Grandeur et décadence de Businga (Suite et fin)

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Businga est le centre administratif du territoire du même nom. Avec les territoires de Bosobolo, Mobaye-Mbongo et Yakoma, il forme la province du Nord-Ubangi. Du haut de ses 17.411km² et de ses 394.281 habitants en 2004, il est le territoire le plus grand et le plus peuplé. Par ailleurs, Businga est l’unique subdivision administrative qui ne partage aucune frontière avec la République Centrafricaine. Subdivisé à son tour en trois secteurs, Businga, Bodangabo et Karawa, le territoire est le « pays » de quatre grandes ethnies: les Mbanza, les Ngbaka, les Ngbandi et les Ngombe. Il accueille aussi une importante communauté des Mbuza de la province voisine de la Mongala. Sur la route de Karawa, il existe même des villages où les ethnies cohabitent. Tel est le cas des villages Bobale, Bombanza et Bukongo où vivent en parfaite cohésion sociale les Mbanza et les Ngbaka.

Offrant aujourd’hui l’aspect d’un grand village, comme tous les bourgs du pays naguère florissants, Businga fut construite suivant la dichotomie spatiale et sociale de la ville coloniale, dichotomie immortalisée par les Deux Tanga dans « Ville cruelle », le premier roman de Mongo Beti signé sous le pseudonyme d’Eza Boto, avec la partie basse le long de la rivière pour les immigrés européens arrogamment autoproclamés expatriés et la partie haute ou cité pour les propriétaires terriens négativement qualifiés d’indigènes.

Pont symbole de Businga

Un pont métallique colonial long de 90 mètres et large de 7 mètres sert de symbole à Businga. Cet ouvrage est unique au monde quand on sait qu’à partir de lui, une rivière change de nom; ce que très peu de gens savent y compris parmi les habitants de Businga eux-mêmes. La rivière Dua coule en aval du pont, enrichie par ses nombreux affluents dont Ebola à 10 km et Lokame à 2 km. Sous le pont se trouve une source en dessous des eaux de la Dua. Dès cet instant, la rivière change de nom et devient la Mongala, l’un des affluents du majestueux fleuve Congo. Le port de Businga, lui, est construit en aval à plus ou moins 2 km. En fait de port, on a une succession d’entrepôts dans un même site où viennent accoster bateaux et baleinières, sans que la berge n’ai été aménagé. Entrepôts de Scibe-Congo, ONATRA, Eglise catholique, et Centre de développement agricole et industriel (CDAI), une création de Mobutu. Un autre entrepôt se situe un plus loin en amont. Il serait en passe de conclure une joint-venture avec la société Congo Futur.

Situé à 140 km de Gbadolite au Nord, 160 km de Gemena à l’Ouest via Karawa (85 km) et 200 km de Lisala, chef-lieu de la province de la Mongala, au Sud-est, le bourg de Businga fut construit avec l’ambition de servir comme centre commercial du Nord-Ubangi. Il y a d’abord le port. Son plus grand succès est d’avoir facilité la construction de Gbadolite et du barrage de Mobaye-Mbongo, avec un certain Demolin comme transporteur principal des matériaux de construction. Demolin, l’un des mercenaires belges aux côtés de Jean Schramme. Businga a bénéficié de nombreux autres atouts. On peut citer l’ONATRA et son camp de travailleurs. On peut également citer le terminal de Petro Congo qui deviendra SEP Zaïre/Congo. A 15 km sur la route de Lisala, la scierie du Belge Crèvecœur. Plus loin à 40 km, précisément à Bosemojebo, des grandes plantations d’hévéa, palmiers et café, avec ailleurs des concurrents en puissance tel que Scibe-Congo. Que dire alors de la présence bénéfique, en termes d’emploi et de développement, des Portugais dans le commerce. Ici vivaient les familles Alves, Amaral, Dias, Mendes, Nogueira, Quebo, etc. Au-dessus de tout ce bouillonnant microcosme économique régnait la Compagnie cotonnière congolaise (Cotonco) avec ses œuvres sociales: camp de travailleurs, approvisionnements en eau potable et dispensaires pour les travailleurs.

