Affaire Kahimbi: Silence… la mouvance kabiliste désinforme

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Huit mois après la mort mystérieuse du général-major Delphin Kahimbi Kasagwe, chef d’état-major adjoint des FARDC en charge des Renseignements, l’opinion congolaise attend toujours non seulement le rapport de l’autopsie mais aussi les conclusions de l’enquête menée par le haut commandement des FARDC. Selon des sources, les témoins directs non jamais été interrogés. L’épouse du défunt, prénommée Brenda, prétend que son époux aurait été emporté par une « crise cardiaque ». Des experts onusiens ayant examiné la dépouille mortelle disent avoir constaté des traces de « strangulation ». Autrement dit, la pendaison serait la cause du décès. L’histoire ne précise pas s’il s’agit de suicide ou de meurtre. Huit mois après, un document, dont la véracité reste à certifier est attribué au défunt patron de l’ex-Demiap. Ledit document laisse supposer que ce dernier aurait « payé » de sa vie pour avoir émis un avis négatif à l’agrément de l’actuel ambassadeur rwandais à Kinshasa, Vincent Karega. De la pure désinformation. A qui profite le crime?

Le document en question est en fait une « note psychologique » ou une « enquête de moralité » que le général Delphin Kahimbi aurait destiné au conseiller spécial du chef de l’Etat. La date est illisible. Le commandant suprême des FARDC, le ministre de la Défense, le chef d’état-major général des FARDC, le chef de la Maison militaire du chef de l’Etat, l’Inspecteur général des FARDC et le ministre des Affaires étrangères auraient reçu copie. Objet: nomination de M. Vincent Karega comme ambassadeur du Rwanda en RDC.

John Numbi Banza, suspect n°1 à l’assassinat de Floribert Chebeya 

Un indice. La copie en circulation sur les réseaux sociaux semble être celle réservée à « IG FARDC ». Autrement dit, Inspecteur général de l’armée. A l’époque, cette fonction était exercée par le général John Numbi Banza, présenté jadis comme un des « bras armés » de « Joseph Kabila ». Ici, la date de réception est bien visible: le 2 septembre 2019.

Dans cette note, le patron des Renseignements militaires d’alors donne ses « avis et considérations » sur la personnalité de l’ambassadeur Karega. Il relève en liminaire que le diplomate « avait été déclaré persona non grata en Afrique du Sud en 2014 ». Au motif qu’il serait « impliqué dans plusieurs dossiers d’assassinats des opposants réfugiés à l’extérieur dont l’ancien chef de renseignements rwandais, Patrick Karegeya ».

Et de poursuivre que Karega est « réputé dans le noyautage et infiltration des services et autorités classifiés ». Kahimbi ne s’arrête pas là. Il souligne, au passage, la « dangerosité » de ce candidat-ambassadeur qui a « vécu de nombreux années » au Congo-Kinshasa où il a étudié à l’Université de Lubumbashi. Il « pourrait avoir accès facile à toutes les couches de la population congolaise grâce notamment à sa maîtrise de nos langues vernaculaires ».

DIPLOMATE A LA RÉPUTATION ÉPOUVANTABLE

Pour Kahimbi, la présence de M. Karega sur le sol congolais « serait une menace et un danger pour notre démocratie dans la mesure où l’intéressé pourrait commanditer des assassinats ciblés contre d’éventuels opposants rwandais en RDC ». Pour lui, « il ne serait pas de bon augure d’accepter sa nomination comme ambassadeur en RDC (…)« .

Selon le « droit diplomatique », l’Etat qui se propose de désigner un ambassadeur doit s’assurer, au préalable, que celui-ci est « persona grata » dans le futur pays d’accueil. La procédure se passe par voie diplomatique: une note verbale avec en annexe le curriculum vitae du « postulant ». L’Etat sollicité lance aussitôt des « investigations » sur le parcours du candidat chef de mission diplomatique. Sauf cas exceptionnel, l’agrément est généralement accordé dans les délais les plus courts. En cas de refus, le pays d’accueil n’est pas tenu de se justifier.

