« Kabila » n’est pas Sassou…

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A New York, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a exprimé des vives inquiétudes face à la détérioration de la situation des droits et libertés au Congo-Kinshasa. Selon lui, l’ex-Zaïre s’achemine lentement mais sûrement vers une crise grave.

On oublie souvent que les Nations Unies ont pour mission non seulement de maintenir la paix et la sécurité internationales mais aussi de promouvoir la justice et le respect des droits l’Homme. Bref, le progrès social.

L’avis exprimé par le patron de l’organisation mondiale est partagé par de nombreux observateurs. Ceux-ci envisagent l’avenir du Congo-Kinshasa sous la forme d’un grand point d’interrogation. Le mot « chaos » revient dans toutes les conversations. Les plus alarmistes prédisent tout simplement un « apocalypse ».

C’est connu. En Afrique, la tenue d’une élection présidentielle prend souvent l’allure d’une « guerre civile » de basse intensité entre les partisans du calife et ceux de celui qui veut conquérir le « califat ».

D’aucuns avaient cru à tort que le processus électoral au Congo-Kinshasa allait se dérouler sans casse. Au motif que le Président sortant n’avait plus rien à perdre étant donné qu’il est inéligible. C’était mal connaître un « Joseph Kabila » et ses affidés qui ont pris goût au pouvoir.

Depuis le mois de juin 2013, le locataire du Palais de la nation, encouragé par quelques jusqu’au-boutistes, paraît décidé à jouer son va-tout. Il multiplie des artifices pour retarder l’organisation de l’élection présidentielle et les législatives. L’article 73 de la Constitution impose pourtant la convocation du scrutin présidentiel 90 jours avant l’expiration du mandat du président en exercice.

Tout récemment, on a entendu le ministre des Relations avec le Parlement et président de « Kabila Désir », Tryphon Kin-Kiey Mulumba, claironner mi-juin à Lubumbashi: « Oui, au 19 novembre 2016, pour des raisons techniques, financières et autres que seule la Commission électorale nationale indépendante connaît, il n’y aura certainement pas de présidentielle ». « Le président de la République en place – tout comme les députés, les sénateurs, les gouverneurs de province – ne peuvent remettre le pouvoir qu’à des élus », ajoutait-il. C’était en marge de la toute dernière conférence des gouverneurs.

En fait, « Joseph Kabila » paraît décidé à suivre l’exemple du Congo d’en face. Il veut imiter le président Denis Sassou Nguesso qui – bien qu’ayant atteint l’âge limite de 72 ans – a fait organiser un référendum constitutionnel. Il s’est fait par la suite élire lors d’une élection présidentielle organisée à la hussarde.

Le « dialogue politique national » initié par « Joseph Kabila » n’a qu’un but: faire entériner l’idée d’un référendum. D’aucuns allèguent qu’un nouveau projet de Constitution serait dans un tiroir à la Présidence de la République. A Kalemie (Tanganyika), des panneaux de propagande en faveur du référendum sont visibles dans la ville. A Mbuji Mayi (Kasaï Oriental), Ngoy Kasandji a fait des déclarations sans ambiguïtés au retour de la conférence des gouverneurs.

« Joseph Kabila » risque de se tromper énormément.

D’abord parce que Denis Sassou N’Guesso, âgé de 73 ans, est un vieux routier de la politique de son pays. Le Congo-Brazzaville l’a vu naître. Il l’a vu également grandir. Tous ses concitoyens le connaissent et vice versa. Membre de l’ethnie Mbochi, Sassou a gravi tous les échelons dans l’armée avant de diriger les « services » et le ministère de la Défense de son pays. Chef de l’Etat, l’homme dispose d’un fief indéniable.

Ensuite, contrairement à Sassou, « Joseph Kabila » n’a foulé le sol zaïro-congolais qu’à partir de janvier 1997. Le Congo-Zaïre ne l’a pas vu naître. Il ne l’a pas vu grandir non plus. D’ailleurs, l’homme donne l’impression d’éviter tout contact avec la population. Aussi, reste-il encore un mystère pour la grande majorité des Congolais. Contrairement à Sassou, l’actuel locataire du palais de la nation n’a pas de fief. Le Katanga? Molubakat à 100%? Allons donc! Depuis son accession à la tête d’Etat, « Joseph Kabila » et sa fratrie vivent dans une sorte de citadelle assiégée avec une garde rapprochée composée d’étrangers.

Enfin, le Congo-Zaïre a une Histoire qui n’a rien à voir avec celle du peuple frère du Congo-Brazzaville. Lors des consultations nationales et de la Conférence nationale souveraine organisées au début des années 90, les Zaïro-Congolais ont rejeté le despotisme en optant pour l’avènement d’un nouvel ordre politique fondé sur la primauté du droit, la démocratie et le respect des droits humains. Cette option a été réaffirmée lors du dialogue intercongolais à Sun City à l’origine de la Constitution en vigueur.

Au lieu d’écouter les flagorneurs qui l’encouragent à s’accrocher au pouvoir en dépit de l’interdit constitutionnel, « Joseph Kabila » devrait interroger l’Histoire immédiate de ce pays. Il réalisera que Kinshasa n’est pas Brazzaville; « Joseph Kabila » n’est pas Sassou N’guesso…

 

Baudouin Amba Wetshi

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