Le coton et les métiers à tisser rudimentaires existaient déjà dans l’espace précolonial congolais. Dans son livre « Description de l’Afrique » (1668), qui constitue encore aujourd’hui un ouvrage fondamental pour les africanistes, l’humaniste néerlandais Olfert Dapper mentionne les couvre-chefs exclusifs en coton blanc du roi Kongo et de ses dignitaires. Avant la création de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) par le roi des Belges Léopold II (1885-1908), ses concurrents puis alliés arabisés avaient introduit de nouvelles semences au Kasaï et en Uélé. Pendant l’EIC, d’autres nouvelles semences seront introduites en provenance de contrées lointaines dont les Etats-Unis. En publiant le décret du 1er août 1921 définissant le régime cotonnier au Congo Belge (la culture, l’achat, l’égrenage et le transport du coton), la Belgique avait imposé comme programme à sa colonie de lui « fournir les 40.000 tonnes de coton qu’elle achetait annuellement aux Etats-Unis ». La colonie fera mieux que cela. Si dans toutes les zones cotonnières les usines permettaient simultanément d’égrener, de désinfecter les graines de coton et de presser le coton-fibre en balles pour l’exportation ou pour l’industrie créé à Léopoldville, équipée de matériel de filature et de tissage le plus moderne pour la transformation du coton brut en divers tissus de qualité, l’usine d’égrenage de Businga, elle, avait une longueur d’avance. Elle produisait également de l’huile de coton, deuxième usine du genre en Afrique subsaharienne. Avec les tourteaux des graines de coton, elle produisait des biscuits distribués dans les écoles.

Tout cet élan pour un développement radieux de Businga et du pays tout entier fut brisé par un homme en 1973. Soucieux de promouvoir une classe d’hommes d’affaires nationaux mais ne sachant comment s’y prendre rationnellement, le dictateur à la toque de léopard a tout simplement laisser son instinct de prédateur procéder à l’expropriation des biens commerciaux et des propriétés foncières appartenant à des ressortissants ou groupes financiers étrangers, tout en trompant son peuple que c’était de la confiscation pure et simple alors que les compensations financières à l’égard des propriétaires alourdissaient la dette du pays. A Businga, la zaïrianisation, nom de cet holdup, a vu Jean Bolikango, homme politique né à Léopoldville d’une famille originaire d’Ubangi près de Lisala, s’emparer des plantations de Bosemojebo avant qu’elles ne lui soient plus tard ravies par Mobutu lui-même puis rétrocédées à la chute de ce dernier. Un certain Konzapa de la famille Litho Moboti fit main basse sur la Cotonco avant que l’entreprise ne passe entre les mains de Seti Yale, Monsieur Sécurité et l’un des métis Ngbandi de l’entourage de Mobutu. Dans tous les domaines d’activité économique, ce fut le partage du gâteau entre Mobutu et ses proches. De manière générale, les nouveaux propriétaires que l’humour noir a baptisés « acquéreurs » par erreur ont fait faillite. Comme partout ailleurs sur toute l’étendue du territoire national. La Cotonco, elle, tournait au ralenti quand les rebellions de l’AFDL et du MLC lui ont porté l’estocade. Ce qu’un guide mis gracieusement à ma disposition par l’Initiateur et Directeur général de l’ISP m’a fait visiter, le cœur serré, ce ne sont que des friches industrielles, à l’exception d’un bâtiment délabré dégageant de la moisissure, loué par l’ISP.

