
L’aide extérieure ne peut pas contribuer au développement du pays en l’absence de réformes macro-économiques profondes et d’une bonne gouvernance. L’impression générale est que l’aide extérieure est soit mal répartie soit mal utilisée. A titre d’exemple, l’aide alimentaire n’a pas peu contribué à freiner le développement agricole dans les pays assistés quand elle entre en compétition avec la production locale. Elle peut aussi transformer les habitudes alimentaires.

Fin janvier, le président Donald Trump annonçait la suspension des aides de l’USAID pendant 90 jours, plongeant beaucoup de pays dans l’incertitude. Il avait qualifié cette agence d’organisation criminelle. Il est reproché à cette agence gouvernementale des actions de déstabilisation en vue de changement des régimes politiques, de manipulation de l’opinion publique, de financement des guerres, d’utilisation de l’aide pour mettre au pas des régimes peu dociles. Le gouvernement du Mali a dernièrement qualifié l’aide extérieure d’instrument de déstabilisations et de subversion. Le pays craint que l’aide extérieure n’ait été utilisée pour financer des réseaux terroristes. L’aide extérieure devient de plus en plus une arme entre les mains des donateurs. Dans la foulée, le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé ce 25 février son intention réduire le budget dédié à l’aide internationale au développement. Cela pourrait se traduire par une réduction de 0,5% à 0,3% du PIB à partir de 2027 afin d’augmenter les dépenses de défense du pays. Le mouvement pourrait être suivi par d’autres pays développés en proie à la crise économique. En 2024, l’USAID avait un budget de 42,8 milliards de dollars, soit 42% de l’aide humanitaire déboursée dans le monde. Elle utilisait 10.000 personnes mais des milliers d’employés pourraient être limogés. En 2023, la RD Congo a pu bénéficier de près de 1,34 milliard de dollars d’aide américaine. Ce qui en fait le plus grand bailleur. Ces montants étaient dédiés principalement à la santé et à la sécurité alimentaire. L’aide extérieure est aussi utile pour les pays donateurs. Le Maréchal Mobutu n’affirma-t-il pas qu’un franc belge d’aide rapportait 3 francs à la Belgique? Jusqu’au début de l’an 2000, l’aide extérieure était généralement liée de sorte que les bénéficiaires étaient tenus d’acheter les biens et services dans les pays donateurs. Finalement, qui aide qui?
La pauvreté continue à croître en Afrique
L’aide extérieure demeure utile pour des Etats faillis, fragiles et des pays sans autorité de l’Etat. Ces pays se retrouvent principalement en Afrique subsaharienne. L’Afrique seule est incapable de lutter contre la pauvreté. Il faut de la solidarité et une aide plus importante, plus rapide et plus efficace. Les autorités politiques devraient œuvrer ensemble pour réduire la misère. Non seulement l’Afrique est pauvre mais elle demeure le seul continent au monde où la pauvreté continue à s’accroître. Environ 41% de la population d’Afrique subsaharienne vit en dessous du seuil international de pauvreté. Ces hommes, femmes et enfants ne mangent pas à leur faim. Ils souffrent de maladies endémiques. Ils n’ont pas accès à l’eau potable ni à l’éducation. Ils logent dans des taudis si pas dans des camps de déplacés ou dans la rue. Cette paupérisation n’est pas due uniquement aux conflits armés, à la mauvaise gouvernance, au manque de démocratie, à l’absence d’Etat de droit. D’autres raisons expliquent cette pauvreté. Il s’agit du changement climatique, du faible niveau d’instruction, du mauvais état sanitaire (bref de l’insuffisance des dépenses publiques), du fardeau de la dette, de l’accès insuffisant aux marchés des pays développés, de la diminution, de l’inefficacité de l’aide publique au développement.
