
Agé de 51 ans, fils ainé du président Yoweri Kaguta Museveni, le général-major Muhoozi Kainerugaba, chef des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), a entamé, jeudi 19 juin, une visite officielle à Kinshasa, où il s’est entretenu avec son homologue congolais, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, chef d’état-major des FARDC avant d’être reçu par le chef de l’Etat Felix Tshisekedi. A l’ordre du jour, la consolidation de la coopération entre les deux armées. Plus facile à dire qu’à faire.
Au cœur des discussions: l’évaluation des opérations militaires conjointes dans l’Est du pays, en particulier l’Opération Shujaa, lancée en novembre 2021 pour neutraliser les rebelles des Allied Democratic Forces (ADF), actifs entre les provinces congolaises de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Les deux chefs militaires ont salué les « avancées significatives » obtenues sur le terrain, tout en convenant de la nécessité d’élargir la coopération bilatérale. La rencontre s’est conclue par la signature d’un protocole d’accord visant à renforcer la coordination opérationnelle entre les deux armées.
Le général Kainerugaba était accompagné du lieutenant-général Kayanja Muhanga, commandant des forces terrestres de l’UPDF, et d’autres hauts gradés ougandais. Côté congolais, la délégation comprenait plusieurs officiers supérieurs, dont le chef d’état-major adjoint des FARDC.
Une coopération stratégique sous tension

Cette visite s’inscrit dans un climat de coopération prudente, marqué à la fois par une convergence sécuritaire contre les ADF, groupe islamiste d’origine ougandaise, et par des soupçons persistants au sein de l’opinion congolaise sur le rôle de Kampala dans les dynamiques de conflit à l’Est.
En mai dernier, Kinshasa avait dépêché une délégation parlementaire conduite par Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, à Kampala. Objectif affiché: restaurer la confiance politique, alors que les relations bilatérales restent volatiles, souvent soumises aux aléas des tensions régionales.
Si les autorités ougandaises dénoncent l’instabilité institutionnelle chronique en RDC comme un frein à une coopération durable, plusieurs acteurs congolais accusent, à mots couverts, certains éléments ougandais de duplicité vis-à-vis des groupes armés actifs dans les zones frontalières.
Une « diplomatie militaire » à l’épreuve des faits
Loin d’un simple geste protocolaire, la venue du général Kainerugaba intervient dans un moment où les partenariats sécuritaires dans la région des Grands Lacs sont redessinés sous pression : retrait partiel de la MONUSCO, offensive du M23 soutenu par le Rwanda voisin, et efforts diplomatiques timides dans le cadre du processus de Doha.
Dans ce contexte, la coopération militaire entre Kinshasa et Kampala apparaît à la fois comme un levier stratégique contre la fragmentation de l’Est et un test diplomatique pour deux pays qui peinent encore à dépasser une méfiance historique, héritée notamment de leur implication dans les deux guerres du Congo à la fin des années 1990.
L’Ouganda de Yoweri Kaguta Museveni et le Rwanda ont été les metteurs en scène de « la guerre des Banyamulenge », rebaptisée par la suite « la guerre de l’AFDL » (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). A l’époque, Paul Kagame était vice-président et ministre de la Défense du Rwanda. Ces interventions ont laissé des plaies psychologiques qui peinent à se cicatriser notamment à Kisangani. Pour des observateurs, le général Kainerugaba et son père restent des partenaires imprévisibles.
Obed Vitangi Kakule