
Ernest Rwamucyo, ambassadeur du Rwanda à l’ONU à New York, est viré sur décision du président Paul Kagame. La nouvelle est tombée le mardi 4 mars. Que reproche-t-on à ce diplomate qui n’est pas le premier à perdre son poste dans la métropole américaine? Une certitude: la diplomatie rwandaise fait face à une crise sans précédent.
« Il n’y a pas un sans deux! », dit un adage populaire. En juin 2013, Eugène-Richard Gasana, représentant permanent du Rwanda de Kagame est révoqué de ses fonctions. Il est accusé de « forfaiture envers la nation rwandaise ». La forfaiture est définie comme étant un « crime commis par un fonctionnaire public dans l’exercice de ses fonctions ». A l’époque, les réseaux sociaux ont raconté tout et n’importe quoi – effleurant même des histoires d’alcôves – pour expliquer le limogeage de Gasana. Celui-ci qui vit aujourd’hui en exil aux « States ».
Onze années après, c’est le tour de l’ambassadeur Rwamucyo d’être congédié brutalement. Des informations fragmentaires laissent entendre que le diplomate « a été soudoyé » par le régime de Felix Tshisekedi Tshilombo. D’aucuns parlent de « l’effet Kayikwamba Wagner », du nom de la jeune ministre congolaise des Affaires étrangères. Ce n’est pas la première fois qu’on entende ce genre d’allégations. « Le chef de l’Etat rwandais est un mauvais perdant. Il voit la corruption partout », commente un opposant rwandais.

« Préoccupations sécuritaires » et locuteurs congolais du kinyarwanda
Lors de la réunion du Conseil de sécurité du 21 février – ayant abouti au vote de la Résolution condamnant le Rwanda -, sieur Rwamucyo a déployé son talent d’éloquence pour justifier l’injustifiable. A savoir, les « causes » de la crise entre son pays et la RDC. Selon lui, « toute solution qui ne prend pas en compte les préoccupations sécuritaires du Rwanda au sujet des FDLR et autres groupes dissidents » serait sans effet. Et d’ajouter que « tout document faisant fi des préoccupations des locuteurs congolais du Kinyarwanda » ne pourra rien régler regrettant au passage « qu’on mette l’accent uniquement sur le M23 ».
Exit donc Ernest Rwamucyo. Dans sa lettre de démission, l’ex-diplomate, indiquent des sources, a déploré le climat politique délétère qui prévaut au Rwanda. « Je ne rentrerai jamais au pays de mes ancêtres tant que Paul Kagame sera au pouvoir », aurait-il souligné dans la missive adressée à la plus haute hiérarchie politique à Kigali. Rwamucyo aurait-il commis un « crime » dans l’exercice de ses fonctions? Mystère!
Les provinces du Kivu, « espace vital » pour le Rwanda?
Des analystes – c’est le cas notamment de l’International Crisis Group – conviennent qu’après le génocide de 1994, « la stratégie rwandaise au Congo était initialement guidée par des intérêts sécuritaires (…)« . C’est en tout cas ce que l’on peut lire à page 12 de la publication de l’ICG datée du 14 mars 2002. « Mais depuis 1996, d’autres intérêts sont venus se greffer sur la présence rwandaise » au plan politique et économique. « (…) Kigali en est venu à percevoir les Kivu comme un espace vital à contrôler et à conserver à tout prix ».
On le sait, le M23 réclame notamment l’exécution de l’accord signé le 23 mars 2009 entre le CNDP et le gouvernement de « Joseph Kabila ». Ledit accord déclare les provinces du Nord et du Sud-Kivu comme une « zone sinistrée ». La gestion devant être confiée aux cadres Banyarwanda/Tutsi. Autre exigence: la double nationalité à accorder aux locuteurs du Kinyarwanda vivant en RDC. Une manière de mettre main sur la partie orientale de l’ex-Zaïre. « La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre », énonce l’article 10 de la Constitution congolaise dans son alinéa 1er.
La diplomatie rwandaise en déroute
Des Banyarwanda/Tutsi prétendent qu’ils seraient des « Congolais d’origine » dont les ancêtres étaient présents lors de la création de l’Etat Indépendant du Congo. Etrangement, les Banyarwanda/Tutsi sont les grands oubliés des ethnologues et autres anthropologues ayant recensé les ethnies et tribus formant le Congo. Les alinéas 2 et 3 de l’article précité de préciser: « La nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition individuelle ». « Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (…)« , à la date du 30 juin 1960.
L’ambassadeur Ernest Rwamucyo inaugure la liste de haut-fonctionnaires rwandais incapables de trouver des arguments pour justifier les actes de « banditisme d’Etat » du régime de Kagame. Un régime qui viole le droit international en méconnaissant l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, l’intégrité du territoire et la souveraineté nationale.
L’éviction du représentant permanent du Rwanda aux Nations Unies est révélatrice de la déroute non seulement de la diplomatie rwandaise mais surtout de la politique expansionniste de Kagame. Après Rwamucyo, à qui le tour? Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe?
B.A.W.