Haut-Uelé: Le « Gouv » sortant Lola Kisanga suspecté de « tentative de corruption »

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Les deux animateurs des Institutions de cette province affichent leur « désaccord » dans une affaire de commande – intempestive? – de vingt véhicules 4×4 pour les députés provinciaux. Un « cadeau » du gouverneur sortant qui est également candidat à sa propre succession. L’élection des gouverneurs de province et leurs adjoints est prévue le 10 avril prochain. Devrait-on conclure à une tentative de corruption?

Quelle mouche a pu piquer Jean-Pierre Lola Kisanga, gouverneur sortant de la province du Haut-Uélé et candidat à sa propre succession?

Afaounde Sumbu, FCC

Lundi 19 mars dernier, les députés provinciaux du Haut-Uélé ont élu les membres du bureau définitif de leur Assemblée. Le nouveau président de l’organe délibérant est étiqueté FCC (Front commun pour le Congo). Il s’agit du sieur Afaounde Sumbu.

Pendant que les nouveaux parlementaires provinciaux se préparent à élire, le 10 avril prochain, le nouveau gouverneur, une lettre tombe au bureau du nouveau « Speaker » provincial. L’expéditeur n’est autre que le chef de l’exécutif sortant en l’occurrence Jean-Pierre Lola Kisanga. La correspondance est datée du 21 mars 2019 soit 48 heures après la désignation du nouveau Président de l’Assemblée provinciale. 

Que dit Lola Kisanga? « J’ai l’honneur de porter à votre connaissance la commande par mon gouvernement (…) auprès de la société (…) basée à Dubaï aux Emirats Arabes Unis, (…), de 20 véhicules pick-up de marque Toyota Hilux double cabine 4×4 en faveur des honorables députés provinciaux du Haut-Uélé », écrit-il en liminaire.

Au moment où l’échiquier politique congolais est secoué par des soupçons graves de corruption dans les milieux des députés provinciaux, le gouverneur sortant, docteur en médecine de son état, prend les devants en invoquant les « fondements juridiques » de son acte. Il cite à l’appui les articles 109 et 197 de la Constitution. Les deux dispositions sont citées à tort.

Que lit-on? L’article 109 stipule notamment que… « les députés nationaux et les sénateurs ont le droit de circuler sans restriction ni entrave à l’intérieur du territoire et d’en sortir. Ils ont droit à une indemnité équitable qui assure leur indépendance et leur dignité. Celle-ci est prévue dans la loi des finances. Ils ont droit à une indemnité de sortie égale à six mois de leurs émoluments. (…)« . L’article 197, tel que modifié par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011, évoque, de manière générale, l’organisation, le fonctionnement et les missions de l’Assemblée provinciale.

TENTATIVE DE CORRUPTION?

Dans sa correspondance, le gouverneur met le tout nouveau Président de l’Assemblée provinciale devant le fait accompli en lui faisant savoir que « lesdits véhicules ont déjà été embarqués par voie maritime (…)« . Et ce depuis… le 2 mars.

La réponse du président Afaounde Sumbu est tombée comme une douche froide. Après avoir accusé réception de la missive du gouverneur, le « Speaker » provincial n’est pas allé par quatre chemins à donnant à ce dernier une « leçon de bonne gouvernance ».

Afaounde Sumbu fait remarquer à Lola Kisanga que la majorité des députés provinciaux « avec qui nous avions échangé à propos, émettons des doutes sérieux sur la légalité de la ligne budgétaire pouvant couvrir une telle dépense » et, ajoute-t-il, « surtout en ce moment délicat du processus électoral où les députés sont traités des corrompus dans certaines provinces ».

Cruel, le président de l’Assemblée provinciale conclut sa correspondance sur un ton moralisateur en exhortant le chef sortant de l’exécutif provincial à « affecter cet argent à la réhabilitation des routes dont notre population attend de vous comme exécutif ».

Toyota Hilux

Combien ça coûte? Selon les informations disponibles sur le « net », le prix d’un véhicule pick-up de marque Toyota Hilux double cabine 4×4 oscille entre 32.110 et 35.110 €.

Qui est Jean-Pierre Lola Kisanga?

Agé de 50 ans, docteur en médecine, l’homme a fait ses premiers pas en politique dans les rangs du mouvement rebelle pro-rwandais du RCD-Goma. Après le dialogue intercongolais organisé fin 2002 à Sun City, en Afrique du Sud, il est désigné vice-président de la Haute autorité des médias (CSAC). En 2004, il fait son entrée au gouvernement central où il aura en charge successivement des ministères du Travail et de l’Enseignement supérieur et universitaire. Il a dirigé l’ancienne province Orientale avant d’être élu sénateur.

La province du Haut-Uélé fait partie de ces collectivités territoriales congolaises qui peinent à mettre à la disposition de la population les services sociaux de base (les routes, l’eau, l’électricité, les soins de santé et une éducation de qualité etc.) de nature à rendre le cadre de vie plus engageant. 

A l’instar de ses pairs, le gouverneur sortant Jean-Pierre Lola Kisanga s’est manifestement trompé de priorité en faisant preuve d’une « générosité inopportune » que certains observateurs qualifient, à tort ou à raison, de tentative de corruption…

 

Baudouin Amba Wetshi

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