

Le secteur minier a apporté directement et indirectement environ 6 milliards de dollars au budget de l’État, soit près de 35% des recettes totales, pour 38 milliards de dollars d’exportations. La production continue de croître et les cours atteignent des niveaux records: environ 14.000 dollars la tonne de cuivre, 55.000 dollars celle de cobalt et 4.100 dollars l’once d’or. Cette hausse profite peu à la population, toujours confrontée à la pauvreté. L’État peine à satisfaire les besoins sociaux de base que sont: l’eau, l’électricité, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement et les infrastructures routières.
En 1989, la Gécamines avait versé plus de 300 millions de dollars au budget de l’État, malgré des cours nettement moins favorables qu’actuellement. La société produisait alors 441. 000 tonnes de cuivre, 9.311 tonnes de cobalt, 54.000 tonnes de zinc, 224 tonnes de cadmium, 25 tonnes d’argent et 11 kilogrammes d’or. À l’époque, la tonne de cuivre valait 2.856 dollars, celle de cobalt 18.518 dollars et l’once d’or 381 dollars. L’activité minière avait ainsi des retombées perceptibles sur la population et l’économie. Faute d’investissements, la production a toutefois chuté tandis que les coûts augmentaient. En 1990, l’effondrement de la mine de Kamoto a privé l’entreprise d’un tiers de sa production. Depuis, la Gécamines a souffert d’un manque de trésorerie, d’équipements obsolètes, d’une pénurie de pièces de rechange et d’intrants, ainsi que de la fraude sur le cuivre et le cobalt. Sa production de cuivre est tombée à moins de 20.000 tonnes par an, contre 441.000 tonnes en 1989.
Pour y remédier, le gouvernement, conseillé par la Banque mondiale, a engagé dès 1995 des coentreprises et des partenariats avec des sociétés étrangères. En 2007, il a réexaminé 63 contrats, souvent conclus sans évaluation des concessions et du patrimoine cédé, sans étude de faisabilité objective ni respect rigoureux des procédures. Leurs clauses étaient fréquemment défavorables à l’État congolais, et certaines autorités ont été soupçonnées d’avoir accepté des pots-de-vin. Selon la Banque centrale du Congo, la RDC a exporté en 2025 3,4 millions de tonnes de cuivre, 44.338 tonnes de cobalt et 22,036 tonnes d’or. Le secteur minier a apporté directement et indirectement environ 6 milliards de dollars au budget de l’État, soit près de 35% des recettes totales, pour 38 milliards de dollars d’exportations. Il représentait ainsi près de 95% des exportations nationales, évaluées à 40 milliards de dollars. La production continue de croître et les cours atteignent des niveaux records: environ 14.000 dollars la tonne de cuivre, 55.000 dollars celle de cobalt et 4.100 dollars l’once d’or.
Certains experts estiment que le cuivre pourrait dépasser 15.000 dollars la tonne en 2027. Pourtant, cette hausse profite peu à la population, toujours confrontée à la pauvreté, tandis que l’État peine à satisfaire les besoins sociaux de base que sont: l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation, l’emploi, le logement et les infrastructures routières.
Un pays riche peuplé de citoyens pauvres
Le secteur minier congolais repose sur des ressources stratégiques et diversifiées. Pourtant, en raison de la mauvaise gouvernance, il ne répond pas aux attentes d’une population vivant dans des conditions très difficiles. La RDC illustre ainsi le paradoxe d’un grand pays minier qui profite peu des revenus tirés de ses richesses naturelles. Le Code minier révisé de 2018 visait à corriger ce déséquilibre en renforçant la souveraineté économique et industrielle du pays. Il a actualisé plusieurs dispositions et rééquilibré le cadre juridique de 2002, qui favorisait largement les investissements étrangers et facilitait le transfert des droits miniers, au détriment de l’État congolais. Quelques années auparavant, le Sénat relevait déjà qu’entre 2007 et 2012, le secteur n’avait versé au budget de l’État que 1,03 milliard de dollars, soit 2,51% du chiffre d’affaires total. Il attribuait ce manque à gagner au laxisme du gouvernement et estimait que cette situation favorisait l’enrichissement des sociétés minières au détriment du pays. La révision du Code minier était donc nécessaire pour instaurer un cadre plus équilibré et rémunérateur pour l’État, les investisseurs et les communautés locales.