Une « école typique » sur la route entre Karawa et Businga

Mobutu a mis à genoux l’avenir de Businga de même qu’il a plongé dans le coma le destin du pays tout entier avant que les gouvernements successifs des gangsters, avec Joseph Kabila comme chef de bande, ne viennent lui assener le coup de grâce. Les tronçons de route Karawa-Businga, Businga-Gbadolite et Businga Lisala constituent un calvaire non seulement pour les camions mais aussi pour les motos et les vélos. Le long des 85 kilomètres de Karawa à Businga, je ne croise aucun véhicule à l’aller comme au retour. Les « wewa » si populaires ailleurs comme à Karawa sont rares. Avant mon voyage, une vidéo avait fait le buzz dans les réseaux sociaux congolais. Il s’agissait d’une école primaire dont le bâtiment était juste un abri construit avec des rameaux. L’humour noir l’avait baptisé « Ecole Bakonga », du nom de l’ex-ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique Willy Bakonga aujourd’hui condamné à trois ans de prison pour le transfert à l’étranger de plus de 10.000 dollars et pour la dissimulation de l’origine réelle de biens. Je prenais la réalité « Ecole Bakonga » pour un cas isolé. Mais de Karawa à Businga, toutes les écoles primaires sont des « Ecoles Bakonga ». Au retour, je m’arrête pour échanger avec les enseignants de l’Ecole primaire Malingoi à 15 km de Karawa. A voir la réalité de cet établissement de 380 élèves majoritairement de sexe féminin, à voir les tableaux et les bancs ainsi que la misère qui se dégage des accoutrements des enseignants dont trois seulement sont immatriculés, je me dis que les dirigeants congolais sont des criminels. En cas d’un Nuremberg pour crimes contre la nation, la pendaison ne leur suffirait même pas comme peine.

Toujours dans le domaine de l’éducation, le Service de contrôle de paie des enseignants (SECOPE) de Businga se fait des migraines. Le gouvernement central a signé un contrat avec l’ONG Caritas du diocèse de Molegbe à Gbadolite pour assurer cette paie. Celle-ci est confrontée aux braquages sur la route Gbadolite-Businga. Le dernier en date, en mai 2021, a été évité de justesse grâce à l’intervention des FARDC en renfort aux policiers, avec des blessés de part et d’autre. Confrontée à cette situation, Caritas, qui a l’obligation des résultats, retiendrait 3.000 FC à chaque enseignant pour ce transport risqué. Pour l’incident de mai dernier, ce sont 6.000 FC qui auraient été retenus ainsi; ce qui ressemble à un détournement. Le gouvernement central serait-il au courant?

Il n’existe à Businga qu’un seul magasin digne de ce nom. Alors que le litre d’essence coûte 2.800 FC à Gemena, il revient à 4.000 FC à Businga. Les bateaux de l’ONATRA n’y arrivent plus. Depuis des lustres, les grandes citernes de SEP Congo sont désespérément vides de plein. Plusieurs vélos bien ornés sillonnent les rues de Businga. Sur leurs porte-bagages, des morceaux d’éponge couverts par des nappes aux multiples couleurs. Ces vélos, ce sont les fameux « Toleka ». Des taxis au versement journalier oscillant entre 2.000 et 2.500 FC. A l’ISP comme à l’ISTEM, les autorités académiques doivent fractionner les frais divers jusqu’à l’infini pour permettre aux étudiants, évoluant dans un univers de pauvreté endémique, de s’en acquitter parfois au-delà de l’année académique. Prendre un verre de bière fraîche à Businga? Un rêve. Le générateur de l’unique « nganda » du port qui pouvait le permettre est en réparation depuis des mois à Gemena.

A Businga, je me rends également compte combien mon pays est tombé plus bas que terre. Ici comme ailleurs dans le Sud et Nord-Ubangi, les ressortissants des ex-provinces du Bandundu, Bas-Congo et les deux Kasaï font bloc socialement puisqu’unis dans une même amicale de fraternité. Un major FARDC originaire du Bas-Congo déployé à Lisala meurt à Businga où vit son épouse pendant mon bref séjour. L’amicale se mobilise pour le transfert de son corps à Lisala. On attache verticalement des sticks au porte-bagage d’une moto. Avec des liens, on s’arrange pour que le corps du défunt fasse corps avec ces sticks. Et le cortège funèbre peut commencer son voyage, l’épouse éplorée suivant sur une autre moto. Une scène d’horreur qui me laisse les yeux inondés de larmes de révolte. Une armée nationale incapable de prendre en charge l’organisation des funérailles d’un officier pendant que le président de la république dénonce les « magouilles » au sein de cette grande muette.

