observateurs, cette affaire symbolise un moment charnière: « Si Kinshasa veut reprendre la main sur sa gouvernance minière, c’est ici que cela se joue », commente un juriste environnementaliste contacté par notre rédaction.

La décision du ministre Louis Watum Kabamba, ferme et inhabituelle, marque un signal politique fort, mais elle sera jugée à l’épreuve de son application: réparations effectives, transparence des enquêtes, et sanctions éventuelles.

Une responsabilité partagée

En toile de fond, c’est toute la question de la responsabilité sociale et environnementale des entreprises minières qui ressurgit. Dans d’autres pays, comme la Chine, un tel déversement pourrait entraîner des poursuites pénales sévères, voire des condamnations exemplaires. En RDC, l’attente de justice environnementale reste vive.

Obed Vitangi Kakule

3 commentaires sur H-Katanga: Pollution à Kasapa

  1. Cette catastrophe était elle évitable ? Bien sûr que oui si on raisonne dans l’obsolu. Toute activité humaine comporte des effets négatifs. Ce revers de la médaille résulte de la volonté des opérateurs économiques et politiques de toujours maximiser les résultats même au détriment du bien être de la population pour laquelle on est censé travailler ou procurer du confort. Sans tomber dans la facilité, je crois que ce drame aurait pu être évité. Depuis des dizaines d’années, les entreprises chinoises se conduisent avec une certaines désinvolture avec la complicité des autorités aussi bien provinciales du grand Karanga que du pouvoir central. Cette course effrénée au profit a conduit le pouvoir public a fermer les yeux sur des comportements criminels de la part des chinois auxquels on a fait croire que tout était permis dans pays. Les ressortissants de l’empire du milieu qui opèrent au Congo peuvent maltraiter leurs employés, détruire l’écosystème, polluer les rivières, saccager les végétations ( faune et flore ), ils sont assurés de ne pas rendre compte à qui que ce soit pour des raisons évidentes liées à ce mal absolu qu’est la corruption. Toute industrialisation a pour conséquence la pollution résultant d’une transformation des matières naturelles. L’État congolais doit taper du poings la table pour faire comprendre aux chinois l’intérêts qu’ils ont à respecter les lois du pays. Ils faut punir sévèrement leurs complices autochtones qui profitent de façon éhonté de ce entreprise criminelle. Prévenir c’est guérir dans l’intérêt bien compris de tous.

  2. « Si un ministre, un gouverneur et un maire éprouvent des difficultés à accéder à une entreprise malgré un ordre de mission, cela prouve la perte de l’autorité de l’État ».
    Tout est résumé dans cette phrase. Tout est dit.

  3. Aussi longtemps que la « Fifi d’Ambi » au Lualaba, frangins, beaux-frangins et fistons du gros jouisseur au sommet sont dans le coup avec des groupes mafieux Chinois, rien ne changera. De la kleptocratie MPR, en passant par le klepto-regime FCC, au klepto-regime Tshilejelu aujourd’hui, la corruption definit toujours le modus-operandi des criminels au sommet. Sur ce meme son de cloche d’incompetence et corruption, le tres faineant JP Bemba s’active lui aussi (tout comme son patron) a se remplit les poches en pots de vins et detournements en pretendant diriger le ministere des Transports et donc de nouveaux permis de conduire. Ces derniers se font acheter a travers une firme etrangere d’emission comme nos passeports en enrichissant la Nomaklantura Tshilejelu.

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