La RD Congo face à son destin minier
Selon les experts, les cours de plusieurs minerais exportés par la République démocratique du Congo devraient continuer d’augmenter dans les prochaines années. Le principal enjeu est de convertir cette hausse en développement économique. Le pays dispose d’importantes réserves de cuivre, de cobalt et de lithium, indispensables à l’électrification et à la transition énergétique (réseaux électriques, véhicules électriques) et aux infrastructures de données (Datacenters/IA). Il faut ajouter l’or, le coltan, le tungstène, l’étain etc. La progression des cours accroît les recettes en devises, les revenus fiscaux et les capacités d’investissement de l’État et des entreprises minières. La redevance minière sur le cuivre s’élève à 3,5% de la valeur des ventes tandis que le cobalt est soumis au taux de 10%. Une industrie compétitive et une production durable exigent des routes, des voies ferrées et une alimentation électrique suffisante. La puissance installée en RDC n’atteint que 2.608,78 MW, soit 2,6% du potentiel national: 2.576,94 MW d’origine hydraulique et 31,84 MW d’origine thermique.
La Société nationale d’électricité exploite 39 centrales, dont 18 hydrauliques et 21 thermiques. La puissance disponible est estimée à seulement 1.754,68 MW, dont 1.741,80 MW d’origine hydroélectrique et 12,88 MW d’origine thermique. Cette insuffisance résulte de la mauvaise gestion, de la vétusté des équipements et du manque d’investissements. Kinshasa subit aujourd’hui de fréquentes coupures d’électricité et un déficit estimé à 1.000 MW. Les besoins du secteur minier atteignent, quant à eux, environ 2.000 MW. L’extraction et le traitement local (raffinage/lixiviation) nécessitent un approvisionnement continu en électricité. Le déficit énergétique de la région minière pousse les opérateurs à recourir aux générateurs industriels de forte puissance, à investir dans des projets hydroélectriques/solaires et à Importer de l’électricité de pays voisins, notamment de la Zambie et, prochainement, de l’Angola. Le corridor de Lobito doit faciliter l’exportation du cuivre, du cobalt et même du lithium.
Une concession de trente ans, prorogeable de vingt ans, a été accordée à un consortium pour relier Kolwezi au port angolais de Lobito. Long de plus de 1.700 km dans sa première phase (1.289 km en Angola et près de 450 km en RDC), ce corridor permettra d’acheminer les minerais des régions congolaises vers l’océan Atlantique et contribuera au désenclavement du Kasaï et du Katanga. Il servira aussi au transport de produits agricoles, de marchandises et de voyageurs. Le trajet entre les sites de production (Province du Lualaba) et Lobito ne prendra qu’environ huit jours, contre près de vingt-cinq jours par route jusqu’au port sud-africain de Durban via Kasumbalesa. Cela permet aussi la réduction des coûts de transport et d’augmenter les marges des sociétés minières.
La prospérité du peuple congolais devrait augmenter.
