Congo-Kin: Vivement une « Commission Vérité et Réconciliation »

En Tunisie, « l’Instance Vérité et Dignité » (IVD), instituée par la loi en 2014, vient de remettre son rapport au Conseil supérieur de la magistrature, à l’ordre des avocats ainsi qu’à la société civile. Un exemplaire dudit document sera remis au chef de l’Etat tunisien.

Après le renversement du dictateur Zine el-Abidine Ben Ali, le nouveau pouvoir tunisien avait mis en place cette structure avec pour mission de mener des investigations et de recueillir des témoignages sur les violations des droits de l’homme et la corruption de juillet 1955, date de l’accès de ce pays à l’autonomie, à 2013, l’année de l’institutionnalisation de cette « commission spéciale ».

Institution indépendante, l’IVD est dotée de l’autonomie financière et de la personnalité juridique. Les Tunisiens pourraient épiloguer sur la qualité du travail abattu par cette instance. Et surtout de l’attention que les gouvernants du pays voudraient bien accordé à ce rapport dont les conclusions seraient, semble-t-il, « dérangeantes ».  Pour qui? Toute la questions est là!

Revenons au Congo-Kinshasa. Lorsqu’on parcourt la « Constitution de la Transition » de 2003 élaborée par les composantes et entités ayant participé au « dialogue intercongolais » à Sun City, en Afrique du Sud, force est de constater que les rédacteurs de cette « charte transitoire » avaient prévu cinq « Institutions d’appui à la démocratie ». A savoir: la (très controversée) Commission électorale indépendante, l’Observatoire national des droits de l’Homme, la Haute autorité des médias, la Commission vérité et réconciliation et la Commission de l’éthique et de la lutte contre la corruption.

Le 18 février 2006, « Joseph Kabila » promulguait la Constitution qui régit le pays à ce jour. Pour une raison connue des seuls rédacteurs de cette nouvelle loi fondamentale, les deux dernières commissions citées ci-haut sont passées à la trappe. Pourquoi? Mystère!

Et pourtant, ces deux commissions avaient deux missions cruciales: consolider l’unité nationale grâce à une véritable réconciliation entre les Congolais et favoriser la pratique des valeurs morales et républicaines.

Depuis la proclamation de l’indépendance du Congo, il y a bientôt 59 ans, on ne compte pas le nombre de violations des droits humains imputables aux appareils de répression sous les régimes successifs. Des familles continuent à pleurer des êtres chers disparus sans laisser la moindre trace. Que dire des spoliations, des viols et tortures?

Depuis le 30 juin 1960 à ce jour, ce pays n’a connu que du sang et des pleurs: sécessions, assassinats, disparitions, rébellions, coup d’Etat, spoliations, répressions des manifestants etc.

L’heure est venue pour déterminer les responsabilités. L’heure est venue pour que les citoyens vivant dans les vingt-six provinces qui composent le « Grand Congo » connaissent enfin la vérité. L’heure est venue pour que les victimes « affrontent » leurs bourreaux.  

Les législateurs du régime de Transition « 1+4 » avaient vu juste. Ils avaient compris que l’heure était venue pour que les citoyens de ce pays se parlent en se regardant dans le fond des yeux. Il s’agit de trouver des réponses à deux questions: Qui a fait quoi? Pourquoi?

Ces législateurs avaient compris que les Zaïro-Congolais doivent se réconcilier non seulement avec eux-mêmes mais aussi avec la douloureuse histoire de leur pays.

L’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la Région signé le 24 février 2013 à Addis Abeba, en Ethiopie, par onze pays (Afrique du Sud, Burundi, RCA, Rwanda, Soudan du Sud, Tanzanie, Zambie, Ouganda, Angola et les deux Congo), recommande aux autorités congolaises notamment de « promouvoir la réconciliation nationale, la tolérance et la démocratisation ».

Tout au long de ses dix-huit années passées à la tête de l’Etat congolais (2001-2019), « Kabila » a démontré un manque de volonté manifeste pour réformer le pays. Sans doute que la « réconciliation nationale » ne figurait pas sur sa « feuille de route ».

Lors de son investiture le 24 janvier dernier, le président Felix Tshisekedi Tshilombo a annoncé sa résolution à lutter contre les violations des droits humains, l’impunité et la corruption.

Le nouveau chef de l’Etat est désormais à l’épreuve des faits. Il est de son devoir de faire ressusciter la « Commission vérité et réconciliation » oubliée dans la Constitution en vigueur.

Peut-on franchement escompter la restauration de la paix des cœurs et des esprits sans justice et réparation?

 

Baudouin Amba Wetshi