Ils sont venus à Kinshasa…

Wina Lokondo

Depuis l’époque coloniale, Kinshasa a connu, comme toute ville importante, des visites temporaires et la présence permanente de nombreux étrangers, illustres et ceux qui le sont moins. Les rois belges furent les premiers chefs d’État à fouler le sol kinois: Albert 1er en 1909, 1928 et 1932; Léopold III (en dehors du temps de son règne et pour des voyages scientifiques) en 1925, 1933, 1957 et 1959; Baudouin 1er en 1955, 1960, 1970 et 1985. L’actuel roi Philippe en 2022. Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, est venu en visite officielle la même année 2022.

Les chefs d’État africains sont ceux qui sont plusieurs fois venus à « Kin-Malebo », en visite individuelle ou pour des sommets (le centrafricain Jean-Bedel Bokassa, le togolais Gnassingbé Eyadema, le tchadien François N’garta Tombalbaye, le gabonais Omar Bongo, le rwandais Juvenal Habyarimana, le congolais Denis Sassou Nguesso et tant d’autres), notamment à l’occasion de la quatrième réunion de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) qui s’était tenue dans la capitale congolaise en 1967. En dehors des présidents de la France (Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron), aucun chef d’État d’Europe, d’Amérique et d’Asie n’est venu à Kinshasa. L’ex Léopoldville a reçu les visites du secrétaire général de l’ONU Antonio Guteress en 2019 et de son adjoint Jean-Pierre Lacroix en 2024 et 2025.

À cause de la grande révolte des étudiants qui secoua Paris en 1968, l’élection de Miss Europe, qui devait se tenir dans la capitale française, avait été délocalisée à Kinshasa. La couronne de beauté fut remportée par la finlandaise Leena Brusiin.

L’ancien et grand footballeur brésilien Edison Arantes do Nascimento, alias Pelé, triple champion du monde, fut invité à deux reprises à venir jouer à Kinshasa. Son équipe, le FC Santos, croisa les fers avec les Léopards du Congo en 1967 (2 buts contre 1 en faveur des Brésiliens) et en 1969 (3 buts contre 2 en faveur des Congolais).

Kinshasa n’arrêta pas de s’imposer comme ville à visiter ou à se produire. La légende de la musique française Johnny Halliday n’échappa pas à l’attraction de la capitale du pays de Patrice Lumumba. Il y débarqua en 1967 et donna un méga concert au stade Tata Raphaël. On nota la présence de plusieurs personnalités politiques à cette soirée musicale dont celle du ministre de l’Intérieur Étienne Tshisekedi (le père de l’actuel président de la République) et de son épouse.

En 1969, les Kinois avaient accueilli les trois astronautes américains, les premiers à marcher sur la lune (Neil Armstrong, Buzz Aldrin, Michael Collins). Ils avaient été décorés de médailles de l’Ordre National du Léopard par le président Mobutu qui les avait invités à qui ils avaient, à leur tour, remis un caillou lunaire en cadeau.

La même année 1969, la première Foire Internationale de Kinshasa (Fikin) avait connu la présence du gréco-canadien Tubby qu’on désigna comme l’homme le plus gros du monde de l’époque. Il fut pendant un mois parmi les particulières curiosités des visiteurs de la foire.

En 1974, Kinshasa a été le centre de la planète avec l’organisation du championnat du monde de boxe poids lourds voulu et financé par le président Mobutu. L’américain Muhammad Ali avait affronté son compatriote et tenant du titre Georges Foreman. Suite à la blessure de ce dernier à l’arcade sourcilière lors d’une séance d’entraînement, le combat initialement programmé pour le 24 septembre 1974, fut reporté au 30 octobre. Les deux boxeurs séjournèrent ainsi pendant plus d’un mois à Kinshasa. Muhammad Ali avait remporté le combat par KO au 8è round. Une galaxie des célébrités se retrouva à « Lipopo » – autre vieille appellation de Kinshasa – pour assister à ce « duel du siècle », parmi lesquelles Joe Frazier, ancien champion du monde poids lourds, Don King, l’organisateur de nombreux combats de boxe, James Brown, Johnny Pacheco et Celia Cruz, grandes stars mondiales de musique de cette période.