Outragé et martyrisé par l’incurie de la caste enchanteresse des hommes du pouvoir, à l’instar du reste de l’arrière-pays, Businga dont les potentialités économiques en produits vivriers, de rente, de la chasse, de la pêche, de la cueillette et du bois se laissent découvrir aisément et de manière féerique lors du marché hebdomadaire de samedi peut vite renaitre de ses cendres à condition que les pouvoirs central et provincial s’écartent de la longue tradition de prédation instaurée par Mobutu et exacerbée par la « Kabilie » pour que l’Etat congolais joue enfin son rôle d’assurer le bien-être de la population et de rechercher de manière permanente son mieux-être. Pour cela, l’impulsion viendrait de la mise à profit d’une merveille de la nature située à moins d’une dizaine de kilomètre du centre-ville.

J’avais entendu parler de cette merveille en visitant Karawa en février 2018. Quand j’en parle à Businga, plusieurs notables l’ignorent totalement et ceux qui en savent quelque chose ne l’ont jamais visitée. Après avoir loué deux motos, l’une pour transporter un notable qui accepte de m’accompagner, je traverse la rivière Lokame à plus ou moins 2 km de l’Hôtel Papa David, là où cette rivière se jette dans la Dua. La voie qui s’ouvre à la rive gauche est un sentier de 40 km en « pays » Ngbandi. Jusqu’à 17 km, il a bénéficié d’un projet de l’agence onusienne UNOPS, basée à Gbadolite, consistant à installer des buses pour faciliter les mouvements des piétons, cyclistes et motocyclistes au niveau des ruisseaux. A 3 km, au village Senga, je m’arrête pour me présenter auprès du chef du Groupement Bogoro-Senga, Mr. Ekalia Mbala. Il règne sur les trois villages de Senga, Bogoro et Bokuma qui comptaient 3.740 habitants en 2006. Il m’informe que ses deux épouses sont des sœurs issues d’un même père et d’une même mère. Je le taquine en lui disant qu’il marche sur les pas de Mobutu avec ses deux épouses sœurs jumelles. Quand je lui apprends que son nom, Mbala, restera facilement gravé dans ma mémoire parce que je suis d’ethnie Mbala ou Bambala dans la province du Kwilu, nous sympathisons immédiatement. Cependant, il m’exhorte à rebrousser chemin afin de lui donner le temps de bien préparer ma visite à la merveille. Il m’offre une tortue vivante en guise de cadeau et indique qu’en ma qualité de Mbala, je dois savoir comment rendre visite à un chef traditionnel. Il me demande ce que ses épouses pourraient bien préparer pour moi à la prochaine visite. Quand je réponds « frites de manioc », ses épouses et lui-même se sentent aux anges.

