
Ancien gouverneur du Nord-Kivu (actuellement ministre du Commerce extérieur), Julien Paluku a fait partie des proches de Joseph Kabila, alors chef de l’Etat. Lors d’un briefing spécial tenu, mardi 27 mai, au studio Maman Angebi de la RTNC l’échange – censé porter sur la place du commerce extérieur dans la croissance économique de la RDC – a rapidement tourné sur la présence de l’ancien président de la République à Goma, dans une zone occupée par la coalition M23/RDF/AFC.
Ayant côtoyé de près l’ex-Raïs, Julien Paluku rappelle avoir été acteur direct de plusieurs épisodes sécuritaires majeurs dans l’Est. Et ce de l’insurrection du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda aux affrontements contre le M23, en passant par l’opération « Umoja Wetu » en 2009 ou « Opération Pomme Orange » en 2013. C’est au regard de cette proximité historique que Paluku affirme ne plus reconnaître celui avec qui il a collaboré pendant plus d’une décennie.
« Ce que je vois aujourd’hui ne correspond pas au Kabila que j’ai connu », a-t-il déclaré, en soulignant, au passage, l’incohérence de la présence de l’ancien Président dans une ville où les forces rebelles du M23/RDF/AFC, accusées de massacres à Sake, Goma, Bukavu et dans les collines du Masisi, sont actives. Aussi, s’est-il posé douze questions.
Les 12 questions
Arborant son sourire habituel, Julien Paluku s’est interrogé sur l’opportunité politique, historique et morale de Joseph Kabila. Est-ce le même homme qui a combattu les « rebellions rwandophones » dans les années 2000? Celui qui a sollicité la collaboration militaire avec Kigali pour les neutraliser; celui qui a refusé l’occupation et pleuré les morts tombés pour la patrie? A-t-il changé au point de « s’afficher avec les bourreaux d’hier »?
Bien que formulé sur un ton accusateur, le questionnement de l’ancien gouverneur du Nord-Kivu s’appuie sur une chronologie précise des événements, et révèle un certain malaise ambiant au sein de l’actuelle majorité face à ce retour inattendu sur la scène publique. Retour d’un homme resté presque discret depuis la passation de pouvoir en 2019.
En se rendant au chef-lieu du Nord-Kivu aujourd’hui sous contrôle rebelle, et en proposant un « pacte citoyen » alors que le pays est en guerre contre le Rwanda, l’ancien président prend le risque de raviver les divisions au sein de l’opinion.
Le gouvernement, par la voix de Patrick Muyaya, a réagi fermement: « Le Président honoraire est un homme du passé. Nous avons peu de temps à accorder à ceux qui veulent nous ramener en arrière ». Le ministre de la Communication et des médias de marteler que l’ennemi principal reste le Rwanda, et non les Congolais entre eux.
Entre mémoire, responsabilité et avenir politique
Julien Paluku, en demandant une mobilisation générale dans le Nord-Kivu face à cette présence qu’il juge incongrue, met en lumière une fracture latente: celle entre la mémoire collective des guerres dans l’Est, les symboles politiques de l’unité, et les risques de recomposition des alliances dans un climat de guerre hybride. Il soulève surtout une question de fond: peut-on impunément s’afficher à Goma avec les présumés auteurs des violences actuelles?
Si les intentions réelles de Kabila restent floues, les réactions qu’il suscite révèlent à quel point son ombre continue de peser sur l’équilibre politique de la RDC. On le sait, l’homme a dirigé la RDC durant dix-huit ans. À l’heure où le pays tente de faire front contre une guerre d’agression, toute ambiguïté devient suspecte.
Le discours de Julien Paluku n’est pas seulement une critique personnelle; il marque un basculement dans la recomposition du paysage politique congolais, où la guerre dans l’Est redessine les lignes de loyauté à l’égard de la patrie, de mémoire et de leadership. En posant ses 12 questions, l’actuel ministre du Commerce extérieur relance un débat essentiel: quelle est la part de responsabilité de ceux qui ont gouverné hier, dans la tragédie qui continue à se jouer dans l’Est aujourd’hui?
Obed Vitangi Kakule
@Nzeli,
Je n’ai pas lu le livre de JJW mais je crois savoir que pour (re)construire une armée, il faut compter 20 ans. Devons-nous nous résigner au fait que le territoire occupé par le Rwanda est perdu pour jamais ou pour 20 ans ? Parce que, franchement, je ne vois pas comment les voleurs de Kinshasa vont reprendre Bunagana, Goma, Bukavu…
Heureusement, ils sont en train de négocier en catimini.