Quelle démocratie pour le Congo?

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo, Kinshasa 1985
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo, Kinshasa 1985

Dans son discours du 20 juin 1990 à La Baule, le président François Mitterrand a exhorté ses homologues africains à libéraliser la vie politique de leurs pays. Il a tenu à apporter la précision suivante: « Il nous faut parler de démocratie. C’est un principe universel. Mais il ne faut pas oublier les différences de structures, de civilisations, de traditions, de moeurs. Il est impossible de proposer un système tout fait ».

En Occident même, les systèmes politiques démocratiques ne sont pas identiques. La Suisse, par exemple, est un Etat fragmenté, comme la plupart des pays africains. Elle est composée de 4 groupes ethniques: les Suisses d’expression allemande (62%), française (23%), italienne (8%) et romanche (1%).

En dépit de leurs clivages sociologiques ou linguistiques, les Suisses n’ont connu aucune guerre civile depuis 1848 (178 ans), année de naissance de la Suisse moderne. En outre, la Suisse a toujours été classée à la 5ème ou 6ème place mondiale en termes de richesses, avec un PIB par habitant supérieur à 100.000 USD. Comment expliquer cette double performance?

Après les fortes tensions sociales et politiques du début du XXème siècle, les élites du pays ont compris qu’elles ne pouvaient se permettre d’imiter la démocratie majoritaire/conflictuelle britannique ou française. A partir de 1930, elles ont commencé à édifier un modèle politique qui leur est propre: la démocratie de concordance. En 1959, elles ont trouvé la « formule magique » pour mieux enraciner ce système.

La démocratie de concordance voudrait que les principaux partis de la Suisse gouvernent ensemble au lieu d’opposer des partis de gouvernement à ceux de l’opposition. C’est donc un type particulier de démocratie consensuelle, consociative ou consociationnelle. Quant à leur « formule magique », elle aligne, sur les 7 membres du gouvernement fédéral, 2 socialistes, 2 radicaux-libéraux, 2 centre-droits et 1 union démocratique du centre (UDC). Ainsi, toutes les 4 ethnies gouvernent le pays sans qu’aucune d’elles n’ait la possibilité de dominer l’appareil de l’Etat à travers le phénomène universel nommé « bukalenga bwetu » sous le régime congolais actuel.

Depuis le milieu des années 1960, des érudits conseillent l’Afrique de sortir des sentiers battus du mimétisme et de mettre en place des alternatives crédibles à la démocratie conflictuelle ou majoritaire. Mais des suiveurs appelés professeurs d’université de droit constitutionnel continuent d’induire en erreur les commissions constituantes du haut de leur prétendu expertise en matière d’élaboration des Constitutions. Et bonjour les dégâts! When will we ever learn? When will we ever learn?

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Ecrivain & ancien Fonctionnaire International des Nations Unies

2 commentaires sur Quelle démocratie pour le Congo?

  1. C’est très curieux de prôner la democratie tout en stigmatisant une ethnie ou une autre tribut.  » bukalenga bwetu  » n’est pas une infamie, restons zen. Le Congo n’existait pas avant la fameuse conférence de Berlin à partir de laquelle les européens se sont partagés l’Afrique alors que la Suisse est un petit pays qui a battit son économie sur des méthodes peu conventionnelles existe depuis des centaines d’années. Ayons quand même le sens des proportions. Comment pouvez vous transposer le système suisse à la RDC un pays mosaïque de plus de 200 tributs et ethnies !!!. Je sais que comparaison n’est pas raison mais un peu rationnel et de cohérence tout de même.

    • Cher Pilipili,
      L’expression « bukalenga bwetu » ne vient pas de moi. De même que les propos suivants aux antipodes de la cohésion nationale: « Oyo pouvoir na biso Baluba. Oza Mukongo, kanga mbanga na yo. Oza Mungala, kanga mbanga na yo. Oza Muswahili, kanga mbanga na yoyo ».
      L’expression et les propos ci-dessus ont été tenus publiquement. Le ligablo au piuvoir n’a pas regardé leurs auteurs. Qui ne dit mot consent, dit-on. Vous feriez mieux de vous en prendre aux auteurs plutôt qu’à moi. Moi, j’utilise l’expression en prenant soin d’indiquer qu’il s’agit là d’un fléau universel de la gouvernance.
      Quant à vos propos sur le cas Suisse, mon intention est d’apprendre aux Congolais, qui ne connaissent que la démocratie majoritaire ou conflictuelle que nous imitons aveuglément et dangereusement aujourd’hui comme hier dans les années 1960, qu’il existe une autre forme de démocratie: la démocratie consensuelle, consociative ou consociationnelle. Je n’ai écrit nulle part que nous devons transpirer le système suisse a la RDC. Ce qui est surprenant, c’est que vous trouviez normal qu’on transpose en RDC la démocratie majoritaire ou conflictuelle inventée par les Anglais.

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