Le 6 juillet, je reviens le voir accompagné de deux notables de Businga qui n’ont jamais entendu parler de la merveille de la nature dont je parle. J’ai tout ce que le chef de groupement avait demandé: des noix de cola, des paquets d’allumettes, des paquets de cigarette, une bouteille d’une liqueur traditionnelle appelée « Agene », du sel, du café, du sucre et une petite enveloppe de billets de banque. J’ai également prévu des cadeaux pour ses épouses. Le convoi auquel s’ajoute la moto du chef de groupement conduite par l’un de ses fils démarre pour s’arrêter au village Bokuma, situé à 8 km de Businga. Des pisteurs pour qui les multiples sentiers de la jungle n’ont pas de secret doivent me prendre en charge. Ils nous devancent à pied. Le convoi les retrouve à plus ou moins un kilomètre et demi plus loin. Nous laissons les motos sous la surveillance des deux jeunes gens. Nous nous enfonçons dans un sentier plus étroit dans la jungle. Trois pisteurs ouvrent la marche suivis par le fils du chef de groupement, le chef, moi-même, les deux notables de Businga et deux autres pisteurs ferment la marche. En bas, la jungle est clairsemée. En haut, la canopée nous enveloppe entièrement au point de nous cacher non seulement le soleil mais aussi ses rayons qui apparaissent çà et là. Nous traversons deux ruisseaux puis un marécage dans lequel je tombe, n’étant pas habitué à marcher avec des « godjo » (bottes en caoutchouc) que j’ai achetés sur le conseil du chef de groupement. Les pisteurs s’empressent autour de moi pour me relever. Alors qu’ils nous avaient parlé de 45 minutes de marche pour atteindre la merveille, c’est après deux bonnes heures que celle-ci s’offre à nous. Les rapides Komolo sur la rivière Lokame. Ils sont là depuis l’aube des temps, avec leur incroyable potentiel électrique. Pendant ce temps, Businga reste plongé dans le noir. Je demande une trentaine de minutes au chef pour que je puisse me rassasier du spectacle pendant que nous grignotons les frites de manioc avec de la viande de sanglier grillé, délicieusement préparés par ses deux épouses. Le chef me retorque que je n’ai encore rien vu en cette fin de saison sèche où les eaux sont à leur plus bas niveau. Il m’invite à revenir de préférence au plus fort de la saison de pluie.

Le lendemain de ma visite à Komolo, la nouvelle se répand qu’un projet de construction de barrage est en voie de concrétisation. Je reçois à mon hôtel trois cadres du PPRD déçus de la « Kabilie » et passés avec armes et bagages à l’Union sacrée. Ils m’exhibent un document intitulé « Activité PPRD dans le territoire de Businga » dont ils ont fait une copie réservée pour moi. On peut y lire: « Dans le cadre de la réalisation des grandes promesses du chef de l’Etat, une délégation de la SNEL Kinshasa séjourne dans le territoire de Businga depuis le 29 mai 2016. Ce mercredi 01 juin 2016, la délégation a effectué une visite de la chute de Komolo dont voici un extrait exprimant le besoin supérieur de la population ». Les « grandes promesses du chef de l’Etat », un véritable écran de fumée destiné à voiler pendant 18 longues années le pillage de l’Etat congolais et la désarticulation des institutions de la république par un objet politique non identifié. Je déments énergiquement être à Businga pour quelque projet que ce soit, me présentant une fois de plus comme un simple touriste. Je promets toutefois de faire écho de ma visite touristique dans les médias. Acta fabula est!

 

Mayoyo Bitumba Tipo Tipo

13 Commentaires on “Grandeur et décadence de Businga (Suite et fin)

  1. @Mpangi Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo,
    Votre pays, tombé plus bas que terre, est dirigé par des gens qui s’autorisent des chaussures à plus de 8000 euros et leurs distinguées dames se pavanent avec des sacs à plus de 80.000 euros. Je ne vous parle même pas de leur boulimie pour des entrecôtes dorées…
    En attendant que Jésus revienne sur terre réparer cette incurie, les écoles Bakonga préparent nos enfants à un avenir radieux…
    Mais chut…on ne dit rien !

  2. Quel talent de raconter les faits réels tout en nous faisant découvrir l’arrière-pays de la RDC. Écrire magistralement, raconter les histoires humaines avec des détails qui font ‘pleurer’ tellement la misère décrite est injustifiée au regard des potentialités de la nature, tenir en haleine le lecteur comme dans un thriller captivant, … vraiment belle écriture simple et efficace, une autre démonstration de ton talent pour écrire. Continue ainsi Mayoyo Bitumba d’émettre un rayon de soleil dans ce monde des grands hommes d’Etat dont le slogan « Peuple d’abord » est sans doute le fil d’ariane qui guide leurs actions.

