Droits humains: Mushobekwa fait le Ponce Pilate face à l’ANR

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Interrogée au milieu de la semaine par RFI sur le motif de détention, depuis dix mois, de la JUDPS Christian Lumu Lukusa dans un cachot de l’ANR (Agence nationale de renseignements), Marie-Ange Mushobekwa, ministre congolais des… Droits humains a surpris l’opinion en avouant son impuissance face aux services dits de sécurité: « L’ANR n’est pas tenu de me communiquer le motif d’une arrestation ». A quoi sert le ministère des Droits humains dans un pays où les agents  dits de sécurité sont « intouchables » et ne rendent compte qu’au chef de l’Etat?

Dans un communiqué daté du 12 septembre, l’association de défense des droits de l’Homme « La Voix des Sans Voix pour les droits de l’Homme » se dit « inquiète » de la « dégradation » de l’état de santé de Christian Lumu Lukusa, porte-parole de la Ligue des Jeunes de l’UDPS (JUDPS).

Kalev Mutondo
Kalev Mutondo

Depuis le 22 novembre 2017, cet activiste politique est détenu « sans jugement ni droit de visite » dans un cachot de l’Agence nationale de renseignements (ANR), situé au cabinet de l’administrateur général, le très antipathique Kalev Mutondo. Et ce, après avoir été « enlevé » devant un supermarché à la 7ème rue de la commune kinoise de Limete.

UN ETAT DANS L’ETAT

Dépendant du seul « Joseph Kabila », l’ANR se comporte en milice au service d’un clan. C’est un Etat dans l’Etat. Elle n’est soumise ni au contrôle démocratique du Parlement encore moins à celui des autorités judiciaires. Quid du gouvernement qui dispose, aux termes de l’article 91-4 de la Constitution, « de l’administration publique, des forces armées, de la police nationale  et des services  de sécurité »? Et pourtant, les agents de renseignements ont le statut d’OPJ (Officier de police judiciaire). Ils sont censés agir sous l’autorité hiérarchique du ministère public (parquet).

Cela fait dix mois que des « james bond » de l’ANR restent muets sur le motif de privation de liberté à ce militant de l’UDPS. On imagine qu’il est question d’une « affaire politique » du genre « offense au chef de l’Etat ». Un chef de l’Etat qui exerce un pouvoir inconstitutionnel depuis le 19 décembre 2016. Seulement voilà, la santé de Christian Lumu se détériore.

Selon des informations obtenues par la « VSV », Lumu souffrirait de la « pleurésie pulmonaire ». Les responsables de l’ANR restent sourds aux demandes formulées pour lui prodiguer des soins. Une situation que la « VSV » qualifie de « violation grave des droits humains ».

Pour cette association, le maintien en « détention prolongée et arbitraire » d’un justiciable – sans présentation devant l’autorité judiciaire compétente alors que la garde à vue ne peut excéder 48 heures – relève des pratiques anachroniques indignes d’un Etat de droit. La « VSV » exige la libération « sans conditions », du porte-parole de la JUDPS.

PONCE PILATE

Interrogée par RFI sur le motif de détention de ce jeune homme, la ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa a adopté la posture de Ponce Pilate en avouant son impuissance face aux prédateurs des droits et libertés. « L’ANR n’est pas tenue de me communiquer le motif de l’arrestation », a-t-elle déclaré.

A quoi sert, dès lors, un ministère des « Droits humains » si son titulaire n’a même pas du cran pour rappeler aux responsables des services publics dits de sécurité qu’ils ne sont pas au-dessus des lois et qu’ils doivent conformer leurs actes aux principes contenus dans la Constitution? Ce ministère ne serait-il qu’un alibi pour la consommation extérieure?

Qu’attend-on du ministre des Droits humains?

Christian Lumu Lukusa

On attend du responsable de ce secteur de penser moins à sa carrière et à défendre des principes. Ce membre du gouvernement devrait faire preuve d’intransigeance en interpellant ses collègues en charge notamment de l’Intérieur et de la Justice sur le principe selon lequel « la liberté est la règle, la détention l’exception ». On attend également de ce membre du gouvernement d’être intraitable sur le droit reconnu à chaque personne arrêtée d’être « immédiatement informée des motifs de son arrestation ». On attend enfin de lui qu’il exige de ses collègues précités un rappel à l’ordre des « services » sur l’obligation constitutionnelle de relâcher l’individu gardé à vue au-delà de 48 heures à défaut de mettre celui-ci à la disposition des autorités judiciaires.

Au lieu de se lancer dans des polémiques dérisoires pour déployer son talent d’éloquence, l’actuelle ministre des Droits humains devrait rappeler à son collègue de la Justice quelques « lois » qui régissent ce service public. Il s’agit de l’efficacité et de l’égalité.

Dans le premier cas, les justiciables ne demandent rien que la réduction des délais pour rendre une décision de justice. L’égalité, elle, saute aux yeux. Christian Lumu Lukusa serait-il moins Congolais que l’ex-chef milicien Gédéon Kyungu Mutanga, chouchouté par le pouvoir?

Personne n’attend franchement que l’actuel titulaire de ce ministère fasse des miracles. On attend d’elle au moins qu’elle assume ses responsabilités en lieu et place de déclarer son impuissance à l’image du Procurateur romain. L’ANR n’est ni plus ni moins qu’un service public…

 

Baudouin Amba Wetshi

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