Deuxième erreur fatale: le compromis politique du 30 juillet 1992 et ses conséquences catastrophiques

Dr François Tshipamba Mpuila

Le Compromis politique du 30 Juillet 1992

I. Rappel de la volonté souveraine de notre Peuple et de son aspiration profonde et légitime

  • Le rejet absolu de Mobutu, de son système et de ses collaborateurs;
  • L’option fondamentale et irréversible de voir s’instaurer dans notre Pays le système démocratique: Les Résolutions de la CNS sont les Fondement de l’Etat de droit démocratique, moderne et prospère;
  • La gestion du système démocratique pendant la Transition et la 3ème République par les Fils du Pays dont le Profil correspond à celui défini par la CNS pour les dirigeants.

Donc: rupture totale avec Mobutu, son système et ses collaborateurs; instauration du système démocratique et choix des Dirigeants correspondant au profil défini par la CNS.

Cette aspiration du Peuple devait être absolument respectée d’autant plus que Mobutu et ses collaborateurs avaient donné, pendant plus de deux décennies au pouvoir, des preuves nécessaires et suffisantes d’être des criminels impénitents, arrogants et sadiques, irrémédiablement irrécupérables, des prédateurs des ressources naturelles de notre Pays, des pilleurs des caisses de l’Etat, des semeurs des antivaleurs, des fossoyeurs de l’Etat, des tortionnaires, des bourreaux et des assassins de notre Peuple.

Les mobutistes ne correspondaient donc pas au Profil des Dirigeants défini par la CNS pour la Transition et la 3ème République. Ils l’ont démontré même pendant la tenue de la CNS: ils ont tout fait pour perturber ses Travaux et souiller les Délégués; ils ont interrompu militairement ses travaux et massacré le 16 février 1992 des milliers de nos Compatriotes qui réclamaient pacifiquement dans les rues la réouverture des Travaux de la CNS.

II. Mobutu et ses collaborateurs sur la route vers la reconquête du pouvoir et du paradis perdus

Pour déjouer la volonté politique de notre Peuple et son aspiration profonde et légitime ci-haut exprimées, Mobutu et ses collaborateurs tinrent d’abord à retrouver une santé flamboyante, une nouvelle virginité politique et la légitimité perdue.

Ils obtinrent ce résultat en s’engouffrant dans l’Opposition à travers la porte qui leur fut grandement ouverte, sur leur demande, par la Direction politique de l’UDPS et celle des autres Forces nationales de Progrès. Ils devinrent eux aussi, des « opposants » à la manière des générations spontanées. Le Loup entra dans la Bergerie, le ver dans le fruit, le fruit pourri dans le panier des fruits sains.

Ils phagocytèrent toutes les structures de l’Opposition jusqu’au Sommet et en devinrent même les Chefs, les Représentants et les Porte-parole à Kinshasa et dans les Délégations de l’Opposition congolaise qui, partis de Kinshasa, sillonnèrent plusieurs Capitales étrangères. Pour devenir complètement blanchis, propres, fréquentables, lavés de toute souillure de trace de crimes, ils firent en sorte que le Peuple vive lui-même en direct le rapprochement et l’intimité entre les Leaders de l’Opposition et eux les mobutistes. C’est ainsi que, plusieurs fois, le Peuple les vit à la Télévision et dans des conférences et des réunions de l’Opposition assis aux côtés des Leaders de l’Opposition; s’acoquiner avec eux; blaguer avec eux; rire avec eux aux éclats; se souffler des secrets dans le creux des oreilles; se donner dans le dos les tapes de camaraderie, d’amitié, de convivialité et de solidarité….

Les mobutistes se mirent à semer la zizanie entre les Leaders de l’Opposition en injectant le venin de la division, le virus des conflits, la toxine de la délation et le poison de la haine. L’Opposition se détourna du vrai problème qui était de mettre définitivement Mobutu et ses collaborateurs hors d’état de nuire et d’instaurer la démocratie;
l’Opposition se mit à gérer les conflits entre ses Leaders. Fragilisée, affaiblie, détruite de l’intérieur, vidée de sa substance, l’Opposition était devenue une coquille vide, l’ombre d’elle-même.

Les mobutistes abordèrent alors le problème des négociations et de la formation des coalitions, des plateformes avec l’Opposition. Pour ce faire, ils mirent à contribution tous les Compatriotes qui, pour des raisons diverses, leur étaient favorables, reconnaissants et proches. Les pressions maximales furent exercées sur les Leaders de l’Opposition.

