Koffi Olomide: L’homme et l’oeuvre

La musique n’a pas été, jusqu’ici, parmi mes thèmes d’écriture de prédilection. Je me décide d’en dire quelques mots à travers la carrière d’une personne dont l’éminence dans l’art musical est unanimement reconnue: Koffi Olomide.

De l’homme d’abord

C’est dans le fin fond du Territoire d’Idiofa, à la mission catholique d’Ipamu, à une quinzaine de kilomètres de la cité de Mangai, où je suis à l’internat de l’Institut Ntobi que j’apprends la création de l’orchestre Viva la Musica par Papa Wemba en 1977. Le pensionnat disposait d’un tourne-disque par lequel nous écoutions de la musique, uniquement le samedi soir et pendant deux ou trois heures. La direction s’arrangeait pour obtenir régulièrement des vinyles 45 tours par les voyageurs qui venaient de Kinshasa. La danse “Mokonyonyo” ainsi que les phrases et les phrasés percutants (notamment les sonorités de la guitare de Rigo Star – à la Jimmy Hendrix – ou celles du “lokolé”, instrument traditionnel de musique, une sorte de gros xylophone, manié par Itsheri) du nouvel orchestre avaient emballé toute la jeunesse zaïroise. J’ai 17 ans et je suis également subjugué par la voix de Papa Wemba et par ses mouvements sur scène quand je le vois à la télévision au retour à Kinshasa pour les vacances. Des chansons de grands succès pleuvent : Mère Supérieure, Bokulaka, Mabele Mokonzi, Ekoti ya Nzube, Anibo, Princessia Synza, Aïssa na Zoé, Fleur Betoko et autres. Et c’est de la bouche de Papa Wemba que j’entendis pour la première fois le nom “Olomide” en dédicace dans une de ces tubes. J’apprendrai plus tard que ce dernier fut l’auteur de quelques-unes de ces belles mélodies, comme l’avoua si humblement Papa Wemba dans une interview: “Koffi Olomide a été mon jeune frère qui a écrit plusieurs chansons pour moi“.

Koffi Olomide – de ses vrais prénoms et noms Antoine Christophe Agbepa Mumba – est né à Stanleyville, actuel Kisangani, le 13 juillet 1956. Il est le fils de Charles Agbepa (qui fut, dit-on, un excellent footballeur – comme Koffi également) et de Aminata Angélique Muyonge. Il est père de plusieurs enfants nés de différentes femmes qui ont successivement égayé sa vie. Il vit aujourd’hui maritalement avec la chanteuse Candy Nkunku alias “Cindy le Cœur” qui est par ailleurs la cheffe d’orchestre de Quartier Latin. Si dans ses interviews, Koffi Olomide parle souvent de bons souvenirs de ses parents, il regrette par contre de ne pas avoir pu “réussir” sa propre vie avec ses enfants, reconnaît-il, non sans tristesse, lors d’une émission télé. Les malentendus avec sa fille, la belle et longiligne Didistone, mannequin de profession – qui a visiblement mal digéré le divorce de ses parents -, n’arrêtent pas de faire les choux gras de nombreux internautes qui font des sévères reproches, lancent des “œufs” pourris, les uns au père, les autres à la fille.

Au milieu des années 1970, Koffi Olomide vit en France où il effectue des études de sciences commerciales. C’est en dilettante, à ses moments perdus, qu’il s’essaie en musique, en jouant à la guitare et en remplissant des carnets en poèmes musicaux. Il ne résistera pas à succomber totalement à sa passion pour cet art. Il en fera finalement son métier qui dure depuis 48 ans.

De l’œuvre ensuite

Après quelques rares prestations publiques comme chanteur avec l’orchestre Viva la Musica – dont il ne fut pas membre de l’équipe des musiciens attitrés -, Koffi Olomide sort en 1977 sa première composition chantée par lui-même. Le titre est “Asso”, une pépite que l’on peut écouter sur Youtube. Il a 21 ans. Ce sera le début de sa carrière solo jusqu’à la création de son orchestre Quartier Latin en 1986.