En 2012, Kinshasa, plus grande ville francophone du monde, avait reçu la XIVè Conférence des chefs d’États et des gouvernements des pays ayant la langue française en partage. Grande rencontre de hauts dirigeants de nombreux pays jamais organisée dans la ville de toute son histoire. En 2023, ce fut le tour de plusieurs athlètes du monde qui s’étaient retrouvés dans la capitale de la RDC où ils prirent part à la IXè édition des Jeux de la Francophonie.

Si sa méga-star de fils ne fut jamais venue au Congo, le père de Michael Jackson, Joseph Walter Jackson, descendant d’esclaves déportés en Amérique, tint à renouer le fil historique en visitant l’Afrique, terre de ses aïeux. Il passa quelques agréables jours à « Kin-Malebo » en 2022.

Cette même année 2022 a également vu débarquer à Kinshasa le belge Jean-Claude Van Damme, sportif d’arts martiaux et grand acteur de cinéma. Reçu notamment par le président de la République Félix Tshisekedi, celui-ci lui délivra le passeport diplomatique congolais au titre d’ambassadeur culturel au service du Congo à l’étranger.

2025 a été le 51è anniversaire du combat Ali-Foremam. Pour commémorer cet heureux souvenir, le groupe de communication Divo a estimé faire venir à Kinshasa la terreur des rings et ancien champion du monde de boxe poids lourds Mike Tyson. Ce dernier exprima, au contact des Kinois, sa joie de retrouver ses « frères » et ses origines.

Kinshasa a accueilli, depuis le siècle passé, de nombreux expatriés venus s’y installer pour diverses activités, notamment économiques. Beaucoup étaient arrivés pendant l’époque coloniale et avaient continué leurs activités après la décolonisation du pays. Leurs noms sont intimement, légendairement liés à l’histoire culturelle et économique de la ville. Plusieurs se firent connaître par leur primauté ou leur importance dans leurs secteurs d’activité, comme les belges Damseaux (Groupe Orgaman), Jules Van Lanker (JVL) et Lippens (production sucrière), lesquels étaient initialement et principalement dans l’agro-pastorale avant de se diversifier ; les portugais Nogueira dans le commerce général, Rodriguez dans la cordonnerie, Viana, d’abord couturier et qui se lancera après dans l’agroalimentaire avec « Alimentation Express »; les grecs avec Athanase Papadimitriou, un des premiers promoteurs de la musique dans la ville vers la fin des années 1940, notamment par ses « Éditions Loningisa », Yangos Papadopoulos, fondateur de « Quo Vadis », l’usine de fabrication de pain, Jean Pantelidis avec les mémorables magasins de chaussures Bata, Basile Seitis dans les pompes funèbres (« Monsieur le vendeur des cercueils »), etc.

Kinshasa connaît aussi depuis longtemps la présence nombreuse d’expatriés africains (Angolais, Congolais du Congo-Brazzaville et nombreux Ouest-Africains) qui ont généralement été dans le petit commerce et l’artisanat.

Aujourd’hui, l’immigration économique est de plus en plus libanaise, indienne, pakistanaise, chinoise et turque avec quelques noms dont la présence à Kinshasa remonte au début des années 1970, comme les familles Achour (libanaise) et Rawji (indienne).

Wina Lokondo

9 commentaires sur Ils sont venus à Kinshasa…

  1. Nkana Lokondo,
    Evidemment, ils sont (quasiment tous) venus à Kinshasa. Votre listing me rappellent plein de souvenirs. Mais, mais, mais, le plus  »intriguant », c’est que vous avez oublié de citer les sujets belges qui sont venus et qui se sont accaparés du pouvoir à Kinshasa. Ils sont encore là. Nous les connaissons tous. On fait comme si….
    Ceci dit, tant que le génial Leo Messi n’est pas encore venu, on a rien vu. Pour rappel, il a fait un tour à Libreville, faire coucou et taper le ballon avec Ali Bongo, juste le temps d’un après-midi. Coût de l’opération de  »visibilité » IDIOTE : 3 millions de dollars US. Les dirigeants nègres sont incroyables de débilité !

