Election présidentielle du 30/12/2018: Nouveau rebondissement!

La salle d’audience de la Cour constitutionnelle à Kinshasa était noire de monde – sans jeu de mots – le mardi 15 janvier. C’était à l’occasion de l’examen du recours introduit par Martin Fayulu en contestation des « résultats provisoires » de l’élection présidentielle. Pendant que le procureur général demandait à cette haute cour de déclarer la requête de Fayulu « non-fondée », le très influent journal londonien « Financial Times » et d’autres médias internationaux révélaient des « données » ayant « fuitées » de la Ceni (Commission électorale nationale indépendante). Des données qui confirmeraient le candidat de Lamuka comme « vainqueur » de la présidentielle. Fraudeur impénitent, « Joseph Kabila » « lègue » aux Congolais non seulement un champ de ruines mais surtout un « héritage » sous la forme d’une bombe à retardement.

Sous d’autres cieux, l’élection se déroule dans une ambiance festive. Bon enfant. Les citoyens sont détendus voire souriants au moment de glisser leur bulletin dans l’urne. Engagée sur le tard dans la voie démocratique, l’Afrique subsaharienne – à quelques exceptions près -, fait bande à part. Ici, chaque consultation électorale prend l’allure d’une « pré-guerre civile » avant, pendant et après le vote. Des vies humaines sont broyées dans un duel dont le but reste le contrôle de l’appareil d’Etat, les privilèges et les ressources qui s’y rattachent.

Félix Tshisekedi Tshilombo

Près d’une semaine après la proclamation de la « victoire » de Félix Tshisekedi Tshilombo à l’élection présidentielle par la Ceni, la tension tarde à retomber. La polémique continue à faire dans la mesure où l’annonce de la Ceni a été, dès le jeudi 10 janvier, contestée par les évêques de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo). Ceux-ci se sont gardés de donner le nom du « vainqueur ».

Convaincu d’en être un, Martin Fayulu a donné, vendredi 11 janvier, des chiffres en sa possession. Selon lui, l’ordre d’arrivée se présenterait comme suit: Fayulu 61,51%, Félix Tshisekedi 18,86%, Emmanuel Ramazani Shadary bouclerait la boucle.

Mardi, les Congolais de l’intérieur et ceux de la diaspora avaient les yeux rivés sur la Cour constitutionnelle. Depuis le jeudi 10 janvier, le Congo-Kinshasa parait divisé. Il y a d’une part, ceux qui considèrent l’accession de « Félix » à la tête de l’Etat comme une garantie de l’alternance démocratique. De l’autre, il y a ceux qui estiment que le changement n’a pas eu lieu.  Aussi, exigent-ils la « vérité des urnes » impliquant notamment le recomptage des bulletins vote pour apaiser les esprits.

« REQUÊTE IRRECEVABLE »

Ce dernier avis a été balayé mardi par le revers de main par le procureur général près la Cour constitutionnelle. Et ce après avoir écouté les joutes oratoires entre les avocats de Fayulu et ceux de Tshisekedi. Le représentant du ministère public a demandé à cette haute cour de confirmer les « résultats provisoires » de l’élection présidentielle annoncés par la Ceni. Au motif, selon lui, que le requérant Fayulu Madidi n’avait pas « qualité » pour saisir la Cour en tant que coordonnateur de la coalition politique « Dynamique de l’opposition ». La requête doit, de ce fait, être déclarée « non-fondée ». Bref, « irrecevable ».

A l’appui de son réquisitoire ou avis, le représentant du ministère public a estimé que le requérant Fayulu aurait déposé une requête mal formulée en posant plusieurs exigences qu’il juge « contradictoires ». A savoir: l’annulation du scrutin, le recomptage des voix et la dénonciation de la suspension des élections à Beni ville, Beni territoire ainsi qu’à Yumbi dans la province du Maï-Ndombe. Le magistrat reproche, par ailleurs, à Fayulu de n’avoir pas administré les preuves des procès-verbaux qu’il assure détenir. Il en serait de même des fiches des résultats électoraux.

Selon une dépêche de la très officielle Agence congolaise de presse datée du 15 janvier, la décision de la Cour constitutionnelle interviendra « dans les délais prévus par la loi ». Sauf surprise, les neuf juges prendront un arrêt conforme à l’ « avis » donné par le procureur général.

Alors que l’on croyait la « cause entendue », voilà que plusieurs médias internationaux ont jeté, mardi, un nouveau pavé dans la marre. Il s’agit notamment de: Financial Times, TV5 Monde et RFI avec la collaboration du Groupe d’Etude pour le Congo (GEC).

« FRAUDEUR IMPÉNITENT »

Ces médias assurent avoir examiné 2.064 pages de documents estampillés « confidentiel » qui auraient « fuité » du serveur de la Ceni. Ces documents confirmeraient, à l’instar de la Cenco, que « le vainqueur de l’élection présidentielle n’est pas celui annoncé par la Ceni ». La Centrale électorale s’est empressé de qualifier ces révélations de « fake news »

Martin Fayulu Madidi

Sur son compte Twitter @MartinFayulu, le candidat de la coalition Lamuka à la présidentielle écrit: « Les enquêtes de @FT, @TV5Monde et @GEC_CRG renforcent la nécessité d’un recomptage des voix pour éviter le chaos en #RDC. Le choix du peuple doit être respecté. On ne peut pas continuer à se moquer des Congolais et de la communauté internationale ».

Fraudeur impénitent, chouchouté jadis par certains milieux occidentaux, l’homme qui se fait appeler « Joseph Kabila » – qui n’a jamais dit la vérité sur ses origines ni sur son parcours personnel ou sa véritable identité -, a usé des fraudes massives lors de la présidentielle de 2006 et 2011. Il a récidivé aux législatives du 30 décembre 2018 en faisant attribuer, à son « clan », 350 sièges de député. Il a fait de même aux provinciales où sa coalition « FCC » en faillite s’est arrogée 70% de sièges de député.

Après dix-huit ans d’incurie, « Kabila » « lègue » aux Congolais non seulement un champ de ruines mais surtout une « bombe à retardement » sous la forme d’un conflit fratricide Fayulu-Tshisekedi. Chaque jour qui passe, le pays semble faire un pas vers le point de non-retour.

Vivement un arbitrage pour éteindre ce qui ressemble bien à un « feu de brousse » aux conséquences incalculables. La solution ne passe assurément pas par la formation d’un gouvernement d’union nationale.

 

B.A.W.

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