
Kinshasa, 10 août 2026 (ACP).- La République démocratique du Congo a enclenché le processus devant conduire au désarmement, à la démobilisation et au cantonnement des rebelles hutu rwandais des FDLR, un dossier au cœur des tensions avec Kigali, a affirmé vendredi [7 août] le ministre congolais de l’Intégration régionale, lors d’une interview sur TV5 Monde. « Ce protocole (…) est un acte majeur », a déclaré Floribert Anzuluni, en référence au +protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement des FDLR par la sensibilisation+. Ce texte doit permettre à la RDC de mettre en œuvre l’un de ses principaux engagements dans le cadre de l’accord de paix signé à Washington avec le Rwanda, a expliqué le ministre, ajoutant que cet accord est accompagné d’un concept opérationnel (Conops) prévoyant, notamment le désengagement des forces rwandaises et la neutralisation des FDLR. Contrairement à ce qui avait été évoqué, aucun délai de 90 jours n’a encore été arrêté pour la démobilisation. « 90 jours, c’est le délai qui était repris (…) dans l’accord de paix et dans le Conops. Mais ici, nous n’avons pas encore défini le délai », a précisé M. Anzuluni. Le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRCCS) a élaboré un plan opérationnel, un chronogramme et un budget, actuellement soumis à l’approbation et à la validation. « Ensuite, nous pourrons alors rendre publics les délais et les différentes étapes du processus », a-t-il indiqué.
Le protocole engage, selon le ministre, les deux branches des FDLR, politique et militaire. « La branche politique est dirigée par monsieur Victor Byiringiro, qui est le signataire de ce protocole, qui engage le mouvement, et la branche militaire (…) par monsieur Oméga », a-t-il affirmé, expliquant que « les deux (…) ont souscrit pleinement à la mise en œuvre de ce protocole. Selon le ministre de l’Intégration régionale, six (6) zones opérationnelles susceptibles d’abriter des FDLR ont par ailleurs été identifiées par le comité conjoint de suivi sécuritaire, cinq (5) dans le Nord-Kivu et une dans le Sud-Kivu. « Mais cinq de ces six zones sont actuellement sous le contrôle de l’armée rwandaise et de l’AFC-M23 », a fait savoir M. Anzuluni, expliquant que cette situation devra évoluer pour permettre le déroulement du processus. « Une fois que les opérations sont lancées, l’armée rwandaise est tenue de quitter le territoire congolais pour permettre à ce que le processus puisse suivre son cours », a-t-il déclaré.
Un suivi international
Les autorités congolaises veulent également associer des acteurs régionaux et internationaux au suivi du désarmement afin de garantir son application. « Nous allons mettre en place (…) un mécanisme de suivi qui va se composer également de partenaires régionaux et de partenaires internationaux, de partenaires techniques », a expliqué le ministre, citant notamment l’European Institute et la communauté Sant’Egidio. Selon lui, l’objectif est que le processus « ne soit pas simplement un processus congolais », mais qu’il implique « tous les acteurs directs ou indirects ». Face au scepticisme de Kigali, M. Anzuluni assure ne pas craindre une nouvelle impasse. Il rappelle que l’accord de paix a été signé « au plus haut niveau par les deux chefs d’État », avec l’appui de plusieurs facilitateurs. « Aujourd’hui, nous sommes tous liés par cet accord de paix et la RDC aujourd’hui est entrain de faire respecter ses engagements », a-t-il conclu.
Qualifier le protocole conclu avec les FDLR d’« acte majeur » relève, à ce stade, davantage de la communication politique que de l’analyse militaire. Car une question élémentaire précède toutes les autres : qui, concrètement, possède aujourd’hui la maîtrise du terrain sur lequel ce désarmement est censé avoir lieu ?
La réponse donnée par le ministre lui-même est dévastatrice : sur les six zones opérationnelles identifiées comme susceptibles d’abriter les FDLR, cinq seraient actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23 et de forces rwandaises, selon ses propres déclarations.
Autrement dit, Kinshasa annonce un programme de désarmement sur un territoire dont il reconnaît simultanément ne pas avoir la maîtrise.
C’est là que commence le paradoxe. Une vraie kinoiserie. Comme d’habitude avec ces médiocres.
On ne désarme pas une rébellion sur un territoire que l’on ne contrôle pas.
Un véritable processus de désarmement, démobilisation et cantonnement suppose au minimum la capacité de circuler, d’identifier les combattants, de sécuriser les sites de regroupement, de contrôler les itinéraires, d’enregistrer les hommes et les armes, de protéger ceux qui se rendent, d’empêcher leur re-dispersion et de surveiller durablement les zones évacuées.
Cela suppose donc quelque chose de très banal : le contrôle territorial.
Or celui-ci fait précisément défaut.
L’AFC/M23 contrôle toujours de larges portions du Nord et du Sud-Kivu, y compris les deux principales villes de l’Est, Goma et Bukavu.
