Kinshasa: Circulation routière chaotique

Des conducteurs disposant d’une parcelle d’autorité roulent à contre-sens, mettant des vies en danger et créant des embouteillages.

Gaston Mutamba Lukusa

Conduire à Kinshasa ou ce qu’il en reste, s’apparente à un rodéo urbain. La circulation routière y est chaotique. Tout le monde se promène à sa manière, qu’il s’agisse des piétons, des motos ou des véhicules qui quadrillent la ville. Le code de la route n’existe pas. Il ne faut pas croire qu’on est en sécurité sur une voie prioritaire. À tout moment, un piéton, un motocycliste ou un véhicule peut surgir à partir des voies secondaires et vous couper la route sans tergiversation. Stupeur et tremblements!

Des conducteurs qui disposent d’une parcelle d’autorité roulent à contre-sens, mettant des vies en danger et créant des embouteillages. Dans notre pays convoité par tous les Etats voisins et la Chine, tout celui qui se sent puissant se voit rouler dans un cortège. Des véhicules aux vitres teintées roulent sans plaque d’immatriculation ou avec des plaques voilées. Peut-être pour se soustraire aux regards du peuple qui vit dans la précarité. La visibilité et la sécurité des conducteurs ne sont pas assurées. Enfer et damnation! Ceci expliquant cela, une campagne est menée par le gouvernement pour améliorer la circulation.

Il est décrété qu’il est interdit désormais de rouler à contresens ou en double file exceptés le Chef de l’Etat, les pompiers lors des secours, les ambulances en cas d’urgence et la police en intervention. Cette décision sera-t-elle respectée? Comme disait Einstein, « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ». Mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa la déglinguée, doute que cette campagne puisse produire les effets escomptés. Ceux qui enfreignent le code de la route sont souvent les tenants du pouvoir: ministres, officiers généraux, hauts magistrats, commandants de la police, agents des services de sécurité etc. Saperlipopette! Leurs véhicules circulent avec des cortèges parfois lourdement armés qui ne suivent pas la réglementation routière. Cela s’observe notamment sur l’avenue colonel Mondjiba et sur le boulevard Lumumba.

Avant que la chaussée urbaine ne se dégrade, ceux qui avaient des sous circulaient dans des berlines. Quand la chaussée s’est dégradée, ils sont passés aux grosses jeeps 4×4. Comme la dégradation continue peut-être qu’ils vont circuler à bord des hélicoptères ou sur des routes spéciales réservées. Sapristi! Selon mon ami qui sait tout, seuls les chefs des institutions peuvent prétendre à circuler avec des cortèges. Il s’agit du président de la République, du président du Sénat, du président de l’Assemblée nationale, du président de la Cour constitutionnelle et du premier ministre. Bref passons!

Tiens, le gouvernement Sumwina vient de totaliser 100 jours. C’est beaucoup de chaleur, de fumée et pas de lumière. La première ministre est cependant visible, audible contrairement à son prédécesseur le « bouddha » Sama Lukonde. Mais c’est comme un moteur qui tourne à vide. Lors de l’investiture de son gouvernement, le 12 juin, elle avait promis monts et merveilles. Le programme d’action du gouvernement qu’elle avait concocté est structuré en six piliers qui sont susceptibles, selon elle, d’accélérer le développement économique et social du pays. Ces piliers sont subdivisés en 56 axes stratégiques et en 326 actions, projets et réformes. Suivant le programme, le gouvernement va exploiter les niches d’emplois existantes pour créer un total de 6,4 millions d’emplois à l’horizon 2028. D’après mon ami qui est devenu fou, cela veut dire que le gouvernement va créer 1.280.000 emplois par an, 106.667 emplois par mois et 3.555 emplois par jour! En 100 jours, elle aurait donc créé 355.500 emplois! Il ne faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages.

On dit chez nous qu’au chef, il faut des hommes. Et aux hommes, un chef.

GML