
Dans une correspondance adressée au Président de l’Assemblée nationale, le Président de la Cour de Cassation demande la levée des immunités de Constant Mutamba Tungunga, l’actuel ministre de la Justice et Garde des Sceaux, aux fins d’entendre celui-ci dans une affaire de détournement de deniers publics.
« Un événement chasse l’autre! », dit une expression chère au monde des médias. En l’espace de 48 heures, la polémique a fait rage en RDC autour de la demande de la levée des immunités du sénateur à vie « Joseph Kabila » par l’Auditeur général près la Haute Cour militaire. Dès mardi 20 mai, cette nouvelle est supplantée par la condamnation de l’ancien Premier ministre (2012-2016) Augustin Matata Ponyo. Mercredi 21, une nouvelle situation a vu le jour.
L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. De quoi s’agit-il? « Je viens d’être saisi par le procureur général près la Cour de Cassation aux fins d’obtenir l’autorisation d’instruction contre sieur Constant Mutamba Tungunga, actuellement ministre de la Justice et garde des Sceaux ». L’homme qui parle n’est autre que Vital Kamerhe, le Speaker de la Chambre basse du Parlement congolais. Le magistrat Sylvain Mvodé Mambu souhaiterait entendre « la version de fait » de Mutamba.
Le ministère de la Justice envisage de construire une nouvelle prison à Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo. Un contrat de gré à gré a été signé entre le chef de ce département et la société Zion Construction SARL, au capital social de 5.000 U$, et dont la création remonte au mois de mars 2024. Montant du projet: 39,8 millions U$.
Un montant de 19 millions U$ aurait été décaissé et viré dans un compte ouvert chez RawBank. Aux dernières nouvelles, on apprenait que le ministre de la Justice et ses collègues des Finances et du Budget étaient attendus à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une « Question orale » avec débat. Les trois membres du gouvernement devraient s’expliquer notamment sur la « procédure d’urgence » appliquée pour le décaissement de cette somme mais aussi sur la méconnaissance des règles sur la passation des marchés publics.
L’honneur perdu de Constant Mutamba?
Agé de 36 ans, avocat de profession, député national, Constant Mutamba Tungunga se veut un « opposant assumé ». Tour à tour, membre du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président « Joseph Kabila », proche de l’ancien ambassadeur rwandais à Kinshasa, Vincent Karega, le juriste a créé l’événement le 29 mai 2024 en figurant parmi les membres du gouvernement de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Un parcours qui n’a cessé d’étonner. Quelques mois auparavant, « Constant » ne disait que du mal du président Felix Tshisekedi: « Fatshi n’a pas mon niveau! », pérorait-il lors d’une intervention à un média kinois.
Lors de la cérémonie de passation de pouvoir avec son prédécesseur Rose Mutombo Kiesse, Mutamba est arrivé en compagnie d’un chien de race. Nous écrivions à l’époque que le nouveau ministre venait d’envoyer un « message subliminal » annonciateur de « la chasse aux intouchables ».
Selon des sources au ministère de la Justice, Mutamba entretient des rapports heurtés avec les hauts magistrats. Ceux-ci le suspectent de voir mettre le Conseil supérieur de la magistrature sous sa botte. « Le département n’est pas administré », confie un directeur. D’après ce fonctionnaire, « le ministre Mutamba est un homme orgueilleux qui passe son temps à gesticuler; à parler au lieu d’agir ».
Au cours d’une manifestation à laquelle prenait part la « Première » Judith Suminwa, le ministre de la Justice a fait mine de renifler l’air avant de lâcher: « Je sens l’odeur de détournements ». « Constant Mutamba, écrivions-nous, fin mai 2024, est un cas. Rarement un membre du gouvernement a été si ovationné sous la Présidence de Felix Tshisekedi. Pour les uns, c’est un populiste. Pour d’autres, c’est l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ».
Jusqu’à mardi 20 mai, la ministre des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner et Mutamba Tungunga étaient considérés comme les ministres les plus adulés.
Toute personne accusée d’un fait quelconque est réputée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité soit établie lors d’un procès juste et équitable. Le ministre Mutamba jouit de la présomption d’innocence. Une certitude: il est pris dans la nasse. L’homme a perdu son honneur de « Monsieur propre » autant que la réputation de « redresseur de torts ». C’est dommage!
B.A.W.