Les Cadres de l’UDPS de la Diaspora exprimèrent à la direction politique de l’UDPS leur inquiétude, leur étonnement et leur mécontentement à cause des conciliabules de Kinshasa et réitérèrent leurs exigences et leurs recommandations. Mais hélas, les pressions et les critiques finirent par fléchir la position des Leaders de l’Opposition. D’où la formation des coalitions, des alliances et des plateformes telles que l’Usoras, l’Usoral, l’Union Sacrée au sein desquels se trouvèrent pêle-mêle les Leaders de l’Opposition et les Mobutistes.

Les Leaders de l’Opposition changèrent complètement leurs discours et leur attitude par rapport à Mobutu et à ses collaborateurs car ils étaient devenus les alliés et les partenaires dans les coalitions, les alliances et les plateformes.

III. Le Compromis politique signé le 30 Juillet 1992

Ce Compromis ne fut pas discuté au sein des structures de la CNS (Commissions, Plénières…). Les conciliabules pour le signer furent secrètement initiés et furtivement menés derrière la porte de la CNS par les Mobutistes auprès de la Direction politique de l’UDPS d’abord. Et puis, après l’acceptation de la Direction politique de l’UDPS, les conciliabules furent étendus auprès des Délégués des autres Forces de Progrès.

Les mobutistes réussirent à convaincre les Leaders de l’Opposition de ne pas appliquer strictement les Résolutions de la CNS. Ils lancèrent l’idée célèbre et emblématique ci-après et qui défie le temps en RDC: « Il fallait préparer une période de transition pacifique et civilisée ».

Et ils menèrent les conciliabules à partir du 6 Avril 1992. Le 30 Juillet 1992, le Compromis politique contenant 10 principes fut signé. L’avenir de ce Compromis a démontré pour la nième fois qu’un tyran endort les naïfs en signant un accord contenant même les principes qui sont contre lui. Mais il sait qu’il n’appliquera que les principes qui lui sont favorables et il jettera tout le reste dans la poubelle.

Voici les dix principes du Compromis politique du 30 Juillet 1992:

  • Neutralité de la Transition:
    • Qu’aucune vision, aucune tendance d’idées, soit-elle de progrès et conforme aux aspirations profondes de notre Peuple, ne soit préférée aux autres visions et idées y compris au mobutisme;
    • Que la gestion du Pays après la CNS soit sans exclusive: que Mobutu et ses collaborateurs soient aussi parmi les gestionnaires du Pays malgré les Résolutions de la CNS;
    • Que la période de Transition soit « une période de rassemblement de toutes les filles et de tous les fils du Pays pour vaincre la crise »;

Les signataires du Compromis politique renoncèrent, par ce principe, à mettre fin à la crise par: a) la rupture totale d’avec Mobutu, son système et ses collaborateurs; b) la matérialisation de la volonté souveraine de notre Peuple et de son aspiration profonde et légitime; c) l’application stricte des Résolutions de la CNS; d) la gestion du Pays par les Congolais dont le Profil correspondait à celui défini par la CNS.

Nous rappelons que pendant plus de deux décennies, la gestion du pouvoir et du Pays a été exclusive et monolithique; celui qui ne partageait pas la vision mobutiste était persécuté et même assassiné; Mobutu et ses collaborateurs n’avaient jamais demandé pardon au Peuple pour tant de crimes commis pendant plus de deux décennies; ils n’avaient jamais exprimé un moindre repentir, un moindre regret ni un engagement préalable pour le Changement démocratique; ils s’étaient acharnés à perturber le déroulement des Travaux de la CNS; ils avaient militairement interrompu ses Travaux et massacré des milliers de nos Compatriotes qui avaient pacifiquement marché le 16 Février 1992 pour la réouverture de ses Travaux.

Quelle garantie et quel gage Mobutu et ses collaborateurs avaient-ils donnés aux Leaders de l’Opposition pour le respect des textes, du droit, de la loi, de la justice, de la séparation des pouvoirs et l’application des Résolutions de la CNS une fois qu’ils allaient être parmi les Dirigeants du Pays après la CNS?