  3. Sacré Mayoyo Tipo-Tipo.
    Je lis et relis avec délectation vos carnets de voyage. A mes yeux, vos récits ressemblent aux reportages des exploiteurs européens de la seconde moitié du 19è siècle, plus que d’un touriste. Tellement le Congo a reculé d’un siècle. Deux observations s’impose de mon point de vue..
    1. Mongala-Dua.
    Selon une anecdote, l’explorateur qui avait découvert la Mongala aurait posé la question aux indigènes:  » comment s’appelle cette rivière »? Ceux-ci lui auraient répondu: « mongala ». En patois bobangi, patois de Makanza, ancêtre de la langue lingala, « mongala » est l’équivalent du mot français  » rivière ». Le terme lingala « mongala  » ,nom commun pour désigner une rivière est devenu le nom propre de la rivière Mongala qui a donné son nom à la province..
    Dua en patois benza/genza et ngombe, c’est l’équivalent en français de l’eau ( l’eau à boire), rivière, ou source. Les babenza sont une tribu très proche de ngombe sur le plan linguistique et un peu de mbuza. On les trouve dans les Territoires d’Aketi dans le Bas-Uélé, dans certains secteurs du Territoire de Bumba, dans le Territoire de Lisala (Province de la Mongala) et dans le Territoire de Banalia dans la Province de Tshopo. A Aketi et à Bumba on les appelle Babenza, à Lisala les genza. Souvent on les confond avec les mbuza. Je pense que ceux que vous appelez « communauté mbuza » à Businga, ce sont les babenza. Les mbuza ,on les trouve essentiellement dans le Territoire de Bumba, dans la Province de la Mongala. Presque nulle part ailleurs.
    Sur les anciennes cartes,après Businga,la Mongala s’appelle Mongala-Dua. Sa source se trouve dans le Groupement Yalisika, Secteur Yandongi,Territoire Bumba, en plein pays babenza.
    2 Virus Ebola et rivière Ebola.
    Il y a bel et bien un lien entre le virus Ebola et la rivière Ebola.
    Le virus Ebola est apparu pour la première fois à la Mission Catholique Yambuku, Diocèse de Lisala, Secteur Yandongi,
    Territoire de Bumba. C’était en septembre 1976. Le Dr Muyembe y avait beaucoup travaillé. Le virus avait fait plus ou moins 300 victimes, dont les missionnaires belges : le Père Germain Lotens, Curé de la Paroisse et des religieuses. C’était beaucoup pour un petit village.
    On pensait que le curé aurait contracté le virus dans ses tournées dans les villages, dont certains étaient le long de la rivière Ebola. La première victime était Monsieur Mabalo, instituteur retraité qui accompagnait le curé dans sa pastorale des villages. Le curé lui-même a été la dernière victime.
    En 1976, c’était un virus nouveau . Il fallait lui donner un nom. On avait pensé l’appeler « Virus de Yambuku ». La population de Yambuku avait protesté. Elle n’avait pas voulu que son village soit tristement connu. C’est ainsi qu’on avait nommé ce virus :Virus Ebola. Il n’y aucun doute à cela. Je suis du patelin. J’avais vécu cela. J’avais perdu des proches.
    A cette époque, l’Etat existait encore. Ainsi la Mission Catholique Yambuku était mise en quarantaine, ensuite le secteur de Yandongi, et puis le territoire de Bumba et enfin la Sous-Région de la Mongala.
    Il n’est pas anodin de rappeler que avant la création de la Sous-Région du Nord-Ubangi par Mobutu, celle-ci faisait partie de la Sous- Région de la Mongala.

  4. Vous êtes fantastique cher compatriote Mayoyo! Votre façon d’écrire me donne toujours le goût de vous lire en entier sans laisser une phrase échappée. Votre carrière professionnelle de mbula matari n’a jamais changé votre manière de raconter vos récits de manière simple et limpide . Sentiments patriotiques!