L’architecture de l’aide internationale
De nos jours, l’aide internationale est distribuée non seulement par les pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE mais aussi par des pays émergents. Il y a prolifération des canaux de distribution et financement de plusieurs programmes et activités. L’architecture de l’aide internationale est ainsi devenue plus complexe et plus variée. Elle se caractérise par un degré élevé de prolifération et de fragmentation. Ce qui annihile parfois la visibilité de l’aide. Près de la moitié des aides bilatérales fait l’objet d’une affectation sectorielle et thématique des fonds. Une bonne partie de l’assistance technique n’est pas coordonnée par le gouvernement. Il faut déplorer l’existence de plusieurs unités parallèles de gestion des projets sous prétexte de la faiblesse des institutions administratives. Cette pratique se traduit par un conflit de priorités entre les pays donateurs et les pays bénéficiaires. Elle ne permet pas non plus d’affecter librement des ressources vers des projets importants pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté. Plus la capacité institutionnelle des pays bénéficiaires est faible, plus la fragmentation est élevée. Ce qui accroit les frais de transaction et les charges administratives des projets. Et de nombreux projets financés par des bailleurs de fonds extérieurs restent peu exécutés. La prolifération des mécanismes d’acheminement de l’aide accompagnée de sa fragmentation nuit à l’efficacité de l’aide publique au développement. Cela a comme conséquence le saupoudrage de l’aide. Ce qui ne contribue pas à sa visibilité. Des critères concernant la qualité de l’aide, notamment sa prévisibilité et son alignement sur les priorités nationales des pays en développement, doivent être améliorés.
Les inconvénients de l’aide extérieure
Trop souvent dans les pays donateurs tout comme dans les pays bénéficiaires, l’on se pose la question de savoir où est passée l’aide extérieure au vu des statistiques et des maigres résultats sur le terrain. L’impression générale qui se dégage est que l’aide extérieure est soit mal répartie soit mal utilisée. A noter que l’aide alimentaire peut contribuer à freiner le développement agricole dans les pays assistés quand elle entre en compétition avec la production locale. Elle peut aussi transformer les habitudes alimentaires. Dans nos pays, le blé provenant des aides alimentaires remplace progressivement le maïs et le manioc produits localement et accroit en conséquence les besoins d’importation. Dès lors la balance des paiements est sujette à des pressions dès que l’aide alimentaire est suspendue. A signaler qu’une aide trop prolongée concourt à créer dans la population la mentalité d’assisté, le sentiment de pauvreté et le manque de confiance en soi. Une aide efficace est celle qui parvient à éviter les saupoudrages et à améliorer durablement les conditions de vie des populations. L’idéal est d’arriver rapidement à se prendre en charge, à penser son développement, à mettre en œuvre des politiques afin de subvenir à ses propres besoins et à réduire sa dépendance.
Il faut donc élaborer de nouvelles stratégies
Nos gouvernements doivent être capables de cibler les besoins et de les repartir entre les différents donateurs par secteur d’activité. Au lieu que tous les pays donateurs se concentrent sur un ou deux secteurs, il pourra leur être demandé de se spécialiser dans un secteur déterminé. Ainsi, une telle approche rendrait l’aide plus visible et plus efficace. Il faut aussi des entreprises locales performantes qui pourront profiter des facilités commerciales et douanières offertes par certains pays développés. Il faut aussi mettre en place des infrastructures performantes et faciliter les investissements dans les ressources humaines. Les pays donateurs doivent garantir la complémentarité des priorités et des programmes nationaux, régionaux et internationaux en matière de développement et de renforcer la capacité des pays bénéficiaires à utiliser efficacement l’aide. L’aide extérieure ne peut pas contribuer au développement du pays en l’absence de réformes macro-économiques profondes et d’une bonne gouvernance. Suivant la Banque mondiale, la croissance économique repose sur la stabilité. Le fait que la Chine et l’Inde connaissent la stabilité depuis 30 ans peut facilement être tenu pour acquis. Les progrès à venir en matière de réduction de la pauvreté dépendent de la capacité d’assurer la stabilité. Celle-ci constitue une condition préalable à la croissance et à la réduction de la pauvreté.
Gaston Mutamba Lukusa