Agence congolaise de presse: Laxisme et relâchement

Le bulletin de l’Agence congolaise de presse daté du 12 avril 2021 a tout l’air d’un « gag ». Ceux qui ont eu l’occasion de parcourir l’ordonnance n°21/012 du 12 avril 2021 portant nomination des vice-Premiers ministres, des ministres d’Etat, des ministres, des ministres délégués et des vice-ministres n’ont pas manqué de s’interroger si l’ACP s’était référé au même document en publiant la liste des membres du gouvernement dirigé par le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. Un constat: laxisme et relâchement. A titre illustratif, Lutundula devient « Lutindula ». « Banda » est repris comme étant le nom du ministre de la Santé en lieu et place de « Mbungani Mbanda ». Plus loin, « Dr Mbungani » est présenté comme vice-ministre de la Santé. L’Union sacrée de la nation devient « l’Union sucrée » (sic!). Alexis Gisaro est repris deux fois. D’abord en tant que ministre d’Etat. Ensuite en tant que ministre. Ici, on parle de « Gizaro ».

Sous la Deuxième République de Mobutu Sese Seko, la presse n’était pas libre. Il reste que l’Agence Zaïre Presse était à la pointe de l’actualité nationale. A l’époque, cette Agence était au service de la propagande du MPR-Parti Etat. Elle suscitait néanmoins une certaine fierté par la qualité des articles.

Comme toute Agence, l’AZAP avait plusieurs abonnés à l’intérieur (institutions, ambassades, médias etc) et à l’extérieur du pays (agences de presse et médias étrangers). L’agence Belga faisait partie de grands consommateurs des dépêches de l’AZAP.

Après l’avènement l’AFDL, l’agence nationale, rebaptisée « Agence congolaise de presse », a perdu son aura tant sous la Présidence de Mzee Kabila que celle de son « fils ». Ignorance?

Deux années après l’investiture de Felix Tshisekedi à la tête de l’Etat, la situation de l’ACP tarde à s’améliorer. Les médias privés paraissent plus performants que ce média d’Etat. Le contenu des dépêches laisse souvent à désirer. Les titres sont « kilométriques ». Pire, la grande majorité des dépêches de l’ACP sont truffées de fautes de syntaxe. Ce n’est pas tout. Il y a aussi des inexactitudes dans l’orthographe des noms. Les « papiers » rédigés par les bureaux provinciaux de l’ACP sont d’une qualité plus que discutable.

La dépêche de l’ACP datée du 12 avril – reprise ci-dessous dans son intégralité – a tout simplement l’air d’un fake news. Outre les patronymes mal orthographiés, certains « nominés » sont repris parmi les ministres et les vice-ministres. C’est le cas de la Santé Jean-Jacques Mbungani Mbanda qui figure parmi les ministres sous le nom de « Banda ». Il réapparait comme « vice-ministre » du même département sous sa véritable identité. Certains noms sont tout simplement imaginaires. C’est le cas notamment de « Muhongo Nzungi » (Muhindo Nzangi). Plus surprenant, l’Union sacrée de la nation est devenue « Union sucrée ».

Il fut un temps où les médias devaient dépêcher des reporters ou envoyés spéciaux pour couvrir les événements dans les « points chauds » de la planète. Aujourd’hui, la grande majorité de ces organes de presse se contentent d’exploiter les nouvelles fournies par les agences de presse. Les plus connues sont notamment: Agence France Presse (AFP), Associated Press (AP), Reuters, UPI, EFE, Kyodo, ITAR/TASS, Bloomberg, PANA. En Belgique, il y a l’agence Belga.

L’INFORMATION D’AGENCE DOIT ETRE SERIEUSE, EXACTE ET HONNETE

Les Agences de presse jouent un rôle premier plan dans la communication des faits et des opinions. Ces « usines à nouvelles » ont conclu un « contrat de confiance » non-écrit avec les entreprises de presse. A la base, il y a la rigueur et l’honnêteté intellectuelle tant dans la relation des événements que dans la transcription des identités des acteurs. Il est rarissime de trouver un commentaire ou une interprétation dans une dépêche. « Pour être crédible, l’information d’Agence doit être sérieuse, exacte et honnête ». Plus d’un étudiant en journalisme a déjà entendu des « profs' » s’époumoner dans ce sens.