  2. M Wina Lokondo,
    Merci pour ce rappel historique. Il y en a aussi qui sont venus par amour de la musique, et ils ont beaucoup appris aupres de nos maestros Grand Kalle et Luambo Makiadi, alias Franco de Mi Amor! Je citerai pour vous completer Isaac Musekiwa le Zimbabween et Manu Dibangu, le Camerounais. Je dis toujours a mes amis Camerounais que Manu Dibango est le plus Congolais des Camerounais! N’oublions pas les Congolais d’en face Michel Boyibanda, Youlou Mabiala, et Loko Masengo qu’on a d’ailleurs du mal a compter parmi les etrangers!
    Oui ils sont venus a Kinshasa! Cette ville si acceuillante qui est passee de Kin-la-belle a Kin-la -poubelle! Quand j’y pense, j’etouffe de colere! Bien entendu au PICT on vous dira que cette descente lente dans la crasse est la faute a Tshilombo! Avez-vous remarque comme moi que chez nous c’est toujours les autres qui sont fautifs et jamais soi-meme?
    Dieu d mes aieux!

    • Honorable Binsonji,
      Il n’y a aucune gloire à célébrer une médiocrité manifeste. Sortez de votre carcan tribalo-régionaliste et ouvrez enfin les yeux.
      Le monde entier se moque de nous. Ce ne sont pas les cohortes de “frères de tribu”, rassemblées et galvanisées avec 200 euros lors des déplacements à l’étranger de votre chef de clan, qui changeront la réalité. Toute la jeunesse progressiste africaine se demande comment une telle incongruité a pu se retrouver à la tête du Congo. Je ne parle même pas des remarques ironiques qui circulent discrètement dans les chancelleries occidentales à Kinshasa.
      Réveillez-vous et cessez de ne voir que la paille dans l’œil des autres.
      À Yaoundé, certains frôlent l’AVC. Personne ne comprend comment il est possible de perdre face à un pays comme le vôtre. Cela ne vous interpelle vraiment pas ?

      • Honorable JO BONGOS,
        Si vous croyez que Fatshi est ‘une mediocrite manifeste’; si vous croyez que tous les Congolais qui accourent pour l’acceuilir quand il passe chez eux ne sont que ‘ses freres de tribu’; si vous croyez que le monde entier se moque de nous a cause de Fatshi; si vous croyez que la jeunesse progressiste africaine se demande comment l’incongruite’ appellee Fatshi a pu se retrouver a la tete du Congo, je ne peux que prendre acte! Comme je l’ai dit autrefois, on ne peut pas debattre de croyances. Chacun est libre de croire ce qu’il veut!
        Depuis tout ce temps qu’on echange, je croyais que vous aviez deja compris que je ne suis le genre de personne qu’on enferme dans un quelconque carcan! Alors si vous vous me demandez de sortir de mon ‘carcan tribalo-regionaliste’, c’est a desesperer de mes compatriotes! Ainsi donc d’apres vous je suis dans un ‘carcan tribalo-regionaliste’? Et qui m’as mis ce carcan? Je serais donc d’apres vous tribalo-tribaliste et tribalisant? Non, mon cher frere! La vous vous trompez lourdement sur ma personne! J’ai trop souffert du tribalisme pour permettre a qui que ce soit de m’enfermer dans un carcan ‘tribalo regionaliste’
        Vous n’avez pas besoin de me reveiller! Je suis deja reveille! Je n’arriverai pas a fermer l’oeil tant qu’il y aura autant de mes compatriotes du mauvais cote de l’Histoire! Oui! Vous etes mon frere! Olinga, Olinga te! Comme dirait le Marechal! Je vois la paille dans l’oeil des autres parce que je reconnais cette paille pour l’avoir deja extirpe de mon oeil!
        Je suis vraiment interpelle! Que vive la RDC!

