Bruxelles: Des leaders de l’opposition décidés à « libérer » le processus électoral

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Va-t-on vers un report sine die des élections fixées au 23 décembre prochain? C’est en tous cas l’avis de certains observateurs. Pour ces derniers, le « communiqué commun » publié mercredi 12 septembre, dans la capitale belge, par des leaders l’Opposition en l’occurrence Jean-Pierre Bemba, Vital Kamerhe, Moïse Katumbi, Antipas Mbusa, Adolphe Muzito et Félix-Antoine Tshisekedi pourrait servir de « prétexte commode » à un pouvoir kabiliste en plein désarroi pour reporter les consultations politiques à venir. Réunis dans un grand hôtel bruxellois, les leaders de MLC, UNC, Ensemble, RCD/K-ML, UREP et UDPS ont, néanmoins, affiché une parfaite unité de vue en attendant la désignation d’un « candidat commun » à l’élection présidentielle. Dans leur communiqué commun lu par l’UNC Lydie Omanga, les cinq leaders ont articulé neuf exigences qui traduisent leur refus de cautionner une « parodie d’élections ». Des analystes estiment que « Joseph Kabila » ne pourrait « coopérer » que par… la « contrainte ».

A quelques 101 jours de la date fixée pour les élections (présidentielle, législatives et provinciales), la majorité sortante dite FCC (Front commun pour le Congo) continue à afficher une « sérénité arrogante ». Une attitude qui tranche avec le bilan calamiteux – au plan tant politique, sécuritaire que socio-économique – des dix-sept années de « Joseph Kabila » à la tête de l’Etat. Une élection étant l’occasion pour les citoyens d’exiger des comptes aux gouvernants sortants.

Comme si de rien n’était, le parti présidentiel, le PPRD, affiche l’insouciance. Cette formation politique a clôturé, mardi 11 septembre, la « session de formation » de ses témoins électoraux et des candidats députés nationaux et provinciaux dans le district kinois de la Tshangu. Et ce, après les districts de Lukunga, Funa et Mont Amba. « L’objectif de cette formation, indique une dépêche de l’ACP, est d’outiller les candidats et les témoins du parti aux bureaux de votes et de dépouillement aux stratégies et techniques électorales en vue de remporter haut la main, les prochaines élections à tous les niveaux ». On croit rêver!

A force de scander qu’ « on va gagner à tous les niveaux! », les zélateurs du « clan kabiliste » ont fini par semer le doute dans les esprits. A tort ou à raison, les « forces du progrès » ont acquis la conviction que « Kabila » et le président de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) Corneille Nangaa se prépareraient à mettre en place des mécanismes destinés à faciliter une « fraude massive ». Objectif: permettre à la majorité sortante de conserver le pouvoir. Pour le pouvoir.

« HOLD-UP ELECTORAL ANNONCE »

Kamere et Tshisekedi

Réunis mercredi 12 septembre dans un grand hôtel bruxellois, les présidents d’Ensemble (Moïse Katumbi Chapwe), du MLC (Jean-Pierre Bemba Gombo), du RCD-K/ML (Antipas Mbusa Nyamwisi), de l’UNC (Vital Kamerhe), de l’UREP (Adolphe Muzito) et de l’UDPS (Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo) ont signé un « communiqué commun » qui traduit non seulement leur volonté commune de contrecarrer un hold-up électoral annoncé mais aussi leur « refus de cautionner une parodie d’élections ».

Neuf. C’est le nombre d’exigences formulées par les signataires. Ces derniers rejettent en liminaire la « machine à voter » et demandent sur un ton ferme et résolu le nettoyage du fichier électoral. Il s’agit d’y extirper une dizaine de millions de personnes enregistrées sans empreintes digitales. La mise en œuvre des mesures de décrispation impliquant la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés est également demandée. Sans omettre la participation effective des candidats exclus ou invalidés en vue de garantir le caractère « inclusif » des consultations politiques. Notons que les candidatures de Kamerhe et de Tshisekedi ont été validées. Il en est de même pour Martin Fayulu Madidi et Freddy Matungulu Mbuyamu qui étaient absents.

Au risque de faire hérisser les cheveux des « indépendantistes-souverainistes » autoproclamés qui gravitent autour de « Kabila », alias « autorité morale » du FCC, les signataires dudit communiqué exigent ni plus ni moins que l’implication de la « communauté internationale » (Nations Unies, union européenne, SADC, OIF etc.) dans le déroulement de l’ensemble des opérations électorales. Le transport du matériel et la logistique devrait revenir à la Mission onusienne au Congo. La sécurisation tant de la campagne électorale que du vote devrait être confiée à des forces issues des Etats membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). La restructuration et l’audit de la CENI font partie du « package ».

Les six leaders de l’opposition seront-ils entendus par un « Kabila » qui ne manifeste de la considération que vis-à-vis des adversaires qui lui tiennent tête les armes à la main? Rien n’est moins sûr.

« UN POUVOIR CONQUIS PAR LA FORCE DES ARMES… »

De gauche à droite, Muzito, Katumbi et Bemba

Lors de son discours sur l’état de la nation prononcé le 19 juillet dernier devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, « Joseph Kabila » – qui est un pur produit des interférences de la communauté internationales – avait clamé haut et fort sa volonté d’ « affranchir notre processus électoral des contingences du financement extérieur et, par conséquent, des chantages de tous genres ».

Pour lui, les élections à venir « seront réellement une affaire de souveraineté » et « seront entièrement financées » par l’Etat congolais.

Mercredi 12 septembre, certains observateurs estimaient que le communiqué publié par les leaders de l’opposition ne fera nullement « trembler » le « raïs ». Encore moins, les jusqu’au-boutistes du régime. « Le rapport de force est et reste déséquilibré du fait de la présence des ‘taupes’ du pouvoir au sein de l’opposition », commente un observateur. Des noms? Un sourire embarrassé tient lieu de réponse.

D’après un analyste qui a lu attentivement le communiqué commun du 12 septembre, les forces de l’opposition viennent d’offrir au successeur de Mzee le prétexte qui lui faisait défaut pour faire reporter les élections. « Il n’y aura pas d’élections le 23 décembre prochain, assure-t-il. Kabila va saisir la perche qui lui est tendue par le rejet de la machine à voter pour imputer la nécessité de reporter le vote aux opposants ». Va-t-on vers un nouveau « dialogue »?

Radical, un autre analyste d’enchaîner: « Joseph Kabila n’entend nullement céder, sur tapis vert, un pouvoir qu’il prétend avoir conquis par la force des armes en prenant des risques personnels. Une chose paraît certaine: Joseph partira par la force ou ne partira pas… »

 

Baudouin Amba Wetshi

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