Une Agence de presse est une entreprise commerciale d’un type particulier dans la mesure où elle tient à son indépendance non seulement vis-à-vis des trois pouvoirs traditionnels mais aussi des annonceurs. Dans un document publié, dans les années 90, par « Belga magazine », on peut lire qu’une Agence de presse a pour rôle de « mettre chacun en mesure de se former une opinion et non pas former l’opinion ». Plus loin, on peut lire également: « Les faits. Sans prise de position, sans parti pris. Les faits rien que les faits ». Au Congo-Kinshasa, il était coutumier que le « DG » de l’ACP signe un édito.

A travers sa dépêche du 12 avril 2021, la rédaction de l’ACP fait preuve d’une désinvolture inqualifiable. Que sont devenus tous ces journalistes qui faisaient jadis la fierté de l’AZAP? Retraités? Qu’en est-il des jeunes recrues issues de l’IFASIC (Institut facultaire de science de l’information et communication)?

 

B.A.W.

 

Ci-après, le texte intégral de la dépêche de l’ACP daté du 12 avril 2021 (nous mettons entre parenthèses l’orthographe exacte):

TEXTO:

Le Gouvernement du Premier ministre Sama Lukonde est là

Kinshasa, 12 avril 2021 (ACP).- Le Premier ministre Jean Michel Sama Lukonde a publié, lundi à Kinshasa, son gouvernement composé de 55 membres. Le Premier ministre

Qui s’est exprimé au sortir d’une audience avec le Président Félix Tshisekedi, a donné les critères de son gouvernement de l’Union sucrée, soulignant que celui-ci a une taille réduite, avec représentativité de la femme qui s’élève à 27%, une participation de la jeunesse, ainsi que la représentativité nationale et l’inclusivité des forces politiques, la moyenne d’âge est 47 ans avec 80% de nouvelles figures.

Les priorités se sont focalisées sur la sécurité, la santé, l’enseignement, la Justice, l’agriculture, la pêche et l’élevage, l’économie, le processus électoral, et l’infrastructure, Numérique.

L’ordonnance présidentielle nommant cette équipe gouvernementale a été lue par le porte-parole du chef de l’Etat, Kasongo Mwema, sur les antennes de la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC),
Voici la liste des membres du gouvernement:

Vice- Premiers ministres

1. Intérieur: Basolo Okito (Aselo Okito wa Koy)
2. Environnement: Eve Bazahiba (Eve Bazaïba Masudi)
3. Affaires étrangères: Christophe Lutindula (Christophe Lutundula Apala Pen’Apala)
4. Fonction publique: Jean-Pierre Liahu (Jean-Pierre Lihau Ebua)

Ministres d’Etat

1. Justice: Mutombo Kiesse (Kiese)
2. Infrastructures: Gisaro Alexis (Muvunyi)
3. Portefeuille: Kahinda Adèle (Mahina)
4. Plan: Mwando Nsimba (Christian)
5. Budget: Boji Aimé (Sangara Bamanyire)
6. Urbanisme et Habitat: Pius Mwabilu (Mbayu Mukala)
7. Développement rural: François Rubota (Masumbuko)
8. Entrepreneuriat: Eustache Muhanzi (Mubembe)
9. Aménagement du Territoire: Guy Londo (Loando Mboyo)