La contradiction est alors vertigineuse : le gouvernement congolais prétend organiser une opération souveraine dans des espaces où son administration, son armée et ses services ne disposent précisément plus d’une souveraineté opérationnelle normale.
Un chronogramme et un budget du PDDRCS ne changent rien à cette réalité.
On peut budgétiser une opération. On peut créer un comité. On peut signer un protocole. On peut organiser des mécanismes internationaux de suivi. On peut faire recours à Nzambe.
Mais aucun tableau Excel ne reconquiert un territoire.
Le raisonnement de Kinshasa tourne presque à la circularité.
La phrase la plus révélatrice de l’interview est probablement celle-ci :
« Une fois que les opérations sont lancées, l’armée rwandaise est tenue de quitter le territoire congolais pour permettre à ce que le processus puisse suivre son cours. »
Toute la fragilité du dispositif tient dans ces quelques mots.
Pour neutraliser effectivement les FDLR, Kinshasa doit pouvoir accéder aux zones où ils se trouvent. Sont-ils bêtes à ce point pour ne pas comprendre une telle évidence ?
Pour y accéder, il faut que les forces qui contrôlent actuellement ces zones se désengagent.
Mais le désengagement rwandais est lui-même articulé, dans le dispositif diplomatique, à la neutralisation de la menace FDLR et à la levée des « mesures défensives » rwandaises. Les réunions internationales de suivi continuent d’ailleurs, en juin et juillet 2026, à parler simultanément d’« accélérer » la neutralisation des FDLR et le désengagement/levée des mesures défensives rwandaises — signe que, plus d’un an après l’accord de Washington, les deux volets essentiels restent encore à concrétiser.
On obtient donc une sorte de verrou militaire :
Kinshasa doit neutraliser les FDLR pour faire avancer le désengagement rwandais ; mais il lui faut accéder aux territoires concernés pour neutraliser les FDLR ; or l’accès à une grande partie de ces territoires dépend précisément du désengagement de ceux qui les contrôlent.
Voilà le problème que le mot « protocole » ne résout absolument pas.
Une deuxième difficulté est soigneusement évacuée par la communication gouvernementale.
Que Victor Byiringiro et le commandement militaire des FDLR souscrivent à un protocole est politiquement intéressant. Mais une signature au sommet ne démontre nullement la capacité du signataire à faire déposer les armes à chaque unité dispersée sur le terrain.
C’est une distinction fondamentale dans n’importe quel processus DDR.
Il faudrait connaître les effectifs réellement concernés, leur localisation vérifiée, la chaîne de commandement encore fonctionnelle, les groupes associés, les éventuelles factions réfractaires, le nombre d’armes à récupérer, les sites de cantonnement sécurisés et, surtout, les modalités de vérification indépendante.
Or Son Excellentissime le ministre reconnaît que le calendrier n’est même pas encore fixé et que le plan opérationnel, le chronogramme et le budget restent soumis à validation.
Nous sommes donc très loin d’une opération engagée irréversiblement.
Nous sommes devant une intention politique assortie d’un commencement de planification.
La différence est considérable.
Kinshasa ne peut pas davantage faire comme si l’histoire militaire récente n’existait pas.
Les experts des Nations unies ont continué de documenter des liens opérationnels entre des éléments des FARDC et les FDLR. Un rapport relayé en juillet indiquait même que des responsables militaires congolais auraient donné à des FDLR l’assurance qu’ils ne seraient pas attaqués.
Plus récemment encore, lorsque le Conseil de sécurité a sanctionné plusieurs dirigeants de groupes armés en juillet 2026, Reuters rappelait que les FDLR avaient combattu aux côtés de l’armée congolaise.
Cela ne signifie évidemment pas que l’État congolais serait incapable de changer de politique. Il le peut.
Mais cela impose une question autrement plus sérieuse que les déclarations cérémonielles :
Kinshasa a-t-il réellement rompu, sur toute la chaîne de commandement militaire locale, les arrangements tactiques noués avec les FDLR pendant la guerre contre le M23 ?
C’est cela qu’il faudrait démontrer.
Car demander aujourd’hui aux mêmes structures militaires qui ont pu considérer certains éléments FDLR comme des alliés tactiques contre le M23 de procéder demain à leur neutralisation exige davantage qu’une décision prise à Kinshasa. Après avoir bu quelques coupes de Ruinart et verres de Zododo.
Il faut une rupture opérationnelle vérifiable.
Supposons même que plusieurs centaines de combattants FDLR acceptent volontairement de se rendre.
Que se passe-t-il ensuite ?
Si les zones abandonnées par les FDLR restent sous domination de l’AFC/M23, le désarmement pourrait paradoxalement modifier le rapport de forces local au bénéfice du camp adverse, sans restauration concomitante de l’autorité congolaise.
C’est pourquoi désarmement des FDLR, retrait rwandais, désengagement de l’AFC/M23 et restauration de l’autorité de l’État ne peuvent être considérés comme quatre dossiers indépendants.