Le secteur minier ne répond pas aux attentes de la population en raison de la fraude sur la nature, la quantité et la documentation des produits, mais aussi de la mauvaise gouvernance et des conflits armés. En 2008, un rapport du Sénat congolais soulignait que les statistiques d’exportation étaient peu fiables: les produits étaient déclarés sous des appellations inexactes et leur poids fortement sous-évalué, une cargaison de 33 tonnes pouvant, par exemple, être enregistrée comme n’en pesant que 3,3. Ces pratiques réduisaient directement les recettes publiques issues des impôts, droits, taxes et redevances, souvent non perçus ou seulement en partie faute de données fiables et de rigueur administrative. Malgré l’importance et la diversité des ressources du pays, le secteur contribuait donc très peu à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Le gouvernement doit remédier aux insuffisances des services publics chargés de la gestion minière. Ce secteur doit devenir un moteur de croissance nationale, et non profiter principalement à des entreprises dont les chiffres d’affaires restent insuffisamment connus et contrôlés de manière indépendante pour le compte de l’État. Une gouvernance plus rigoureuse et une transparence accrue sont indispensables pour récupérer les recettes qui échappent encore au Trésor et financer la reconstruction du pays. Dans le même ordre d’idée, le gouvernement doit demeurer ferme au sujet de la restriction sur l’exportation de minerais bruts ou faiblement enrichis, obligeant les titulaires de permis à procéder au traitement et à la lixiviation directement sur le territoire national afin d’exporter des cathodes de cuivre et des hydroxydes de cobalt à plus forte valeur ajoutée.
La hausse actuelle des recettes minières reste toutefois fragile. Comme en 2008 après la crise des subprimes, le cours du cuivre et du cobalt peut reculer sous l’effet d’une récession mondiale, d’un ralentissement de l’économie chinoise, du recyclage ou de nouvelles découvertes de minerais. Or, ces recettes servent aujourd’hui surtout à financer la consommation de biens et de services, les rémunérations des autorités et agents de l’Etat ainsi que la guerre contre les rebelles du M23. À terme, s’il n’y a de mesures correctives, l’épuisement des gisements pourrait ne laisser que des excavations ou des trous béants, des lacs contaminés et des rivières polluées.
Le Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) doit précisément convertir une partie des recettes exceptionnelles du cuivre, du cobalt et d’autres minerais en investissements durables. Créé par le Code minier révisé de 2018 et organisé par le décret n°19/17 du 25 novembre 2019, il reçoit 10% de la redevance minière afin de constituer une épargne nationale issue de ressources non renouvelables. Des ONG dénoncent cependant le manque de transparence dans l’utilisation des centaines de millions de dollars déjà perçus et demandent un audit de la Cour des comptes.
Gaston Mutamba Lukusa
Cher GLM,
Bien dit. Notons en passant l’irresposabilite, incompetence et insouciance de la bande au sommet (dont ex-frappeurs et « cogneurs en boites » sortis de Bruxelles Matonge) dans leur gestion de nos minerais, inclus bradages et cessions des reserves strategiques a l’opportuniste raciste Trump et sa famille en quid-pro-quo des marines-US pour venir defendre la kleptocratie Tshilejelu a l’Est, un espoir sans landemain vu la descente aux enfers du psychopathe Trump et sa defaite certaine aux ‘Mid-Terms » d’ici Novembre.
Nous retenons surtout le dernier paragraphe de votre reportage ci-dessus concernant le FOMIN, une structure qui devrait proteger les reserves issues des redevances minieres au benefice de futures generations, mais qui est plutot devenue un « matelas de cash » pour la jouissance de detourneurs au sommet. Et sans surprise, pour chapauter FOMIN, ces ex-frappeurs au sommet ont choisi comme PCA le « mashi-a-mumenu (Mpinga Jr) » pour des raisons faciles a deviner comme dans d’autres regies etatiques et para-etatiques generatrices du fric. Le manque de transparence y est clair comme l’eau de roche.
« Mpinga Jr » chapautant FOMIN de s’erigera pas contre la gourmandise de la famille dite « presidentielle ». Dans des pays sans corruption comme mode de gestion, des fonds comme FOMIN constituent l’assurance d’un avenir meilleur pour de generations futures. Citons entre autres le Fonds Souvrain de la Norvege nourri par les recettes de ses reserves petrolieres.