Ministres

1. Défense nationale: Kabanda Gilbert (Kurhenga)
2. EPST: Tony Muaba (Mwaba Kazadi)
3. Santé publique: Banda Jean-Jacques (Jean-Jacques Mbungani Mbanda)
4. Finances: Nicolas Kazadi (Kadima-Nzuji)
5. Transport et voies de communication: Cherubin Okende (Senga)
6. Infrastructures: Gizaro Alexis
7. Pêche et élevage: Adrien Djema (Bokele Djema)
8. Économie nationale: Kalumba Jean-Marie (Yuma)
9. Industrie: Julien Paluku (Kahongya)
10. Intégration régionale: Didier Mazenga (Mukanzu)
11. ESU: Muhongo Nzungi (Muhindo Nzangi Butondo)
12. Recherche scientifique et Technologie: [Rien] (José Mpanda Kagangu)
13. Hydrocarbures: Budimbu Didier (Ntubuanga)
14. PT-NTIC: Kibassa Malaba (Augustin Kibasa Maliba Lubalala)
15. Numérique: Eberande Kolongele (Désiré-Cashmir Kolongele Eberande)
16. Emploi et prévoyance sociale: Ngusi (Claudine Ndusi M’Kembe)
17. Affaires foncières: Molendo Sakombi (Aimé)
18. Ressources hydrauliques: Mwenze Olivier (Mukaleng)
19. Droits humains: Albert Fabrice Puela
20. Genre et famille: Ndaya Luseba (Gisèle)
21. Commerce extérieur: Jean-Lucien Bussa (Tongba)
22. Mines: Nsamba Kalambayi (Antoine)
23. Communication et porte-parole du Gouvernement: Patrick Muyaya (Katembwe)
24. Affaires sociales: Modeste Mutinga Mutuishayi
25. Formation professionnelle: Antoinette Kipulu (Kabenga)
26. Jeunesse: Yves Bunkulu (Zola)
27. Sports: Serge Konde (Serge Chembo Nkonde)
28. Modéro Nsimba [Pas de ministère] (Matondo / Tourisme)
29. Culture: Catherine Matonde (Catherine Kathungu Furaha)
30. Relations avec Parlement: Karume (Anne-Marie Karume Bakaneme)
31. Min près le Président: Nana (Nana Manwanina Kiumba)

Ministre délégué:
1. Près le ministre des affaires sociales: Irène Esambo (Diata)

Vice – ministres

1. Intérieur: Mulipe (Jean-Claude Molipe Mandongo)
2. Affaires étrangères: Samy Bamoto (Samy Adubango Awotho)
3. Justice: Mirindi Amango (Amato Bayubazire Mirindi)
4. Plan: Crispin Mbadu (Phanzu)
5. Budget: Elysée Makoso (Elysée Bokumwana Maposo)
6. Défense nationale: Seraphine (Séraphine Kilubu Kutuna)
7. EPST: Namasiya Bazego (Aminata Namasia Bazego)
8. Santé publique: Dr Mbungani (Véronique Kilumba Nkulu)
9. Finances: Madame Sele (O’nienge N’sele Mimpa)
10. Transports: Ekila (Marc Ekila Likombio)
11. Mines: Godard Motemona (Gibolum)


ACP/Kayu/NiG

 

10 thoughts on “Agence congolaise de presse: Laxisme et relâchement

  1. C’est tout l’environnement médiatique congolais qui patauge dans la médiocrité. La carence au niveau des ressources financières et humaines fait que le travail entrepris laisse prodigieusement à désirer. L’obséquiosité des médias d’état doublé d’une langue de bois fait du Congo le pays le plus mal servi en matière de la circulation de l’information au niveau national. Loin de moi l’intention d’accabler ces  » pauvres » journalistes qui travaillent dans des conditions difficiles. je voulais juste faire remarquer qu’un journaliste mal formé, mal rétribué est une bombe qui peut se dégoupiller à tout moment et créer des dégâts qui seront dramatiques pour l’ensemble de la communauté nationales. Surtout à cette époque des réseaux sociaux tout puissants. L’ACP qui diffuse des dépêches truffées des coquilles et des fautes de Français ne contribue pas au rayonnement de l’image du pays à l’étranger.

  2. Tout cela arrive parce que l’éducation, fer de lance du développement, est défaillante. Tous les pays du monde y accordent une importance capitale sauf dans cette république de banane. Et l’illettrisme guette notre pays à cause de l’irresponsabilité de ses dirigeants, eux-mêmes semi-lettrés pour la plupart, plus enclins aux intérêts égocentriques.
    Le niveau de nos étudiants est dangereusement au rabais. Cette situation on ne peut plus alarmante met l’avenir du pays en danger dans la mesure où sa souveraineté qui est déjà fortement entamée risquerait de consacrer, l’un de ces jours, la disparition pure et simple de ce qu’il en reste d’une nation.

  3. Espérons que le nouvel élu, Monsieur Muyaya qui est lui-même journaliste de formation et de profession remettra de l’ordre dans l’agence. Il est vrai que la première liste du gouvernement que j’avais reçu était celle de cette agence. J’ai dû attendre celle d’un média privé pour avoir une liste bien écrite. Ce fait n’est pas nouveau, suivez simplement les émissions sur la Rtnc, vous serez surpris par le nombre de fautes d’orthographe. Malheureusement en Rdc, il y a toute une génération qui ne maitrise pas les règles du savoir écrire aussi bien dans les médias qu’en dehors. J’en parlais lors de mon voyage à Kinshasa avec une amie juge qui se plaignait qu’elle devait toujours corriger toutes sortes de fautes de ces assistants nouvellement engagés.

