L’énigme Banyamulenge

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Depuis l’instauration de la dictature de Paul Kagame au Rwanda en juillet 1994 et surtout depuis ses expéditions guerrières au Congo, caractérisées par des pillages de ressources minières, des déplacements massifs de populations, des viols systématiques comme armes de guerre et des massacres à caractère génocidaire pendant trois décennies, instrumentalisant à volonté les Tutsi congolais, le nom Banyamulenge semble étonner voire irriter les membres des autres ethnies congolaises. Ancien journaliste et porte-parole du président Joseph Kabila, Kudura Kasongo écrit dans un texte de 2020 qui circule sur les réseaux sociaux: “Je suis né à Bukavu. J’y ai fait toute ma scolarité. J’ai été à l’école primaire avec des réfugiés Tutsi en 1960-1961 […]. Je n’ai jamais entendu parler de Banyamulenge”. En effet, il y a lieu de se demander ce que pourrait bien cacher ce changement d’identité pour des hommes et femmes qui, hier, étaient connus comme des Banyarwanda ou Tutsi.

Les Tutsi du Sud-Kivu, qui se sont baptisés Banyamulenge pour se différencier des Tutsi rwandais réfugiés au Congo, ne sont pas la première ethnie au monde à changer de nom. Il n’y a pas longtemps, les peuples autochtones qui vivent dans les régions arctiques de l’Alaska, du Canada, du Groenland et de la Russie étaient appelés Esquimaux. Ce nom leur paraissant péjoratif, ils ont imposé leurs propres noms, le plus connu étant Inuits.

Présents dans plusieurs pays dont l’Allemagne, la Belgique, la Bulgarie, l’Espagne, la France, la Hongrie, la Roumanie, le Royaume-Uni, la Serbie et la Slovaquie, ceux qu’on appelait hier Gens du voyage ou Tziganes sont devenus des Roms ou des Gitans, également en désapprobation des noms souvent considérés comme péjoratifs.

Peuple turc vivant principalement en Bachkirie, l’une des 22 républiques de la fédération de Russie, mais aussi au Kazakhstan et en Ouzbékistan, les Bachkiries ont changé leur nom en Bachkirs pour mieux refléter leur identité nationale et culturelle.

Au Congo même, le président Mobutu avait changé le nom Pygmées, considéré comme péjoratif, en celui de Premiers citoyens. Après sa chute et la fin de la politique de recours à l’authenticité, une autre expression est utilisée pour désigner ces mêmes populations: Peuples autochtones ou, en abrégé, PA. Les Bakongo sont un autre exemple. Populations de souche de la province du Kongo Central, ils s’identifient de plus en plus comme des Ne Kongo, en dépit du fait que Ne en kikongo désigne un titre et qu’il serait incorrect de s’appeler Ne Kongo. C’est du moins ce qui ressort des études de l’anthropologue américain Wyatt MacGaffey citées par l’encyclopédie en ligne Wikipedia: “Kongo Political Culture. The Conceptual Challenge of the Particular” (Indiana University Press, 2000).

Une ethnie peut changer de nom, motivée par des facteurs tels que la décolonisation et la réaffirmation de l’identité culturelle, la lutte contre la discrimination et les stéréotypes ou la reconnaissance officielle et la représentation politique. Au nom de la culture de la paix, il est important de respecter ce changement. Ce qu’il faut condamner et combattre par contre, c’est la pratique instaurée par certains Tutsi rwandais depuis la saga de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), la première tenue de camouflage de l’agression rwandaise. Ils se présentent sous d’improbables prénoms ou changent carrément d’identités pour se faire passer pour des Congolais.

Mais même dans le cadre de la “citoyenneté sans frontières” ci-dessus dont les figures bien connues portent les noms de James Kabarebe, Laurent Nkunda et Bosco Ntaganda, il faut plus s’insurger contre la faillite de l’Etat congolais, qui ne dispose pas d’un fichier d’état civil digne de ce nom, plutôt que de s’en prendre aux délinquants primaires soucieux de participer au festin du pouvoir dans un pays qui n’est pas le leur. En même temps, il faut s’élever contre la politique du ventre, le désir de dominer et la crainte d’être dominé, au nom de l’idée qu’on se fait de son ethnie et de celles des autres. Bref, il faut refonder l’Etat congolais sur de nouvelles bases qui seraient plus solides que l’échafaudage mimétique actuel. C’est alors et alors seulement que le mot Banyamulenge, devenu un fourre-tout pour les Tutsi du Congo et d’ailleurs, cessera d’être une énigme, en séparant le vrai de l’ivraie. Au nom de la paix et de la concorde nationale.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Ecrivain & ancien Fonctionnaire International des Nations Unies

1 commentaire sur L’énigme Banyamulenge

  1. Cher écrivain,ignorant soki atangi makambu oyo ozwi temps ya kokoma akoloba que a comprendre quelque chose, or oyo okomi awa otie nde batu na molili po o comparer makambu oyo okoki jamais ko comparer.
    Au sud-kivu il ya une colline oyo babengaka “Mulenge”.
    Kala ba rwandophones nyonso bazalaka banyarwanda.
    Terme banyamulenge ewuta na banyarwanda oyo ba se retrouva na congo,na sud-kivu,pe bazwa grâce ya kokabolama nationalité congolaise lokola nguba epayi ya bat’oyo balangwaka lotoko pe ba réfléchissaka te sur conséquences ya kokaba nationalité.
    Ba banyarwanda wana bayaka kobokola ba ngombe na bango na congo,bavandaka na colline ya mulenge,tangu bazwi ngolu ya nationalité ba changer kombo na bango banyarwanda en banyamulenge po ba se différencier na bandeko na bango oyo bazwa nationalité congolaise .(colline ya batu oyo bakutaka )bamibengi bakolo n’ango.
    Boyeba que tribu bembe na banyamulenge babundaka nuits et jours,pona Minembwe,babembe balukaka moyen ya ko déloger banyarwanda wana
    na esika na bango (Minembwe)

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*