Pour autant que le document sous examen émane bel et bien du général Delphin Kahimbi, il y a de quoi à se demander si celui-ci avait pris connaissance du CV de Vincent Karega. S’il l’avait fait, il aurait appris que ce diplomate est né à Walungu, au Sud-Kivu. Il aurait appris également qu’il n’a jamais été déclaré « persona non grata » au pays de Mandela. A preuve, Karega a dirigé le haut-commissariat (ambassade) du Rwanda à Pretoria de 2011 à 2019.

 

 

L’ambassadeur Vincent Karega

Il est en revanche vrai que cet ambassadeur traîne derrière lui une réputation épouvantable. Durant son mandat en Afrique du Sud, plusieurs diplomates rwandais furent expulsés en mars 2014 suite à l’assassinat de l’ancien chef espion rwandais Patrick Karegeya dans un hôtel à Johannesburg. Sans omettre, la tentative d’assassinat, deux mois après, contre le général Faustin Kayumba Nyamwasa. On pourrait ajouter enfin la mort suspecte, en 2018, de deux avocats belges. Il s’agit de Thomas Ngeze (d’origine rwandaise) et Pieter-Jan Staelens. Tous les deux vivaient à Gand. Il semble que « Thomas » – qui était retrouvé pendu dans une chambre d’hôtel à Johannesburg – était le fils de Hassan Ngeze, fondateur de « Kanguka », un média qui avait appelé, semble-t-il, au massacre des Tutsis.

UNE DISPARITION QUI ARRANGE LE « CLAN KABILISTE »

Le 24 janvier 2019, Felix Tshisekedi Tshilombo est investi à la tête de l’Etat congolais. Sauf erreur, c’est au mois de juillet de cette même année que les autorités rwandaises avaient désigné Karega pour diriger la représentation diplomatique du Rwanda à Kinshasa. Ce n’est qu’au mois de juillet 2020 que le diplomate rwandais présentera ses lettres de créance au président Tshisekedi.

On imagine que Delphin Kahimbi avait rédigé sa note entre juillet 2019 et février 2020. L’homme est mort mystérieusement le 28 février dernier à son domicile. Son épouse parle, sans convaincre, de « crise cardiaque ». Des experts onusiens, dépêchés par « Felix », disent avoir décelé des traces de « strangulation » après un examen externe du cadavre.

Le rapport d’autopsie pratiquée par des médecins légistes n’a jamais été publié. La commission d’enquête de l’armée, présidée par le général Marcel Mbangu – un proche de John Numbi – , n’a toujours pas rendu public les conclusions de ses investigations.

Delphin Kahimbi reste un personnage énigmatique. Selon des sources burundaises, il fut proche des services secrets rwandais. Un point de vue balayé du revers de main par plusieurs « agents » à Kinshasa: « Kahimbi a été formé par les Rwandais mais il avait fini par se brouiller avec eux ». Qui croire?

Qui a « fuité » cette note? Quelle en est la motivation? A la première question, des observateurs pointent un doigt accusateur en direction du général John Numbi Banza. Et pour cause, l’exemplaire qui circule est celui qui lui était destiné. L’ex-Inspecteur général des FARDC est suspecté d’avoir été le « dernier visiteur » chez Kahimbi. A la deuxième question, il apparaît que l’auteur de la divulgation de ce document tente de faire passer celui-ci comme étant le « mobile » du crime.

Qui oubliera que soixante-douze heures avant son décès, le « général Delphin » avait été empêché de prendre un vol à destination d’Afrique du Sud? « Mission »: acquérir des matériels de géolocalisation et écoute. Il sera par la suite interrogé par des membres du Conseil national de sécurité qui l’ont suspecté d’espionner le chef de l’Etat. Était-il sur le point de faire de graves révélations? Une certitude: la disparition du chef de l’ex-Demiap arrange pas mal de monde. Silence… la mouvance kabiliste désinforme.

 

Baudouin Amba Wetshi

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