  4. LU POUR VOUS. Un Sage Chinois, il y a de cela plusieurs siècles, Conseiller de son Empereur, confia à ce dernier ceci : « Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son SYSTÈME d’ÉDUCATION et d’y généraliser la CORRUPTION. Ensuite, il faut attendre vingt (20) ans et vous aurez un pays constitué d’IGNORANTS et dirigé par des VOLEURS. Il vous sera très facile de les vaincre. »

  5. Quand on veut mettre un pays à terre, on commence par défaire l’éducation. Aujourd’hui, plusieurs détenteurs des diplômes universitaires au pays ne sont pas capables d’écrire cinq phrases sans fautes d’orthographe. Tenir une conversations soutenues dans la langue de Molière relève d’un miracle.
    Avouons-le, la négligence dont est victime l’éducation au Congo a sa source depuis le régime de Mobutu et les Kabila n’ont rien fait pour remonter la pente. Tenez! L’enseignant qui m’a enseigné en 2è année au primaire (année scolaire 70-71), il y a 50 ans, continue à enseigner parce qu’il n’y a pas d’argent à lui payer pour sa retraite. Pendant tout ce temps, quand il pouvait recevoir son salaire, des déductions étaient faites pour sa retraite; où sont passées ces sommes. J’en connais au moins deux dans cette situation dans la même école, tous deux âgés de plus de 87 ans, C’EST CRIMINEL!

  6. Anonyme et Mwana Kwilu ont tout dit! Il n’y a qu’à voir le profil intellectuel et le parcours de beaucoup de nos « excellace » et « honorable » pour se convaincre du bien-fondé de ce qu’ils disent! Si en plus, on examine le profil de ceux à qui on confie le ministère de l’Enseignement supérieur , on comprend que nous atteignons le fin fond de l’imbécillité collective!
    Le régime Mobutu a eu ses défauts certes, mais il faisait attention au profil de ceux qu’il nommait à différents postes de responsabilité !

    1. BOKULU
      « Le régime Mobutu a eu ses défauts certes, mais il faisait attention au profil de ceux qu’il nommait » :
      tel que le profil de BISENGIMANA, BOBOZO… 🙂

  7. Jadis temple de la rigueur, l’Agence congolaise de Presse souffre des mêmes maux que le pays. Le règne de l’à-peu-près, du laisser-aller, de la mansuétude. Sans jouer au savant, de l’ultracrépidarianisme ! Les fautes professionnelles relevées par BAW ne devraient pas exister dans les bonnes rédactions, singulièrement dans une agence de presse. Un « papier » avait d’être mise en page passe au crible d’au moins deux relectures. Dans certaines rédactions, il n’est pas rare qu’un grammairien soit sollicité. Des coquilles étaient traquées. Point de bidonnage inutile. Précision et absence de commentaires dans le corps de la dépêche. L’agencier avait à coeur de servir l’information au « paresseux  » lecteur, dès l’entame de l’article. La dégénérescence de l’agence remonte loin. D’abord, l’institutionnalisation du MPR parti-État a eu un profond effet sur les fondements mêmes d’un organe de presse sensé diffuser des faits, je dirais « pur, en l’état « . On a commencé à prendre des libertés par rapport à la déontologie. L’ACP, puis l’AZAP, est devenue un instrument de propagande. De politisation à l’ultrapolitisation. Plus tard, alors que l’agence avait vécu jusque là sans soucis matériel, l’agence a dû accepter de vendre de l’espace. Entre-temps, le mode de recrutement et les traditions de transmission du métier ou de l’art ont eu à subir du relâchement. O tempora, o mores ! La Maison des Jean-Jacques Kande, Ramazani Baya, Tunor, Roger Mazanza, Cornelis Nlandu-Tsasa et d’autres célèbres plumes broient du noir, au jour d’aujourd’hui. Pas de panique, l’ACP peut encore renaître de sa langueur ! En se modernisant grâce au numérique, en recyclant son staff, en restaurant l’esprit-maison, en la mettant à l’abri de la disette.

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