Jean-Jacques Lumumba « traqué » par le « clan des Tanzaniens »

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Dans sa rubrique « Confidentiel » (Contre-pouvoir), l’hebdomadaire « Jeune Afrique » (JA) rapporte dans son édition n°3020 datée du 25 novembre que le lanceur d’alerte congolais Jean-Jacques Lumumba a déposé, en date du 2 novembre dernier, une plainte au parquet de Créteil, dans la banlieue parisien. Sa vie serait menacée par des individus en provenance de l’Europe de l’Est.

D’après cet hebdomadaire parisien qui a pu consulter le procès-verbal d’audition, Jean-Jacques Lumumba dit avoir été approché par les « autorités belges ». Celles-ci l’ont prévenu de la présence en France et en Belgique d’individus, non encore identifiés, venant de l’Europe de l’Est. Mission: éliminer un certain nombre de personnes. L’ex-cadre à la BGFI Bank RDC SA, ferait partie des cibles.

Si c’était un roman policier, l’histoire de Jean-Jacques Lumumba aurait eu pour titre: « L’homme qui en savait trop! ». Le 29 octobre 2016, le quotidien bruxellois « Le Soir » créait l’événement en publiant un dossier explosif  intitulé: « La corruption du régime Kabila vue de l’intérieur ».

De quoi s’agissait-il?

Chef du département des « Engagements » à cette banque – dont 40% du capital sont détenus par la fratrie « Kabila » en la personne d’une certaine Gloria Mteyu -, « Jean-Jacques » a vu passer sous yeux des opérations financières qui n’ont rien à envier aux méthodes mafieuses.

Francis Selemani Mtwale, ex-DG de la filiale de BGFI en RDC

Cadre intègre et consciencieux, il a cru qu’il était de son devoir d’en informer le « patron » qui n’est autre qu’un autre membre de la « famille régnante ». Il s’agit de Francis Selemani Mtwale. Des sources proches de la DGM (Immigration) affirment que ce banquier voyage  avec un passeport tanzanien. « Il m’a quasiment menacé de mort, m’a enjoint de me taire », confiait-il au « Soir ». Ce petit-neveu de Patrice-Emery Lumumba a assisté au détournement de l’argent destiné à financer les élections à partir d’un compte de la CENI ouvert à la BGFI.

A titre partir de janvier 2016, relate-t-il, le gouvernement a versé sur l’un des comptes de la CENI à la BGFI six versements d’un montant total de 55 millions de dollars. Bien que ce compte présentait un solde créditeur au mois de mai, la centrale électorale a sollicité l’obtention, sur un autre compte ouvert à la BGFI, d’un crédit de 25 millions de dollars. A partir de ce nouveau compte, la CENI a émis plusieurs chèques d’un montant total de 7,5 millions dollars. « A quoi ont servi ces chèques? », s’interrogeait-il.

LE « CLAN DES TANZANIENS »

Il importe d’ouvrir une parenthèse ici pour rappeler que les « hagiographes » de « Joseph Kabila » assurent la main sur le cœur que celui-ci portait, à l’époque du maquis de LD Kabila, quelques patronymes d’emprunt. Et ce « pour des raisons de clandestinité ». Kabange, Mtwale et Kanambe seraient les noms de « couverture » que le futur « raïs » se serait affublé. (C. Kabuya-Lumuna Sando, « Histoire du Congo, les quatre premiers présidents », Ed. Secco & Cedi, 2002, p. 239; François Soudan en collaboration avec Wilson Omanga, « Le vrai Kabila », La Revue pour l’intelligence du monde, n°3 juillet-août 2006, p. 37).

Dans son ouvrage « Les Nouveaux prédateurs – Politique des puissances en Afrique centrale », publié chez Fayard en 2003, la journaliste belge Colette Braeckman, écrit notamment que l’ancien conseiller spécial Honoré Ngbanda, « spécialiste de la désinformation, affirme que Joseph [Kabila], en réalité serait le fils d’une femme tutsie que LD Kabila aurait recueillie après la mort de son mari, un compagnon de maquis du nom de Kanambe ». La journaliste de poursuivre: « Un soir, cependant, j’ai moi-même rencontré à Kinshasa un jeune homme qui se présentait comme le véritable fils du dénommé Kanambe; il m’a expliqué que son père avait effectivement été l’un des amis de Kabila, et que ce dernier avait aidé la famille après le décès de son père. Le jeune homme, de l’âge de Joseph et avait grandi avec lui, (…)« .

Colette Braeckman, journaliste belge et spécialiste de la RDC (photo RTBF)

La mémoire de « CB » a, sans doute, flanché. La « spécialiste » ès questions zaïro-congolaises a perdu de vue, qu’en dehors de Ngbanda, elle a été la première journaliste à alerter l’opinion que la mère de « Joseph » était une Tutsi. « La nomination de Joseph Kabila a mécontenté de nombreux congolais. (…), le fils du Président défunt est à moitié tutsi, ce qui n’améliore pas sa popularité à Kinshasa (…)« , écrivait-elle dans « Le Soir » daté du 20 janvier 2001. Dans l’édition datée du 26 janvier, elle « rétropédalait » en présentant la Manémienne Sifa Mahanya comme étant la mère du successeur de Mzee.  Question: Et si le jeune Kanambe dont parle Braeckman n’était autre que « Selemani »? Fermons la parenthèse.

Selon diverses sources, la BGFI Bank RDC S.A. serait au centre de plusieurs opérations douteuses. Cet établissement bancaire accorderait des crédits aux entreprises publiques (c’est le cas notamment de la Régie des voies aériennes et de l’ex-Onatra) en pratiquant un taux usuraire entre 10 et 15%. Alors que la Banque centrale du Congo, elle, appliquerait un taux d’intérêt de 3%. Des Kinois clament que « depuis le 26 janvier 2001, le pays est pris en otage par le clan des Tanzaniens ». Jean-Jacques Lumumba est plus que jamais « l’homme qui en savait trop ».

Qui en voudrait à la peau de « Jean-Jacques »? Poser la question c’est y répondre. « Les Congolais de la diaspora auraient tort de penser que ça n’arrive qu’aux autres. Ils seraient, en revanche, bien inspirés d’ouvrir l’œil en suivant avec le plus grand intérêt la suite de cette affaire digne d’un roman d’espionnage », assène un activiste politique congolais qui conclut: « Kanambe n’a plus rien à perdre ».

 

Baudouin Amba Wetshi

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