    1. @Mayoyo Bitumba : Merci, je souscris pleinement à l’admiration que Mr @Roger MURHUZA porte à vos écrits. Manifestement vous voyagez beaucoup (Libéria, Provinces de la RDC, …)!

  5. Cher Compatriote Mayoyo, je joins ma voix à celle des autres lecteurs pour vous remercier pour ce récit, combien édifiant. Mais en rappelant ainsi à notre bon souvenir la misère noire dans laquelle croupissent encore nos compatriotes de l’arrière -pays, je crois que votre but premier, c’est d’abord de nous interpeller face à cet échec collectif, dont nous sommes tous responsables, d’une façon ou d’une autre. 32 ans après l’incurie du mobutisme et 18 ans de kabilie mortifère, sommes-nous certains d’avoir trouvé le bon bout avec Félix Tshisekedi pour sortir enfin la RDC du sous-développement endémique et abject dans lequel il patauge depuis presque 60 ans? A voir le spectacle guignolesque et nauséeux que nous offre actuellement la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, je suis en droit d’en douter. Dès lors, la question est: que faire pour rectifier le tir? Que ce récit de notre Compatriote Mayoyo puisse vraiment interpeller chacun de nous. A défaut, les « écoles Bakonga » ont encore de beaux jours devant elles.

    1. Cher chester,
      Hier, l’organisation internationale qui m’emploie m’a envoyé en mission dans une ville que je ne connaissais pas pour remplacer temporairement le chef de bureau décédé de la Covid-19. En apprenant mon identité de Congolais RDC, un groupe de 3 staffs de ladite organisation (Une Ougandaise, un Burundais et un Congolais RDC) qui organise leur cuisine ensemble m’a gracieusement pris en charge pour le souper. Pendant le repas, le Congolais, un jeune médecin Mukongo qui exerçait sa profession en Namibie avant de rejoindre pour la première fois cette organisation il y a deux mois, nous a appris qu’en Namibie, quand une institution recrute un ou plusieurs médecins, l’annonce spécifie clairement qu’on recherche un ou plusieurs « médecins congolais » (RDC). Preuve, s’il en fallait encore, que dans notre pays, ce qu’il faut changer, c’est le système politique et non l’homme. Les compétences, le Congo-Kinshasa en à revendre. Mais notre mauvais système politique, qui facilite l’ascension au pouvoir des médiocres et qui ne permet pas de contrôler le pouvoir du président de la république, ne peut que tirer notre peuple et la nation tout entière vers le bas. Comme je l’ai toujours recommandé, Imaginez un seul instant notre pays organiser la démocratie sur base des provinces et non des partis politiques ou « ligablo », avec la possibilité pour chaque province de se choisir, à travers ses élus aux législatives par exemple, un candidat à l’élection présidentielle et ses personnalités devant être sélectionnées par le détenteur de l’imperium pour la représenter à tous les niveaux du pouvoir central, pensez-vous que parmi toutes les compétences dont regorge le Katanga et la Kasai, des hommes comme Joseph Kabila ou Félix Tshisekedi allaient avoir la moindre chance même de se présenter devant les instances devant organiser ces représentativités provinciales ? Je ne pense pas. Nous avons un mauvais système politique. Mais depuis l’indépendance, nous nous plaignons comme s’il s’agissait d’une fatalité alors que notre devoir est de refonder l’Etat sur de nouvelles bases. A Businga, j’ai fait la connaissance d’un jeune exploitant de bois. Son défunt père qui était chef de secteur dans la province de la Mongala exploitait le bois avec des tronçonneuses. Lui, il venait d’acquérir une scie industrielle à $39.000, faisant mieux que son père. Son jugement sur l’incurie de nos gouvernants successifs ? L’Etat congolais ne peut pas être réformé. Il doit être repensé totalement.

