RDC-Ouganda à l’épreuve de la réouverture des frontières à Bunagana et Ishasha

« Un mauvais voisin », déclarait le président burundais Evariste Ndayishimiye parlant de son homologue rwandais Paul Kagame. L’Ougandais Yoweri Kaguta Museveni est loin d’être un « meilleur voisin ». La réouverture des frontières de Bunagana et Ishasha – contrôlées par les insurgés du M23/RDF/AFC – constitue un double acte de défiance.

Le jeudi 10 juillet, les postes-frontières de Bunagana et Ishasha, reliant l’Ouganda au Nord-Kivu, ont été rendus accessibles au trafic transfrontalier, en dehors de tout cadre bilatéral officiel. Cette ouverture, observée via des vidéos devenues virales sur les réseaux sociaux, a immédiatement déclenché une réaction de Kinshasa. Dès le lendemain, le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Evariste Somo Kakule, a demandé des explications au consul ougandais Isingoma Kusemererwa.

« Bla-Bla diplomatique »

Le diplomate a prétendu n’avoir pas été mis au courant de la réouverture de ces postes frontaliers. Selon lui, l’Ouganda reconnait uniquement le gouvernement de Kinshasa.

Les faits sur le terrain contrastent avec ce « bla-bla diplomatique ». À Bunagana, les activités économiques reprennent progressivement sous l’autorité du M23/RDF/AFC, qui contrôle la localité depuis juin 2022. Dans un rapport publié en 2012, la Direction générale des douanes et Accises (DGDA) parlait d’un poste d’une importance tant au plan commerciale et stratégique. Chaque mois, la DGDA enregistrait des rentrées estimées entre 500.000 et 700.000 $. Une source non négligeable de financement pour les opérations du mouvement insurrectionnel.

Kinshasa entre fermeté et prudence

Lors du Conseil des ministres du 11 juillet, le président Félix Tshisekedi a chargé la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, de demander des explications officielles à Kampala. Kinshasa estime qu’une telle initiative, prise en dehors de toute concertation bilatérale, fragilise les efforts régionaux de paix et constitue une atteinte directe à la souveraineté de la RDC.

Malgré l’irritation, Kinshasa se garde d’ouvrir d’un deuxième front diplomatique. Un deuxième front qui pourrait affaiblir la lutte prioritaire contre l’ingérence du Rwanda via ses « pantins » du M23/RDF/AFC. Plusieurs sources diplomatiques soulignent la volonté de préserver une relation stable avec l’Ouganda, considéré à la fois comme partenaire dans la traque des ADF et acteur stratégique dans l’économie régionale.

Le double jeu de Kampala?

Les mauvaises habitudes ont la peau dure. L’Ouganda et le Rwanda avaient mené « la guerre des Banyamulenge », rebaptisée de « la guerre de l’AFDL » Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaire. Ces deux pays voisins ont régenté la vie politico-économique de l’ex-Zaïre d’octobre 1996 à juillet 1998. Chef du corps expéditionnaire rwandais, James Kabarebe, alors colonel, fut nommé chef d’état-major des FARDC. Après la rupture de la « coopération militaire » entre Mzee Kabila et ses ex-mentors rwando-ougandais, ces deux pays, telle une pieuvre, ont gardé leurs tentacules sur la partie orientale du pays.

Le rôle de l’Ouganda dans le conflit dans l’Est congolais reste profondément ambigu. Officiellement engagé depuis 2021 aux côtés des FARDC contre les ADF, l’Ouganda maintient une présence militaire sur le sol congolais, particulièrement en Ituri et au Nord-Kivu. Selon plusieurs rapports d’experts de l’ONU, Kampala aurait adopté une attitude complaisante envers les mouvements rebelles, notamment le M23.

L’analyse géostratégique suggère que l’Ouganda poursuit des intérêts économiques et sécuritaires propres, notamment l’accès à l’or congolais et la consolidation de son influence régionale. En réactivant les postes-frontières sous contrôle rebelle, Kampala garantit l’écoulement de ses produits vers l’Est congolais – un marché vital -, tout en conservant un levier politique informel sur les dynamiques locales.

Vers un statu quo précaire?

Pour Kinshasa, l’ouverture unilatérale des frontières dans une zone tenue par une rébellion soutenue par un pays voisin crée un précédent fâcheux. Elle pourrait contribuer à la légalisation de fait de l’administration rebelle et renforcer ses capacités logistiques et financières.

La société civile du Nord-Kivu, plusieurs responsables politiques, et des personnalités comme Denis Mukwege dénoncent une stratégie régionale de fragmentation de la RDC, portée selon eux par le Rwanda et ses alliés de circonstance. Le proposition, récemment formulée par le M23/RDF/AFC, de gérer les provinces du Nord et Sud-Kivu pendant huit ans en tant qu’entité autonome, a été largement interprété comme un plan de démembrement sous couverture politico-militaire. La demande a été balayée du revers de main par les délégués congolais à Doha.

Une diplomatie congolaise sur le fil

Confrontée à une multiplication de foyers d’instabilité, la RDC peine à imposer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Le dossier de Bunagana illustre les limites d’une diplomatie qui cherche à concilier fermeté et réalisme stratégique. Pour l’instant, Kinshasa garde une posture prudente vis-à-vis de Kampala, mais l’équilibre devient de plus en plus difficile à maintenir face à la réalité d’un terrain sous contrôle d’acteurs non étatiques, soutenus par des puissances régionales.

Le vrai test sera sous forme de la réponse régionale et internationale: la CIRGL, l’EAC, l’ONU et l’Union africaine. Oseront-ils poser les bonnes questions à Kampala? Ou assistera-t-on, une fois de plus, à la banalisation d’une nouvelle atteinte à l’intégrité territoriale de la RDC, au nom de prétendus équilibres géopolitiques et des intérêts économiques?

Obed Vitangi Kakule

2 commentaires sur RDC-Ouganda à l’épreuve de la réouverture des frontières à Bunagana et Ishasha

  1. Nos deux presidents Umelaaaaaaa , vous etes au pouvoir par la volonte divine
    Nos deux gardiens du temple, vous avez beaucoup d ennemi , Que ceux qui collaborent avec les genocidaires FDLR aillent au Diable !!! ils sont ici je le sais tres bien
    Coup de chapeau nos deux presidents , Umelaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

  2. Grace a vous , les peuples juifs ont recupere leur terres jadis confisques par les colonialistes blancs , surtout les Belges , aujourd’hui nous avons NOS TERRES
    Merci nos deux presidents , Que le tout puissant vous garde ,AMEN

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