Et revoici son altesse cretinissime Pierre Cretin de Jacquenry! Depuis qu’il s’est offert le grade de Minable, il ne se rend meme pas compte qu’il continue a beurrer une tartine deja beurree! Son discours est aussi previsible que la trajectoire et la destination finale de son jet d’urine! Notons en passant que ce faux Prix Nobel de Competence ne peut parler d’autre chose que de ‘l’irresponsabilite, incompetence, et insouciance de la bande au sommet…’! C’est plus fort que lui! Pendant que les vrais patriotes congolais cherchent de voies et moyens pour chasser le Rwanda de notre pays, cet expert en carton de la ‘gestion de nos minerais’ parle de ‘bradages et cessions des reserves strategiques a l’opportuniste raciste Trump et sa famille…’! Ou etait-il pendant que Kagame et complices Congolais pillaient nos minerais au Kivu? D’ailleurs ce Minable fait croire aux debiles qui l’ecoutent que l’armee de Kagame n’est pas chez nous pour combattre la RDC, mais seulement pour chasser ‘cet incompetent de Tshilombo’! Je parie qu’il leur raconte meme qu’a l’Est de notre pays les hordes de Kagame ne tuent que les ressortissants de Mupompa et de Kabeya Kamwanga! Vous savez, quand vous donnez la parole ou la plume a la haine, c’est ca ce que ca produit comme resultat!
Cher GML,
C’est de l’escroquerie de la richesse minière.
On ne le dira jamais assez : la République démocratique du Congo n’est pas un pays pauvre. C’est un pays immensément riche dont une grande partie de la population demeure pauvre.
Et toute l’esbroufe est là.
On nous parle de cuivre. De cobalt. D’or. De lithium. De coltan. De minerais stratégiques. On nous explique que la transition énergétique mondiale passera par le Congo, que les voitures électriques auront besoin du cobalt congolais, que les réseaux électriques, les batteries, les centres de données et l’intelligence artificielle feront exploser la demande de cuivre.
À écouter ces discours, le Congo serait assis sur un trésor.
Mais à quoi sert un trésor que son propriétaire ne voit jamais ?
En 2025, selon les chiffres repris dans le document, la RDC a exporté environ 3,4 millions de tonnes de cuivre, plus de 44 000 tonnes de cobalt et 22 tonnes d’or. Les exportations minières auraient représenté environ 38 milliards de dollars, soit près de 95 % des exportations nationales, tandis que le secteur aurait contribué directement et indirectement pour environ 6 milliards de dollars au budget de l’État.
Des milliards.
Prononcez lentement le mot : des milliards.
Puis sortez des conférences, des hôtels climatisés, des forums miniers et des communiqués triomphants.
Regardez le pays.
Regardez l’accès à l’eau potable. Regardez l’électricité. Regardez les écoles. Regardez les hôpitaux. Regardez les routes. Regardez le logement. Regardez l’emploi. Regardez simplement la vie quotidienne de millions de Congolais.
C’est là que commence la véritable comptabilité.
Car la richesse d’un pays ne se mesure pas seulement à ce qui sort de son sous-sol. Elle se mesure à ce qui entre dans la vie de ses habitants.
Une mine qui produit des milliards pendant que le village voisin reste sans eau n’est pas encore du développement.
Un record d’exportations qui cohabite avec des dispensaires démunis n’est pas une victoire économique.
Un minerai stratégique qui enrichit des bilans, alimente le Trésor et fait rêver les marchés internationaux, mais ne transforme pas suffisamment l’existence de la population, reste une richesse largement théorique pour celle-ci.
Voilà l’illusion congolaise.
Le pays exporte sa richesse et conserve sa pauvreté.
Le paradoxe devient presque obscène lorsqu’on regarde l’électricité.
Le document estime la puissance installée du pays à environ 2 609 MW et la puissance réellement disponible à quelque 1 755 MW, alors que les seuls besoins du secteur minier avoisineraient 2 000 MW. Kinshasa connaîtrait elle-même un déficit d’environ 1 000 MW.