Sa culture intellectuelle et son aisance dans l’expression en français le sortent du lot: contrairement aux nombreux autres musiciens du pays – tout autant artistiquement talentueux -, l’homme communique avec facilité dans les médias, locaux et étrangers, et aussi dans l’écriture de ses chansons par des formulations plus fouillées, excellant particulièrement dans l’usage de la métaphore dont on se régale à travers plus d’une vingtaine d’albums, de quelque 300 chansons. Ce qui fit dire à Fally Ipupa, interrogé quand il était encore musicien de Quartier Latin: “Koffi Olomide est un musicien d’un haut niveau et un arrangeur musical hors pair. Il a donné une dimension particulière à la rumba congolaise“. Le phénoménal Maître Gims a, lui, agité très fort l’encensoir: “Koffi Olomide est le meilleur musicien africain de tous les temps. Personne n’a jusqu’ici réalisé ce qu’il a fait. Personne“. Opinion, pourtant personnelle, qui a courroucé quelques esprits (les réseaux sociaux s’enflamment en polémique où s’échangent arguments objectifs et propos injurieux entre fans de Koffi Olomide et ceux de certains autres musiciens) qui ne lui reconnaissent pas cette “suprématie“.

Au-delà de ce vif débat, il y a lieu de reconnaître une part de vérité dans les propos de Gims si l’on prend en considération les facteurs suivants:

  • Longévité: Koffi Olomide est depuis 48 ans, non seulement en termes de présence dans l’espace musical, mais aussi parmi les premiers dans tous les palmarès des musiciens congolais à succès par ses albums et ses clips, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Jusqu’à aujourd’hui. Les anciens et grands de la musique congolaise (Grand Kallé, Rochereau Tabu Ley, Franco Lwambo, Papa Wemba,…) n’ont pas connu, par cause de lassitude, de maladie ou de décès, autant d’années d’activité que Koffi Olomide. Les invitations à se produire qui continuent à lui être adressées par diverses personnalités (privées et publiques) de différents pays témoignent de l’impact artistique qui est le sien depuis des décennies.
  • Contenu des chansons: Koffi Olomide est reconnu par toutes les critiques et tous les chroniqueurs musicaux – hormis Tabu Ley et Simaro Lutumba – comme bon et fécond parolier, meilleur compositeur congolais par la profondeur de ses textes, par les mots, les figures de style imagées qui les inondent.
  • Prestations scéniques: Koffi Olomide a, avec son Quartier Latin, réalisé des prestations mémorables dans les grandes salles – il remplissait déjà et notamment Bercy, il y a 25 ans passés, sans concours d’Internet, des réseaux sociaux, sans préalable publicité dans les grands médias français. Il donna, à l’occasion, une dimension internationale à la fois à notre intemporelle rumba et au “Ndombolo“, la danse endiablée congolaise de cette période. Il sera le lendemain de sa prestation l’invité du journal télévisé de 20 heures de France 2. À presque 70 ans, il continue à remplir des salles avec des prestations chorégraphiques qui égalent – si elles ne surpassent pas – celles de nombreux jeunes musiciens.
  • Apport dans le métier: Koffi Olomide a permis, sur la lignée des Rochereau Tabu Ley, Franco Lwambo Makiadi, Papa Wemba Shungu, l’éclosion artistique de nombreux jeunes, lesquels ont bénéficié de son encadrement au sein de l’orchestre Quartier Latin. Dénicher des talents, les manager efficacement et leur donner une notoriété sont des qualités dont peu de gens sont pourvu. On sent le style “Koffi” à travers le chant et la musique de la nouvelle génération.
  • Distinctions obtenues: Africa Music Awards désigne Koffi Olomide meilleur chanteur en 1994 ; il reçoit en 2021 à Lagos au Nigéria le “Prix de légende vivante africaine” aux Afrima Awards ; il reçoit cinq disques d’or successivement en 1994, 1999, 2000, 2002 et 2008 ; Kora Awards lui a décerné sept trophées dont quatre lors d’une même soirée en 2002 en Afrique du Sud, d’où le sobriquet de “Quadra-Kora-Man” que ses admirateurs lui ont donné ; la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), organisme privé français, l’a admis en son sein et lui a octroyé la médaille de sociétaire définitif pour son impact durable sur la musique ; Koffi Olomide a reçu en 2022 des mains du président Félix Tshisekedi le passeport diplomatique au titre d’ambassadeur de la culture congolaise pour sa contribution importante au rayonnement de celle-ci pendant des années. Reconnaissance de la nation du mérite d’un citoyen congolais à travers le premier personnage de l’État.