  6. Un véritable plaisir de lire ce récit de notre frère Mayoyo Bitumba mais en même temps un regret insoutenable de voir à quel niveau notre pays est tombé. Ayant œuvré dans la Mongala au début des années 80, j’entendais souvent parler de Businga, de son port et de son rayonnement commercial et économique. Force est de constater que tout cela n’est aujourd’hui qu’un lointain souvenir, hélas!
    Tout jeune, j’entendais dire qu’avant 1960, on pouvait circuler à travers tout le territoire congolais en toutes saisons en voiture V.W. de l’époque. Dire qu’aujourd’hui avec une population , c’est-à-dire une main d’oeuvre potentielle, 7 fois plus importante, on n’est pas capable d’assurer la maintenance de ces routes même avec les méthodes d’antan, fait de nous des « animaux » proches de ceux de la forêt!
    Une telle incurie est à peine concevable! Comme le relève Jo Bongos, nous n’avons l’esprit qu’au luxe ostentatoire (montres de grande valeur, « jeeps », toilettes coûteuses, etc…) alors que la misère et la décrépitude autour de nous atteignent des niveaux insoutenables!
    Alors franchement, avons nous mérité de devenir un pays indépendant?

    1. Cher BOKULU NKOY,
      Il est possible de mettre un terme à notre penchant pour le « luxe ostentatoire ». Il suffit de se doter d’un système politique qui permette de contrôler les gouvernants, à commencer par le premier d’entre eux, le président de la république.

  7. Cher Mayoyo, c’est avec délectation que j’ai lu votre reportage. A plus d’un titre, c’est un récit dans la tradition des grands reportages tel qu’on nous enseigna à l’Institut de Journalisme: celle d’Albert Londres, Henry Morton… Il évoque aussi un passé, une époque où « tout marchait comme sur des roulettes ». Au temps béni de la colonie. Le nom de la grande société COTONCO et son implantation dans cette région me rappelle son implantation dans les Uélés. Mon père, un Belge, agent de la Cotonco dans les Uélés, était en charge de la filière cotonnière dans l’hinterland: du semis, de la récolte jusqu’à l’engrenage dans des usines à machines à vapeur. Mon grand-père « Napoléon », fut un chef machiniste veillant au bon fonctionnement de ces monstres appelés « locos « . Le reportage a le mérite de décrire, à l’instar de la Caverne de Platon, les activités de cette époque où « tout marchait comme sur des roulettes. » Le pouvoir colonial, dans sa politique de mise en valeur, avait implémenté un plan d’exploitation concerté et intégré. Des routes à terre battue régulièrement entretenues en toutes saisons, des nombreuses facilités offertes aux intrépides pionniers européens qui s’installaient dans l’arrière-pays inhospitalier, des missionnaires qui répandaient la « bonne parole « , une Administration publique efficace, des ports sur des cours d’eau, les échanges commerciaux… C’était le règne de la trilogie coloniale. On produisait coton, café, caoutchouc, cacao, bois, poissons, maïs, arachides, riz… A profusion. Pourquoi la République ne peut pas faire ce la colonie à fait en 82 années ? Toutes ces ressources existent encore. Bien plus, il y a une main-d’oeuvre abondante qui ne demande qu’à travailler. Le Ministère du Plan – qui, d’après moi, doit sortir du gouvernement – doit analyser les carnets de Mayoyo : tirer des leçons et élaborer un Méga plan pour la redynamisation du Nord agricole du pays.

    1. @Cher Jean-Marie Mabiti,
      Je vous invite à faire un exercice simple : prenez une feuille à double page. Sur l’une, notez tout ce que le pouvoir de Tshilombo a réalisé qui s’avère avantageux pour le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi à court, moyen et long terme. Sur l’autre page, notez les réalisations bénéfiques pour le Congo et les congolais. Ensuite, comparez sans passion, sans haine…de la vérité.
      Vous comprendrez pourquoi le Ministère du Plan ne peut analyser les carnets de Mayoyo et tirer des leçons et élaborer un Méga plan pour la ré-dynamisation du Nord agricole du pays. Le bouffon qui joue le rôle de ministre du Plan n’est pas là pour ça.

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