Autrement dit, l’un des pays appelés à fournir au monde les métaux de son électrification peine encore à fournir de l’électricité à sa propre population.
Il fallait l’inventer.
Le Congo contribue à la voiture électrique du monde pendant que des familles congolaises s’éclairent encore à la bougie.
Il fournit les métaux de la révolution numérique tandis que ses propres infrastructures essentielles restent insuffisantes.
Il exporte le minerai nécessaire aux technologies du XXIe siècle alors qu’une partie de sa population attend encore les services élémentaires du XXe.
Voilà pourquoi il faut cesser de confondre richesse géologique et prospérité nationale.
Le sous-sol est riche.
Cela ne signifie pas que le pays l’est réellement dans la vie quotidienne de ses citoyens.
Et maintenant, la question qui dérange : où va l’argent ?
C’est la question qu’aucun discours sur les « minerais stratégiques » ne devrait pouvoir contourner.
Où va l’argent ?
Combien entre réellement dans les caisses publiques ?
Combien devrait y entrer ?
Combien est perdu à cause des sous-déclarations, de la fraude, de contrats défavorables, de détournements, d’une valorisation insuffisamment contrôlée, de l’opacité ou de la faiblesse administrative ?
Et surtout : que devient l’argent effectivement encaissé ?
Ce ne sont pas des interrogations fantaisistes. En 2026, l’ITIE-RDC a encore identifié, dans l’étude de quatre grands projets représentant environ 40 % des recettes minières du pays, des zones de « valeur à risque » concernant notamment les prix réalisés, les volumes et teneurs déclarés, les coûts opérationnels et l’application des dispositions fiscales. L’enjeu est précisément de renforcer la surveillance afin que l’État perçoive l’intégralité des recettes qui lui sont dues.
Même constat dans l’exploitation artisanale du cuivre et du cobalt : une étude ITIE-RDC publiée en 2025 relève la faiblesse des contrôles, les fausses déclarations et une traçabilité limitée, autant de problèmes qui compromettent la fiabilité des données de production et de recettes.
Alors cessons de présenter toute critique comme du pessimisme. Ou de la haine envers Fatshi. Selon quelques robots numériques crétinisés par un tribalisme de plus primaire et idiot.
Exiger de savoir où va l’argent du Congo n’est pas être contre le Congo. C’est précisément refuser que le Congo soit dépouillé de la signification même de sa richesse.
La richesse ne doit pas devenir un permis de s’enrichir
Et il faut aller plus loin.
Dans un État normalement gouverné, l’accès à une fonction publique importante devrait être synonyme de responsabilité, de contrôle et d’obligation de rendre des comptes.
Jamais de permis d’enrichissement.
Lorsqu’un responsable public, un ministre, un dirigeant d’entreprise d’État ou un haut fonctionnaire connaît un enrichissement spectaculaire, la question de l’origine de ce patrimoine doit pouvoir être posée sans trembler.
D’où vient l’argent ?
Quels étaient les avoirs avant l’entrée en fonction ?
Quels sont-ils après ?
Quelles sociétés ont été créées ?
Qui en sont les bénéficiaires effectifs ?
Quels marchés publics ont-elles obtenus ?
Quels liens entretiennent-elles avec l’État ?
Quels mouvements de capitaux ont été effectués ?
Ce ne sont pas des questions indiscrètes. Ce sont les questions élémentaires d’une République.
Et lorsqu’il existe des indices sérieux de détournement, de corruption ou d’enrichissement illicite, la réponse ne peut être la rumeur, encore moins l’accusation sans preuve : elle doit être l’enquête, l’audit, la justice et, lorsque les faits sont établis, la sanction et la récupération des avoirs.
Car le scandale ultime n’est pas seulement qu’un responsable puisse voler.
C’est qu’un système puisse finir par considérer le vol comme normal.
Dubaï ne doit pas être le prolongement naturel de Kinshasa
Il existe enfin une image qui résume tout : celle d’une richesse produite au Congo, extraite du Congo, exportée du Congo, mais dont une partie de la prospérité semble toujours devoir se matérialiser ailleurs.