      • Honorable JO BONGOS,
        La RDC dirigee par cette ‘mediocrite manifeste’ de Tshilombo vient de debarquer le Nigeria de la Coupe du monde. Combien de militants du PICT ont fait un AVC? Natuni kaka! Ne me dites pas que tous ceux qui etaient au Stade de Martyrs hier etaient des ‘freres de tribu’ De Tshilombo! Il parait qu’il y avait aussi quelques Congolais!

  3. Les dirigeants de FC Barcelone, FC Monaco et FC Milan ainsi que le tres corruptible chef de la FIFA, sans oublier la (vraie ou fauusse) pasteure de Trump, sont aussi descendus a Kin y voir le mec au sommet pour « enveloppes ». Cela tandis que le peuple d’abord abruti broie les boues d’innondations et attend ses enveloppes des promesses Tshilejelu. L’Adage dit qu’un peuple (abruti) a de dirigeants (voyous) qu’il merite.

    • La visibilite pour une cause coute toujours cher, M Le Cretin! Savez-vous combien le Rwanda a depense pour son operation de charme ‘Visit Rwanda’? Savez-vous combien ce pays depense pour payer ses agents dissemines dans tous les services publics congolais? Savez-vous combien il paye les soi-disant journalistes de l’opposition?
      Quand on est Africain, et de surcroit Bantu, on n’appelle pas le Chef de l’Etat ‘le mec au sommet’, meme quand on ne l’aime pas! Ca c’est du cretinisme pur et simple! Decidement, ces messieurs-dames du PICT ne se souviennent meme pas que nous avons des valeurs a sauvegarder! Dieu de mes aieux!

  4. Honorable Binsonji,
    Vous vous rappelez certainement du poète romain Juvénal.
     »Panem et circenses »!
    Combien de militants du PICT on fait un AVC ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne connais pas les militants du PICT.

  5. Honorable Binsonji,
    À propos de la victoire des Léopards… En attendant de marcher tranquillement sur la Jamaïque ou la Nouvelle-Calédonie — formalités administratives avant notre qualification pour le Mondial, n’est-ce pas ? — il ne s’agit pas de savoir si ceux qui se sont rués à l’aéroport pour accueillir nos joueurs étaient, oui ou non, des frères de tribu de votre gourou. Le vrai sujet, c’est qu’on aurait pu recycler ce moment de joie nationale de façon un peu plus… ambitieuse.
    Par exemple : profiter de l’influence quasi mystique de l’Émir du Qatar pour obliger Nangaa à recevoir les Léopards à Goma et y organiser un grand tournoi de football fraternel RDC–Rwanda–Ouganda–Burundi. Une kermesse régionale, mais en crampons. Et au terme du tournoi, tous les joueurs, main sur le cœur et regard vers l’horizon, lançant une déclaration solennelle appelant à la cessation immédiate du conflit à l’Est, au retour de la paix et à l’établissement d’une vraie autorité de l’État en RDC. Rien que ça. Un “match amical pour la paix”, version premium.
    Et puisqu’on était déjà dans l’exceptionnel, le Congrès aurait pu pousser le génie jusqu’à nommer le coach Sébastien Desabre président de la République pour une transition de deux ans. Son staff technique ? Ministres ! Gouvernement ultraléger, concentré comme un expresso. Premier ministre : Chancel Mbemba, évidemment. Avec l’argent de l’Émir — qui, rappelons-le, nous aime d’un amour inexplicable mais très utile — on reconstruirait le pays en vingt-quatre mois. Et pour moins de 70 milliards de dollars. Une poignée de cacahuètes pour l’Émir, lui qui doit sûrement avoir ça qui traîne dans un tiroir.
    À ceux qui viendraient pinailler que Desabre est Français, nous répondrons calmement que ce sont déjà des Belges qui dirigent le pays aujourd’hui. Donc franchement… un Français à la place d’un Belge, est-ce que ça change vraiment la couleur du maillot ?

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