RD Congo: Le FMI exige plus de rigueur dans la gestion budgétaire

L’alerte du FMI résulte au fait que le recours important aux procédures d’urgence dans la chaîne de dépense publique a un impact direct sur la qualité et la disponibilité des services publics. Les dépenses exceptionnelles, comme celles liées à la sécurité, réduisent les fonds disponibles pour d’autres secteurs essentiels au développement comme la santé, l’éducation et les infrastructures. Il faut une grande volonté politique pour y arriver. Il s’agit d’un problème récurrent.

Gaston Mutamba Lukusa

Dans un communiqué de presse daté du 2 juillet, le FMI (Fonds monétaire international) annonce que la Rd Congo a conclu avec succès la première revue de l’accord au titre de la Facilité élargie du crédit (FEC). En conséquence,  le conseil d’administration du FMI a ordonné le décaissement immédiat de 261,9 millions de dollars américains pour renforcer les réserves internationales et continuer à constituer des marges de manœuvre face aux chocs externes.

Les services du FMI ont néanmoins exprimé des inquiétudes sur la gestion du budget de l’Etat. Il y est signalé que « les performances dans le cadre du programme ont été mitigées, eu égard aux pressions importantes exercées par l’intensification du conflit sur le budget. Malgré une forte mobilisation des recettes budgétaires, le déficit budgétaire intérieur base caisse a atteint 0,8% du PIB en 2024, dépassant l’objectif de 0,3% du PIB du programme, en raison de dépassements sur les dépenses, en lien avec l’intensification du conflit, y compris les dépenses exceptionnelles de sécurité et les investissements publics ».

Dans un rapport interne d’évaluation daté du16 juillet, le FMI revient sur la question estimant que le recours aux procédures d’urgence dans la chaîne de dépense publique est important. Selon des chiffres, 15,6% des dépenses totales ont été exécutés en procédure d’urgence au premier trimestre 2025. Ce niveau est jugé élevé en grande partie à cause des dépenses exceptionnelles, qui représentent environ 90% des dépenses hors procédure normale. L’alerte des experts du FMI résulte du fait que le recours important aux procédures d’urgence dans la chaîne de dépense publique a un impact direct sur la qualité et la disponibilité des services publics. Les dépenses exceptionnelles, comme celles liées à la sécurité, réduisent les fonds disponibles pour d’autres secteurs essentiels au développement comme la santé, l’éducation et les infrastructures.

Face à ces inquiétudes, le gouvernement a réaffirmé son engagement à réduire le taux des dépenses d’urgence sous le plafond de 8% d’ici à fin 2025. Le gouvernement espère également un retour à la paix durable dans l’Est du pays, si les accords de paix avec le mouvement rebelle AFC/M23 sont signés et mis en œuvre. Le FMI partage aussi cet espoir, estimant que si la situation sécuritaire s’améliore, le recours à ces procédures d’exception devrait diminuer. Mais il faut une grande volonté politique pour y arriver, car c’est un problème récurrent. Il suffit de lire les observations de la Cour des comptes sur la reddition des comptes pour s’en convaincre. Elle fait régulièrement des remarques sur l’exécution du budget de l’Etat qui se fait en violation de la loi financière et du règlement général sur la comptabilité publique.

Le dysfonctionnement de la chaîne de la dépense se traduit par une sous-consommation des crédits par certains services vitaux tels que la santé et l’éducation. Dans le même temps, certains services non prioritaires pour le développement du pays connaissaient des dépassements importants dans la consommation des crédits. Cette pratique perturbe tout processus planifié de développement et favorise le détournement des deniers publics. Il est admis en finances publiques qu’un crédit budgétaire confère la faculté et non l’obligation de dépenser. Mais il n’est pas acceptable que les crédits prévus pour garantir le bon fonctionnement des services ou soutenir le processus de relance économique du pays ne soient pas consommés ou qu’ils le soient dans des proportions insignifiantes.

Gaston Mutamba Lukusa