Ils constituent une seule équation militaire.
Et cette équation n’est aujourd’hui manifestement pas résolue.
C’est d’ailleurs ce que trahit le vocabulaire diplomatique lui-même. En novembre 2025, le mécanisme international constatait déjà des progrès insuffisants et demandait aux parties de redoubler d’efforts concernant précisément la neutralisation des FDLR et le désengagement rwandais. En juillet 2026, les parties en étaient encore à envisager de nouveaux mécanismes de vérification.
Entre Washington et le terrain, il y a donc un gouffre.
C’est probablement ici qu’il faut chercher la véritable portée de l’initiative.
Kinshasa a intérêt à démontrer aux États-Unis, au Qatar et aux autres médiateurs : nous exécutons notre part du marché.
C’est parfaitement rationnel diplomatiquement.
En obtenant une signature des dirigeants FDLR et en présentant un dispositif de démobilisation, la RDC cherche à retirer progressivement à Kigali l’un de ses principaux arguments sécuritaires : l’existence, à sa frontière, d’une menace FDLR.
De ce point de vue, l’initiative est même potentiellement intelligente.
Mais une manœuvre diplomatique intelligente n’est pas nécessairement une opération militaire réalisable.
Et c’est précisément là que le discours d’Anzuluni devient excessif. Pour ne pas dire ridicule.
Il aurait été raisonnable de parler d’une étape politique importante. Parler déjà d’« acte majeur » laisse entendre qu’un verrou déterminant vient de sauter.
Rien ne permet encore de l’affirmer.
Il existe heureusement une manière très simple de distinguer l’histoire de la propagande.
Il faudra demander des résultats mesurables :
Combien de combattants FDLR identifiés ? Combien effectivement regroupés ? Combien désarmés ? Combien d’armes récupérées ? Quels sites de cantonnement ? Quelles zones rendues accessibles ? Quelle vérification internationale ? Quelles unités refusent le processus ? Et surtout : quelle évolution simultanée du contrôle territorial de l’AFC/M23 et des forces rwandaises ?
Ce sont ces chiffres qui transformeront éventuellement le protocole en « acte majeur ».
Pas les conférences de presse.
Il serait donc injuste d’affirmer que l’initiative de Kinshasa ne vaut absolument rien. Elle peut devenir un instrument diplomatique important et elle place incontestablement la question FDLR devant ses responsabilités.
Mais il serait beaucoup plus naïf encore de confondre la signature d’un document avec la modification d’un rapport de forces militaire.
Pour l’instant, Kinshasa possède un protocole.
L’AFC/M23 possède une grande partie du terrain où ce protocole doit être appliqué.
Et le Rwanda conserve les moyens militaires d’influencer profondément ce qui s’y passe.
Dans une guerre, cette différence n’est pas sémantique.
C’est toute la différence entre annoncer une opération et avoir les moyens de la conduire.
Le jour où des colonnes de combattants FDLR déposeront effectivement leurs armes sous contrôle vérifiable, où les zones concernées seront accessibles aux mécanismes de désarmement et où le désengagement militaire prévu se matérialisera simultanément, on pourra parler d’« acte majeur ».
D’ici là, Kinshasa devrait se méfier des superlatifs. Dans l’Est congolais, après trois décennies d’accords, de processus, de feuilles de route et de mécanismes jamais complètement exécutés, la paix ne se mesure plus au nombre de protocoles signés. Elle se mesure à une chose beaucoup plus prosaïque : qui contrôle réellement le terrain.
Boyoki ? C’est comme ça difficile à comprendre ? Ou voulez-vous qu’on vous l’explique intégralement en tshiluba ?
C’est désespérant.
Très désespérant quand un ministre de la RDC occulte la présence des FDLR au sein des FARDC et ne comprend pas encore que les USA/UE/UA/ONU ont des informations en provenance des officiers FARDC.
QUESTION SECURITAIRE ?
Pourquoi « sous-traiter » de dossier par un ministre qui n´a rien á avoir avec la défense/sécurité?
En principe, le ministre de la défense, le chef EMG des FARDC et le responsable de la DMIAP sont plus responsables quand il est question d´implementer l´option du gouvernement congolais.
Cette culture du chaos dans la gouvernance de l´Etat en RDC nous place dans une posture où nous ne sommes pas crédibles.
Le PR Félix
Bien dit cher compatriote. Mais il est inutile de vouloir raisonner avec des nullards. Cette culture et vaste cacophonie s’expliquent par la lutte pour le controle du flux d’argent qu’ils esperent bientot soutirer de la nebuleuse Communaute Internationale en promettant le desarmemment des bandes FDLR (sur lesquelles ils nient – en meme temps – d’avoir controle). Le fin stratege Paul Kagame lui ne fait qu’en rigoler, sachant bien qu’il n’a en face de lui que des jouisseurs et escrocs BMW (« Beer, Money, Women »)…!