RDC-Rwanda: accord de paix ou simple trêve?

Après trois jours de discussions tenues à Washington sous la facilitation des États-Unis, des experts de Kinshasa et de Kigali ont paraphé, mercredi 18 juin, un projet d’accord de paix. Celui-ci  devrait être signé, le 27 juin, par les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda. Une certitude: Paul Kagame n’a pas encore dit son dernier mot.

Le texte, élaboré en présence de la sous-secrétaire américaine aux Affaires politiques, Allison Hooker, s’appuie sur la déclaration de principes signée le 25 avril dernier. Il balise les contours d’un engagement bilatéral sur plusieurs volets clés: respect de l’intégrité territoriale, interdiction des hostilités, désengagement militaire, désarmement et une intégration conditionnelle des groupes armés non étatiques.

À ces engagements sécuritaires s’ajoutent la création d’un mécanisme conjoint de coordination, basé sur le CONOPS du 31 octobre 2024, discuté dans le cadre de la médiation angolaise, ainsi que des mesures en faveur du retour des réfugiés, de l’accès humanitaire et de l’intégration économique au niveau régional.

Selon un communiqué du Département d’État américain, la signature formelle de l’accord est attendue le 27 juin, par les ministres des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner (RDC) et Olivier Nduhungirehe (Rwanda). Un sommet des chefs d’État aura lieu à Washington au mois de juillet.

Une avancée fragile, dans un climat encore tendu

L’accord, s’il est signé, marquerait un tournant dans une crise qui, depuis le retour actif du M23/RDF/AFC en 2021, a ravivé les tensions entre les deux pays. Malgré les multiples médiations régionales (Luanda, Nairobi, Doha), les hostilités n’avaient jamais réellement cessé, et les accusations réciproques de soutien à des groupes armés avaient contribué à envenimer la situation.

Des observateurs restent sceptiques. Pour eux, l’efficacité de cette convention dépendra de sa mise en œuvre concrète sur le terrain, notamment du désarmement réel des groupes armés, du retrait des troupes étrangères non invitées, et d’une coordination effective entre les services de sécurité congolais et rwandais.

En prévision de la réunion du Conseil de sécurité prévue le 24 juin, la cheffe de la Monusco s’est rendue à Goma où elle a eu des « échanges » notamment avec les « dirigeants » du M23/RDF/AFC. « Cette visite m’a permis d’écouter attentivement les préoccupations et les perspectives des différentes parties prenantes, ce qui va enrichir ma lecture de la situation sur le terrain lors de mon briefing au Conseil de sécurité le 24 juin », a déclaré Bintou Keita au moment de quitter le chef–lieu du Nord-Kivu. C’était le 15 juin.

Mme Keita n’a pas manquer de constater que la résolution 2773 votée le 21 février condamnant l’offensive du M23 avec le soutien du Rwanda n’a pas connu le moindre début d’application sur le terrain. Ce texte ordonnait le « retrait immédiat » de plusieurs milliers d’éléments de la RDF déployés dans le Nord-Kivu.

Aux dernières nouvelles, le « prestidigitateur » Kagame a sorti de nouvelles cartes de son chapeau. D’abord, son nouveau narratif consiste à présenter le M23 comme un mouvement congolais. Ensuite, on assiste à la naissance d’une prétendue société de gardiennage dénommée « Nevis » (New Vision Security). C’est le nouveau « camouflage » pour les soldats de Kagame. Il est prématuré de clamer que « le Rwanda a perdu, la RDC a gagné ».

Osons espérer que la réunion prévue le 27 juin à Washington pourrait marquer l’amorce d’une désescalade progressive et résolue. Faudrait-il encore que les engagements pris soient respectés sur le terrain. La bonne foi n’a jamais été le signe particulier du maître de Kigali qui n’a pas été vu en public depuis deux semaines…

Obed Vitangi Kakule