Dans l’immobilier.
Dans des sociétés écrans.
Dans des comptes et montages opaques.
Dans des patrimoines dont l’origine mérite parfois d’être examinée.
Peu importe que la destination soit Dubaï, Bruxelles, Paris ou quelque juridiction offshore : ce qui compte, ce sont les flux financiers que les autorités compétentes peuvent effectivement documenter.
Car dénoncer sérieusement la corruption exige davantage que des slogans. Il faut suivre l’argent.
Entreprise par entreprise.
Contrat par contrat.
Bénéficiaire effectif par bénéficiaire effectif.
Compte par compte lorsque la justice en obtient l’accès.
Patrimoine par patrimoine.
C’est ainsi que l’on passe de la colère à la preuve.
Le peuple n’a pas besoin qu’on lui raconte qu’il est riche.
Voilà peut-être la plus grande imposture.
Répéter à un homme qui manque d’eau, d’électricité, de soins, d’emploi et d’une route praticable qu’il habite l’un des pays les plus riches du monde finit presque par devenir une provocation.
Il le sait, que son pays est riche.
Son problème est précisément qu’il ne voit pas cette richesse.
Il la voit partir sur des camions.
Il la voit dans les statistiques d’exportation.
Il la voit dans les cours mondiaux.
Il la voit dans les bénéfices des entreprises.
Il la voit dans les recettes annoncées par l’État.
Il la voit sur les poignets des dirigeants.
Il la voit par les sacs Vuiton de leurs femmes.
Mais il veut maintenant la voir ailleurs :
dans son robinet ;
dans son école ;
dans son hôpital ;
dans son salaire ;
dans l’électricité de sa maison ;
dans la route qui relie son village à la ville ;
dans une industrie congolaise capable de transformer sur place une plus grande part de ce que le pays extrait.
Le document rappelle justement que l’objectif devrait être de transformer davantage les minerais sur le territoire national afin d’exporter des produits à plus forte valeur ajoutée plutôt que de laisser partir une matière insuffisamment transformée.
Voilà la seule richesse minière qui mérite véritablement ce nom : celle qui se transforme en richesse humaine.
Le reste est un chiffre.
Un cours de Bourse.
Une cargaison.
Une statistique d’exportation.
Ou un discours de plus.
Le Congo n’a pas besoin d’un nouveau récit. Il a besoin de comptes.
Des comptes publics.
Des contrats accessibles.
Des bénéficiaires effectifs identifiables.
Des recettes traçables.
Des patrimoines contrôlables.
Des institutions de contrôle capables d’enquêter.
Une justice capable de poursuivre.
Et des sanctions lorsque les faits sont établis.
L’ITIE elle-même rappelle que la transparence de la propriété effective permet de mieux détecter les conflits d’intérêts, les risques de corruption et les situations susceptibles d’impliquer un enrichissement illicite.
Alors arrêtons de célébrer seulement les records de production.
La question n’est plus :
« Combien de cuivre le Congo a-t-il produit ? »
La question est :
« Qu’est-ce que le Congolais en a reçu ? »
Et tant que la réponse restera l’insuffisance des écoles, des hôpitaux, de l’électricité, de l’eau, des infrastructures et des perspectives offertes à la population, les milliards de cuivre, de cobalt, d’or et de lithium ne seront pas la démonstration de la richesse congolaise.
Ils seront la mesure de son paradoxe.
Car il existe quelque chose de plus terrible que d’être pauvre :
être pauvre dans un pays immensément riche et regarder, année après année, cette richesse passer sous ses yeux.
Le scandale congolais n’est donc pas que le pays manquerait de ressources.
Le scandale, c’est que les ressources sont là.
Et que, pour des millions de Congolais, la prospérité ou l’Allemagne d’Afrique, promise reste encore à venir.
Totuna nzambe ?