Le « zododo » a des conséquences néfastes sur la santé

« Zododo », c’est l’appellation d’une boisson frelatée. Sa fabrication se fait dans des conditions d’hygiène déplorables, sans contrôle sanitaire.  La bière produite localement par les brasseries est jugée chère. Il faut au moins deux bouteilles de bière à 10.000 francs pour commencer à sentir les effets bienfaisants de l’alcool alors que 1.000 francs suffisent en sifflant le zododo pour s’enivrer et voir défiler les étoiles dans le ciel. L’Institut national de recherche biomédicale (INRB) rapporte que près de 15% des cas d’empoisonnement proviennent de ces boissons. Il faut arrêter ce mal. Mais que peut faire un gouvernement dans un pays caractérisé par l’absence de l’autorité de l’Etat?

Gaston Mutamba Lukusa

Le Mouvement national des consommateurs lésés (MNCL) a lancé, le 7 juillet,  un appel urgent au ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, pour qu’il interdise la production et la vente des boissons alcoolisées appelées communément Zododo. Cette ONG recommande de renforcer les contrôles sanitaires et de lancer des campagnes de sensibilisation. Leur fabrication se fait dans des conditions d’hygiène déplorables, sans contrôle sanitaire. Enfer et damnation!

Ces produits sont affublés de patronymes farfelus: Kindobika, Rambo, Fibo, Pastis, Splendeur Nkolo Mboka, Boss, Bravo, Mokonzi, Beton, Monarch, Splendeur… Il arrive que ces alcools soient mélangés à du sang de chat ou de chien. Ils contiennent aussi des substances toxiques comme l’alcool méthylique ainsi que des colorants et des additifs chimiques non autorisés. Ils sont liés à des cas graves d’intoxication, de troubles neurologiques, de lésions cérébrales multiples, de cécité et même de décès. L’Institut national de recherche biomédicale (INRB) rapporte que près de 15% des cas d’empoisonnement proviennent de ces boissons. Enfer et damnation!

D’après mon ami qui sait ce qui se passe dans tous les coins et recoins de Kinshasa la déglinguée, pour oublier les soucis du vécu quotidien dans la ville de Kinshasa ou ce qu’il en reste, des gens désœuvrés, jeunes et vieux aiment bien taquiner la bouteille. Ils trinquent les boissons communément appelées zododo fabriquées dans des distilleries artisanales, non réglementées. Ces alcools sont vendus à des prix bas dans les quartiers populaires. La bière produite localement par les brasseries est chère. Il faut au moins deux bouteilles de bière à 10.000 francs pour commencer à sentir les effets bienfaisants de l’alcool alors que 1.000 francs suffisent en sifflant le zododo pour s’enivrer et voir défiler les étoiles dans le ciel. C’est le chemin le plus court pour atteindre le nirvana ou le Grand soir.

Pour ceux qui ne le sauraient pas,  le « Grand Soir » est une idée largement répandue au XIXe et XXe siècles par les mouvements ouvriers et communistes. Ils s’attendaient à un bouleversement révolutionnaire de l’ordre social et politique existant et la mise en place d’une société collectiviste. Selon eux, le chambardement mettra fin à l’ancien monde et fera advenir un monde meilleur de façon soudaine et radicale. On peut toujours rêver!  Rien d’étonnant dès lors que le zododo soit fortement consommé d’autant que la population vit dans la précarité, l’oisiveté et crie vengeance.

Heureusement que ces cris sont atténués par les pasteurs charlatans des églises de réveil passés maîtres dans l’art de sauver les âmes des défunts et de soulager les poches des vivants. N’est-ce pas comme l’affirmait Karl Marx, que la religion est l’opium du peuple! Elle permet aux gens de supporter les souffrances et les injustices de la vie. Elle les détourne de la nécessité de changer l’ordre établi. Saperlipopette!

Toute action entraîne une réaction égale et opposée. C’est la troisième loi du mouvement de Newton. Il faut arrêter ce mal. Mais que peut faire un gouvernement dans un pays caractérisé par l’absence de l’autorité de l’Etat? Suivant mon ami qui sait tout, ce mal est lié à la modicité des revenus et au désespoir des populations. Il faut donc concevoir des politiques qui accroissent le pouvoir d’achat de la population. Les Etats-Unis avaient interdit de 1920 à 1933 la fabrication, le transport, la vente, l’importation et l’exportation de boissons alcoolisées. Ce fut l’époque de la prohibition. La Russie fit de même de 1914 à 1925 et la Finlande de 1919 à 1925. Les résultats furent mitigés.

On dit chez nous qu’il n’est pas sage de donner la torche à un aveugle qui marche dans l’obscurité.

GML