Elections: L’ex-conseiller spécial Luzolo « découvre » la corruption

Opération de communication ou une réelle indignation? Candidat sénateur dans la province du Kongo Central, Emmanuel Luzolo Bambi Lessa a décidé de jeter l’éponge. L’ancien ministre de la Justice et conseiller spécial de l’ancien président « Joseph Kabila » en matière de Bonne gouvernance et de… lutte contre la corruption s’est vu exiger un « cadeau » par des « grands électeurs » que sont les députés provinciaux. Il a dénoncé l’affaire au procureur général (PG) près la Cour de cassation. Luzolo feint de découvrir ce que tout le monde savait. Les sénateurs sont élus au second degré par les Assemblées provinciales. (art.104-5 de la Constitution). Il en est de même des gouverneurs de province et de leurs adjoints.

Dans sa lettre de « dénonciation » adressée au procureur général près la Cour de cassation en date du 20 février 2019, Luzolo Bambi Lessa fait état d’une « tendance générale de la corruption » qui régnerait en prévision de l’élection des sénateurs et des gouverneurs de province prévue en mars prochain.

Se reportant aux « premiers éléments d’informations » obtenus par ses services, Luzolo note que cette « corruption générale » serait l’œuvre tant des députés provinciaux que des candidats sénateurs ou gouverneurs. Ces derniers négocieraient avec les premiers l’achat de leurs voix.

Corneille Nangaa (CENI)

L’ancien conseiller spécial chargé notamment de la « lutte contre la corruption » et le « blanchiment des capitaux » demande au PG près la haute juridiction précitée non seulement d’ouvrir une « information judiciaire » mais aussi d’ « inviter » la Commission électorale nationale indépendante (CENI) « à prendre des mesures conservatoires pour conjurer ces mauvaises pratiques ».

Quarante-huit heures après avoir saisi les autorités judiciaires, Luzolo Bambi a signifié au Président de la CENI le retrait de sa candidature préférant rester cohérent avec ses « valeurs ». Est-on face face à une opération de communication ou une réelle indignation?

En tous cas, l’indignation exprimée par Emmanuel Luzolo prêterait à sourire. L’homme chargé par l’ancien président « Kabila », en 2015, de combattre cette espèce de « cancer » feint de découvrir un phénomène qui fait rage tant dans le monde politique qu’au sein de l’appareil judiciaire. Sans omettre l’enseignement et les hôpitaux. Tout se vend, tout s’achète!

Arrivé au pouvoir le 26 janvier 2001, « Joseph Kabila » n’a commencé à s’intéressé à cet épineux dossier qu’à partir de 2009. Au cours de cette année, il évoqua l’idée de nommer un « conseiller spécial », rattaché à son cabinet, avec pour mission de lutter contre les « passe-droits ». En réalité, cette annonce constituait un aveu d’échec de l’appareil judiciaire. En « grattant » un peu, il apparaît que cette annonce était, en fait, destinée à la  « consommation extérieure ». Pour preuve, « Kabila » ne matérialisera ce projet qu’en…  2015. La « tolérance zéro », claironnée au début, s’est muée en tolérance tous azimuts.

LES INTOUCHABLES

Durant les quatre années au cours desquelles ses services ont « traqué » les « corrompus » et les « corrupteurs », Luzolo a eu à affronter un mur infranchissable derrière lequel se terrent des « intouchables ». C’est le cas notamment de certains mandataires publics mais aussi des « hommes d’affaires » libanais et indopakistanais bénéficiant de divers parapluies.

Pire, l’opinion congolaise a encore frais en mémoire les potins de l’ancienne Assemblée nationale selon lesquels la « mouvance kabiliste » soudoyait, via le le chef de son groupe parlementaire, les députés nationaux à la veille du vote de certains textes légaux. On parle ici de « motivation ».

L’opinion congolaise a souvenance des cas de « chantage » à la motion de censure initiée par certains parlementaires indélicats. Des « motions » qui finissent par être classées contre des espèces sonnantes et trébuchantes. La presse kinoise en avait fait largement échos. Ces faits n’avaient guère ému les autorités judiciaires. 

S’il est vrai que les Congolais n’ont pas attendu « Joseph Kabila » pour découvrir les « dessous de table » ou « Madesu ya bana », il n’en demeure pas moins vrai que le successeur de Mzee s’est révélé un véritable « orfèvre » en matière de subornation des officiels.

Le Tout-Katanga-politique se rappelle encore du « grand jeu » que l’homme avait sorti au lendemain du démembrement du « Grand Katanga » en quatre nouvelles provinces: Haut Katanga, Haut Lomami, Lualaba et Tanganyika. C’était en septembre 2015.

« Jaynet Kabila »

Pour barrer la route aux candidats proches de Moïse Katumbi lors de l’élection de nouveaux gouverneurs en 2016, « Jaynet » est descendue sur le terrain pour « distribuer » des milliers de billets verts aux députés provinciaux tout en menaçant les récalcitrants. Les parlementaires provinciaux étaient sommés de donner leurs voix uniquement aux postulants adoubés par le « raïs ».  

PARI RISQUÉ

Lors de son investiture le 24 janvier dernier, le président Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avait réaffirmé sa volonté de combattre les anti-valeurs que sont notamment la corruption et l’impunité. Blasés par des promesses antérieures du même genre, les Congolais attendent de juger sur pièce.

S’adressant à des Congolais de la diaspora lors de sa visite de travail, du 26 et 27 février, à Windhoek, en Namibie, « Fatshi » n’a pu s’empêcher de revenir sur la question relative à la corruption dénoncée ici et là. A quelques semaines du vote des sénateurs et des gouverneurs de province. On le sait, un de ses proches, en l’occurrence Vidiye Tshimanga, avait renoncé aux élections sénatoriales pour les mêmes raisons invoquées par Luzolo Bambi. 

Pour le nouveau chef de l’Etat, la solution à ce « mal » serait d’étendre le suffrage universel direct aux élections provinciales. Le peuple congolais pourrait, selon lui, voter directement les sénateurs ainsi que les chefs des exécutifs provinciaux.

Fatshi a, par ailleurs, engagé le pari risqué en clamant haut et fort sa volonté de faire éradiquer ce fléau au cours de son mandat…

 

B.A.W.

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