Justice: Un « fugitif » appelé Kalev Mutondo

Tout homme fort serait-il un homme faible qui s’ignore? Qui l’aurait cru que l’ex-administrateur général de l’ANR (Agence nationale de renseignements), Kalev Mutondo, dont la seule évocation du nom terrorisait la population congolaise soit à son tour « terrorisé » par une simple « invitation » à se présenter au parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe afin de répondre des violations des lois commises dans l’exercice de ses fonctions? Le dossier judiciaire ouvert à charge de « Kalev » n’est nullement une « affaire politico-tribalo-judiciaire » comme l’intéressé tente de le faire croire. Jeudi 11 mars, le procureur général près la juridiction précitée a lancé un « Avis de recherche » à l’encontre du fugitif. Une fin pathétique.

Sur les réseaux sociaux, une « info » de dernière minute fait le « buzz ». On y apprend que Kalev Mutondo, accompagné de l’ancien ministre Adolphe Lumanu Mulenda Bwana Nsefu, a effectué une « visite secrète », jeudi 11 mars, au domicile de « Tutu » Yezu Kitenge, le haut-représentant du Président Felix Tshisekedi. Vieux « renard », « Yezu » a, sans doute, flairé le piège. Pour toute réponse, il aurait conseillé à l’ancien patron de l’ANR « de coopérer avec la justice ».

On imagine mal un proche collaborateur du chef de l’Etat interférant dans une affaire judiciaire en cours d’instruction sans qu’une telle démarche ne soit exploitée par le « bénéficiaire » pour accuser le premier magistrat du pays de tirer les ficelles dans les affaires judiciaires en cours.

Kalev Mutondo n’est pas « invité à comparaitre » parce qu’il a exercé les fonctions d’administrateur général de la Sûreté nationale (ANR). Il n’est pas non plus « invité à comparaître » du fait de son appartenance à l’ethnie Ruund ou Lunda du « Grand Katanga ». L’information ouverte à charge de ce haut fonctionnaire est un « dossier judiciaire ». Il ne s’agit nullement d’une « affaire politico-tribalo-judiciaire » comme l’intéressé tente de le faire croire. Il est invité à comparaitre suite aux présomptions qui pèsent sur lui d’avoir violé le caractère apolitique de l’administration publique en détournant l’ANR à des fins partisanes.

Kalev Mutondo

Depuis le 15 février, l’ex-patron de l’ANR joue au chat et à la souris avec l’avocat général Robert Kumbu Phanzu. Après une « invitation » et un « mandat de comparution », datés respectivement du 15 février et 4 mars 2021, adressés à Kalev, celui-ci a réagi. Dans une lettre adressée au PG près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe en date du 6 mars, l’ex-administrateur de l’ANR récuser le magistrat Kumbu. « J’ai l’honneur de vous adresser la présente requête en vue de voir le magistrat Robert Kumbu Phanzu être déchargé de l’instruction des dossiers me concernant », écrit-il. Le procureur général près la Cour de cassation Victor Mumba Mukomo a fait droit à cette demande par sa lettre datée du 10 mars 2021.

TOUT HOMME FORT EST UN HOMME FAIBLE QUI S’IGNORE

Entre la première invitation du magistrat instructeur et la récusation formulée par Kalev Mutondo, il s’est écoulé dix-neuf jours. Manœuvre dilatoire? C’est ici que le procureur général (PG) près la Cour d’appel a sorti « l’artillerie lourde » sous la forme d’un « avis de recherche » ou mandat d’amener.

Dans cet avis de recherche lancé le jeudi 11 mars, le PG près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe, Bonheur Luntaka Madi, écrit notamment: « Veuillez rechercher activement le nommé Kalev Mutondo, administrateur général honoraire de l’Agence nationale renseignements, (…), actuellement en fuite et sans adresse connue à Kinshasa. Le précité est poursuivi du chef des infractions d’arrestation arbitraires et détention illégale avec tortures corporelles et d’extorsion, prévues et punies par les articles 67 al.2. 48 bis, 48 ter et 84 du Code pénal Livre II ».

Outre Le commissaire général de la police nationale, cet avis de recherche est adressé également à l’administrateur général de l’ANR, au directeur général de la DGM (Migrations) ainsi qu’au directeur central de BCN-Interpol. « En cas de sa découverte, l’appréhender et l’acheminer sous bonne escorte au parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe (…)« , conclut le PG Luntaka Madi.

Devenu un fugitif, l’ex-tout-puissant patron de l’ANR vient confirmer que tout homme fort est, en réalité, un homme faible qui s’ignore. Plaignant parmi tant d’autres, l’avocat Jean-Claude Muyambo Kyassa a eu ces mots: « La personne qui avait l’habitude d’arrêter les autres en désordre a horriblement peur d’une petite invitation par peur d’être arrêté aussi ». A méditer.

 

Baudouin Amba Wetshi