
IRDH recommande l’ouverture d’enquêtes pénales internationales contre les officiers rwandais et les dirigeants de l’AFC-M23 impliqués dans la chaîne de commandement des opérations, pour leur responsabilité dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité
Lubumbashi, le 03 mars 2026. L’Institut de recherche en droits humains (IRDH), engagé dans la promotion de l’État de droit et la défense des droits humains en RDC et dans la région des Grands Lacs, salue la décision du Département du Trésor des États-Unis d’imposer, ce 2 mars 2026, des sanctions ciblées contre les Forces de Défense Rwandaises (RDF) et quatre de leurs hauts responsables. Considérant que ce conflit est alimenté par l’exploitation illégale des minerais congolais, l’Institut en appelle au respect du devoir de diligence raisonnable préconisé par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), ainsi qu’à la responsabilité sociétale des entreprises multinationales, bénéficiaires finales de la chaîne de production des composants électroniques. De manière particulière, les entreprises Apple, Tesla et Samsung devraient auditer rigoureusement leurs fournisseurs rwandais afin de s’assurer de l’éthique de leur approvisionnement.
Violations flagrantes
Les sanctions américaines interviennent alors que le soutien opérationnel direct du Rwanda au groupe armé M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC) est désormais documenté comme une violation manifeste des droits humains, du droit international humanitaire et des Accords de Washington, signés le 27 juin 2025. En dépit de ces engagements de paix sous l’égide de la présidence américaine, le M23 et les RDF ont capturé la ville stratégique d’Uvira le 10 décembre 2025, exacerbant une crise humanitaire qui a déjà causé des milliers de morts et aggravé la situation de millions de déplacés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Des experts onusiens estiment que cette guerre est motivée par le pillage des ressources minières de la RDC. Entre 2022 (début de l’occupation de Bunagana) et 2023, les exportations rwandaises de coltan ont doublé, passant de 1.000 à environ 2.000 tonnes. De même, celles de la cassitérite (étain) ont atteint un volume d’environ 1.300 tonnes et celles de wolframite (tungstène), 640 tonnes.
Il appert qu’environ 90% du coltan exporté par le Rwanda serait d’origine congolaise. En outre, au moins 150 tonnes de coltan provenant des mines de Rubaya (sous contrôle de l’AFC-M23 depuis avril 2024) ont été frauduleusement intégrées aux exportations rwandaises. Les statistiques du Rwanda Mines, Petroleum and Gas Board confirment une croissance spectaculaire des exportations entre 2023 et 2025: en 2024, les revenus miniers du Rwanda ont atteint le record de 1,7 milliard USD, contre 1,1 milliard en 2023. Au début de l’année 2026, les rapports indiquent que les expéditions combinées de « 3T » (Étain, Tantale, Tungstène) ont bondi de 46,2% en un an.
La stabilité régionale ne pourra être restaurée que par le strict respect de l’intégrité territoriale de la RDC et la cessation définitive du soutien rwandais aux M23. Les sanctions américaines doivent faire l’objet d’une application rigoureuse afin que les engagements de paix ne demeurent pas lettre morte.
Recommandations
Face à la persistance des atrocités (exécutions sommaires, recrutement d’enfants soldats et violences sexuelles systématiques), l’IRDH recommande:
- Un accès immédiat à l’eau, à la nourriture et à la sécurité pour les millions de déplacés internes, dont la survie est gravement compromise par l’encerclement des centres urbains;
- Le retrait total des troupes, des armements et des équipements des RDF du territoire souverain de la RDC, conformément aux injonctions du Département du Trésor américain;
- L’ouverture d’enquêtes pénales internationales contre les officiers rwandais et les dirigeants de l’AFC-M23 impliqués dans la chaîne de commandement des opérations, pour leur responsabilité dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité;
- Le durcissement des contrôles sur les circuits de raffinage et de transit des minerais critiques, afin de stopper le financement des responsables militaires de l’AFC-M23 par l’exploitation illicite des ressources naturelles congolaises.
IRDH
A propos de ces sanctions.
Ces sanctions consistent principalement en un gel des avoirs aux États-Unis et en l’interdiction de toute transaction financière avec les personnes ou entités visées, l’objectif officiel étant de faire pression pour obtenir un changement de comportement et, en particulier, le retrait des forces rwandaises de l’est du Congo.
Cependant, ces mesures suscitent de nombreuses critiques. D’abord, elles sont jugées limitées et symboliques au regard de la gravité des accusations formulées par Washington lui-même. Les sanctions ciblent quelques responsables et une institution militaire, mais elles n’impliquent ni sanctions économiques larges contre le Rwanda ni mesures diplomatiques fortes susceptibles de contraindre réellement Kigali à modifier sa politique. On peut même y voir donc une forme de demi-mesure : les États-Unis reconnaissent publiquement l’implication du Rwanda dans le conflit tout en évitant une confrontation directe avec un partenaire considéré comme stratégique dans la région des Grands Lacs.
Ensuite, ces sanctions s’inscrivent dans un contexte diplomatique délicat, puisque Washington tente parallèlement de maintenir un processus de négociation entre le Rwanda et la RDC. Dans cette perspective, les sanctions peuvent être interprétées comme un instrument de pression graduelle destiné à encourager un retrait ou une désescalade sans rompre les canaux diplomatiques. Toutefois, cette stratégie alimente également le soupçon d’une certaine hypocrisie : en condamnant officiellement l’intervention rwandaise tout en se limitant à des mesures ciblées, les États-Unis donnent l’impression de dénoncer une situation qu’ils ne souhaitent pas réellement bouleverser.
Enfin, on peut penser que les enjeux économiques et stratégiques liés aux ressources minières de l’est du Congo et à la stabilité régionale pourraient expliquer cette prudence. Dans cette lecture plus cynique, les sanctions serviraient surtout à afficher une position normative en faveur du droit international et de la paix, tout en préservant les équilibres géopolitiques existants et les relations avec Kigali. Ainsi, la politique américaine apparaît comme un exercice d’équilibre entre condamnation officielle, gestion diplomatique du conflit et préservation d’intérêts stratégiques plus larges.
Il est RISIBLE d’entendre les Kulunas de la Talibanie, incapables de lire entre les lignes, pérorer bêtement autour d’une victoire d’une certaine « diplomatie agissante ».
L’IRDH devrait également recommander que les voleurs de Kinshasa restituent les millions volés au trésor public et planqués dans les paradis fiscaux d’Occident et des Emirats pour renforcer les capacités des FARDC.