Quel indice de bonne foi, de volonté politique, de respect de la volonté populaire, de conversion sincère et profonde et d’attachement à la vision démocratique pour que les Leaders de l’Opposition leur aient fait confiance et signé le Compromis politique avec eux?

  • Dans la perspective de la démocratie pluraliste, désormais tout Zaïrois doit jouir pleinement et exercer effectivement tous les droits reconnus à la personne humaine et aux citoyens.
  • Désormais toute personne, toute institution impliquée dans la gestion de l’Etat doit être contrôlée régulièrement et, le cas échéant, sanctionnée (positivement ou négativement).
  • Aucune institution ne peut imposer sa volonté au peuple et aux autres institutions.
  • Chaque institution jouit des garanties suffisantes de son autonomie dans l’exercice des pouvoirs qui lui sont dévolus, sans que cela ne conduise au cloisonnement dans la direction des affaires nationales.
  • Aucune institution, aucun organe ne peut se servir de ses pouvoirs constitutionnels pour gêner un autre ou l’empêcher d’exercer les siens.
  • Le Président de la République, Institution suprême de l’Etat et Symbole de l’unité de la Nation, doit être mis à l’abri de tout ce qui peut entamer son prestige et sa crédibilité pendant la période de la Transition.
  • Le Gouvernement est entièrement responsable de la gestion de la chose publique dont il rend compte à la Nation à travers le Haut Conseil de la République.
  • La défense nationale incombe à tous les Zaïrois. Elle constitue le domaine de collaboration par excellence entre les plus hautes instances du pays.
  • L’Armée nationale doit être celle de développement. Elle assure la défense du territoire contre les agressions extérieures et participe, en temps de paix, à l’œuvre de l’édification nationale.

Ce Compromis n’a ni réaffirmé ni consolidé la Vision de Progrès prônée par notre Peuple, il a plutôt proposé quatre compromis:

  • Un compromis entre le système mobutiste et les Résolutions de la CNS codifiant l’organisation concertée de la Transition;
  • Un compromis conciliant les éléments de la constitution hérités de la 2ème République avec les principes d’une Charte de Transition entièrement nouvelle;
  • Un compromis politique global pour tenter de réconcilier des visions contraires, diamétralement et irréductiblement opposées; des visions qui s’autoexcluent et s’autodétruisent nécessairement: le mobutisme et le progrès;
  • Un compromis accepté par ses signataires et qui ont eu pour mission de faire admettre le Compromis politique par la CNS sous forme d’acte.

Ce Compromis politique: a) rejette l’application stricte des Résolutions de la CNS; 2) donne à Mobutu et à ses collaborateurs l’onction de figurer parmi les gestionnaires de l’Etat après la CNS contre l’aspiration clairement exprimée par notre Peuple et contre le Profil des Dirigeants défini par la CNS pour les Dirigeants de la Transition et de la 3ème République; 3) donne à Mobutu le mandat d’être le Président de la République de la Transition; et 4) donne l’ordre aux Congolais de cesser les critiques et les attaques contre Mobutu.

Quel élément de progrès pouvait-on copier de Mobutu, de son système et de ses collaborateurs pour l’intégrer dans la vision du progrès qui habitait notre Peuple, qui était incarnée par l’UDPS et les autres Forces de Progrès et thématisée dans les Résolutions de la CNS?

IV. Mobutu et ses collaborateurs furent les premiers à violer le Compromis politique

Ils ne respectèrent que les principes 1 et 7 du Compromis politique; violèrent tous les autres 8 principes et utilisèrent l’Armée pour:

  • Perpétrer le nième Coup d’Etat militaire le 1er Décembre 1992;
  • Bloquer militairement l’application de toutes les Résolutions de la CNS et;
  • Réinstaurer la tyrannie: un pouvoir arbitraire sans aucun contrôle effectif par les contre-pouvoirs et tous les mécanismes de contrôle de pouvoir et de pression sociale par les armes; un pouvoir où Mobutu était un dieu, inamovible, intouchable; un pouvoir où les criminels jouissent de l’impunité absolue.

Fait le 03 01 2019.

 

Pour le Leadership National Congolais de Progrès
Dr François Tshipamba Mpuila
GSM: +32-493-325-104; E-mail: tshipamba.mpuila@yahoo.fr

Happy
Happy
0 %
Sad
Sad
0 %
Excited
Excited
0 %
Sleepy
Sleepy
0 %
Angry
Angry
0 %
Surprise
Surprise
0 %