Si la durée dans un métier, la qualité du travail, la renommée que celui-ci donne et l’impact significatif que l’on a sur des millions d’individus au-delà des frontières de son propre pays font d’une personne une légende, Koffi Olomide en est une, incontestablement. Il suffit, pour s’en convaincre, d’aller sur Youtube y regarder ses vidéoclips et y écouter ses chansons, excellents résultats d’un parcours exceptionnel de 48 années de labeur.

Wina Lokondo
Kinshasa, RDC

4 commentaires sur Koffi Olomide: L’homme et l’oeuvre

  1. Nkana Lokondo,
    Koffi Olomide est une légende vivante. Cela ne se discute même pas.
    Il fallait rappeler qu’au commencement du commencement se trouvait la matrice originelle : « Ba la joie », source première de tant de joyaux.
    De cette matrice sont nées plusieurs pépites qui ont ensuite enrichi l’univers de Papa Wemba.
    Koffi Olomide est, incontestablement, un très grand.

  2. Très bel article ! Depuis ma tendre enfance, je n’ai jamais été ce qu’on appelle fan de telle équipe de foot, tel orchestre ou tel musicien. J’aime les bonnes compétitions et la bonne musique. Mais sur le plan national, Koffi Olomide que j’ai découvert au début de mes études universitaires au Campus puis Université de Lubumbashi reste mon préféré, justement pour la qualité de ses œuvres, en dépit du fait que je n’apprécie pas ses brouilles et polémiques avec d’autres musiciens.
    Intéressant d’apprendre également que l’auteur de l’article, Wina Lokondo, a usé ses culottes sur les bancs scolaires de mon Kwilu natal. Ce qu’il décrit sur sa vie à l’internat de l’Institut Ntobi dans la mission catholique d’Ipamu me fait revivre ce que j’ai vécu moi-même à l’internat du Collège jésuite Saint Ignace de Loyola à Kiniati (1972-1976), au fin fond du Territoire de Masimanimba. Nous, on ne faisait pas qu’écouter de la musique. On dansait également. Je figurais même parmi les meilleurs danseurs. Mieux, j’avais crée une danse, Abulapogu en kimbala, que j’exhibais lors de toutes les fêtes au collège, seul ou avec deux acolytes, de préférence au rythme de la chanson Semeki Mondo d’Evoloko, à ne pas confondre avec Fièvre Mondo du même auteur-compositeur. Si la danse Abulapogu était connue de Zaïko Langa Langa, elle allait faire un tabac sur toute la république. C’était le clou du spectacle de toutes les fêtes au Collège Kiniati ces années-là.
    Bon retour parmi nous, cher Wina.

    • Cher Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo,
      Vous ne cesserez de m’étonner.
      Ne pourriez-vous pas mettre en live sur C.I.C une vidéo vous montrant en train d’exhiber quelques pas de Abulapogu ?
      Je suis convaincu que les lecteurs de C.I.C, moi le premier, apprécieront.

  3. Cher Wina,
    merci pour cet apport sur cette légende vivante,qui,fin des années 70 et début ’80;initiera une manière de vivre et de célébrer la femme,j’ai dit :”TSHATSHO!”
    Salut et bonne année 2026 à tous les mélomanes.

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