« La Beviour », une insulte au peuple congolais

« Il y a une sorte de honte d’être heureux, à la vue de certaines misères », disait la Rochefoucauld. Lors d’une rencontre, en 1998, avec des membres de la communauté congolaise à Libreville, au Gabon, le président Laurent-Désiré Kabila, parlant des mobutistes, s’était posé la question de savoir si ceux-ci n’avaient pas honte de vivre dans un îlot de prospérité entouré par un océan de misère.

Le Mzee LD Kabila a dû se retourner dans sa tombe – tout en retenant une certaine nausée – en apprenant que son successeur en l’occurrence « Joseph Kabila » est allé, samedi 23 juillet, à Moanda, afin d’inaugurer un complexe hôtelier composé d’une soixantaine de bungalows de luxe et d’une salle de conférence de 400 places appartenant à son frère Zoé.

S’il était en vie, LD Kabila – qui n’avait jamais présenté les membres de sa famille à la population congolaise – aurait sans aucun doute demandé des explications à l’heureux propriétaire. Il aurait certainement exigé de connaître non seulement le coût mais surtout l’origine du financement.

Dans ce Congo dit démocratique où la population clochardisée a perdu toute capacité d’indignation autant que celle de faire le départ entre le bien et le mal, on imagine que l’ouverture de cet hôtel cinq étoiles n’a suscité que des ovations dans les chaumières. Et ce à l’mage du gouverneur de la province du Kongo Central, Jacques Mbadu Nsitu, qui s’est cru en droit de demander au premier magistrat du pays l’ouverture d’une ligne de Congo Airways sur l’itinéraire Kinshasa-Muanda-Kinshasa « pour encourager le promoteur de l’hôtel ‘La Beviour ‘ à rentabiliser son investissement et à accentuer le développement du tourisme à Muanda ». Un comble!

La réalisation de ce projet pharaonique et surtout son inauguration par l’actuel locataire du palais de la nation est une insulte aux populations congolaises qui peinent à satisfaire leurs besoins vitaux. La fratrie « Kabila » qui étale son enrichissement sans cause ne pouvait trouver meilleur défi à lancer face à un peuple fatigué de l’incurie et de la corruption de la classe dirigeante.

Depuis son accession à la tête de l’Etat, un certain 26 janvier 2001, « Joseph Kabila » a pris l’habitude d’anesthésier les Congolais à coup de slogans creux et de quelques routes goudronnées.

L’homme est tout le contraire d’un Chef exemplaire qui fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. « Ma priorité, c’est le social », avait déclaré « Joseph Kabila » dans une interview au quotidien « Le Monde » en juillet 2001.

C’est quoi donc le « social » pour une population qui n’a même pas de carte d’identité pour prouver sa citoyenneté? C’est quoi dont le social pour une population qui vit dans l’insécurité la plus totale? C’est quoi donc le social pour des gens qui n’ont accès ni à l’eau courante ni à l’électricité? C’est quoi donc le social dans un pays où la qualité de l’enseignement et des soins de santé ne cesse de se détériorer? Que dire du taux de chômage qui explose littéralement?

En accédant au pouvoir, « Joseph Kabila » n’a jamais eu qu’une seule priorité: l’embourgeoisement pour lui-même et sa fratrie.

« Zoé » est devenu un « homme d’affaires » grâce au monopole des imprimés de valeur (timbres fiscaux, formulaires, passeports, permis de conduire, plaque d’immatriculation etc.) lui octroyé par son frangin. On n’a pas souvenance d’un tel privilège attribué à un membre de la famille de Joseph Kasa Vubu ou du maréchal Mobutu Sese Seko.

En avril 2016, les investigations dites « Panama Papers » ont révélé un secret bien gardé. Il s’agit de l’ouverture d’un compte dans les paradis fiscaux par une certaine Jaynet Désirée Kyungu « Kabila ». Et ce six mois seulement après la mort non-élucidée à ce jour de Mzee LD Kabila. Quelle est l’origine de l’argent planqué à Panama? Blanchiment? Corruption?

Deux années auparavant, soit en juillet 2014, le journaliste américain Richard Miniter créditait « Joseph Kabila » d’une somme de 15 milliards de dollars US cachés dans les paradis fiscaux.

L’appétit venant en manageant, la boulimie de la fratrie « Kabila » n’a ni limite ni tabou. En 2006, « Jaynet » voulait mettre la main sur les mines d’uranium de Shinkolobwe, au Katanga. Elle et son associé d’alors, le Zimbabwéen Billy Rautenbach, patron de la société CAMEC (Central African Mining & Exploration Company), avaient fait la demande non pas au ministère des Mines mais à… la Présidence de la République. La réponse était positive. Directeur du cabinet présidentiel au moment des faits, She Léonard Okitundu pourrait en témoigner.

Depuis quinze ans, Joseph, Jaynet et Zoé se comportent à l’image d’un joueur de casino qui a gagné le jackpot. Pour eux, le Congo-Kinshasa est devenu une sorte de caverne d’Ali Baba. Le trio et leurs mentors, tapis dans deux pays voisins bien connus, sont les seuls à connaître le « mot de passe ».

On le voit, le « Congo libéré » est mis en coupe réglée par la fratrie « Kabila ». L’hôtel « La Beviour » constitue la preuve éloquente d’un pillage scandaleux. Tout a une fin. Les Congolais n’accepteront pas d’être insultés indéfiniment. Gare au jugement de l’Histoire!

 

Baudouin Amba Wetshi