Le développement du secteur privé en RD Congo passe par l’amélioration du climat des affaires

Créer, gérer, développer une entreprise en RD Congo relève du parcours du combattant. Il y a tant de problèmes, tant de tracasseries administratives et fiscales…. Le développement du secteur privé passe par l’amélioration du climat des affaires. C’est la condition essentielle d’une croissance durable et du recul de la pauvreté.

Suivant la Banque mondiale, les entreprises privées créent plus de 90 pour cent des emplois, fournissent les biens et les services qui améliorent le niveau de vie et versent une part substantielle des impôts qui financent les investissements publics. C’est ainsi que la Chine a pu extraire 400 millions de personnes de la pauvreté. L’Inde est parvenue à doubler son taux de croissance et l’Ouganda a dégagé, au cours de la dernière décennie, une croissance égale à huit fois celle des autres pays subsahariens. Ces succès s’expliquent essentiellement par les réformes engagées pour améliorer le climat de l’investissement. Le programme d’action de tout gouvernement sérieux doit être de mettre en œuvre des politiques et des procédures offrant aux entreprises des incitations et des opportunités qui permettent de réaliser des investissements productifs, de créer des emplois et de se développer.

Des lois qui ne sont pas appliquées

L’ANAPI (Agence nationale de promotion de l’investissement), est l’organe chargé de la promotion de l’image positive de la RD Congo et des opportunités d’investissement, de veiller à l’amélioration du climat des affaires et d’accompagner administrativement les investisseurs. Elle est l’organe conseil du gouvernement central et des gouvernements provinciaux en matière de promotion des investissements et de l’amélioration du climat des affaires. L’ANAPI est placée sous la tutelle du ministre ayant le Plan dans ses attributions.

Toujours pour améliorer le climat des affaires, le gouvernement a procédé à la création, le 8 août 2009, du Comité de Pilotage pour l’Amélioration du Climat des Affaires et des Investissements en République démocratique du Congo. Ce Comité, composé d’un groupe d’experts, est présidé aussi par le ministre du Plan. Il a pour mission d’accélérer la mise en route des réformes devant permettre d’assainir le climat des affaires, d’améliorer la position de la RD Congo dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale et d’attirer des investisseurs. A cet effet, le groupe d’experts a listé plusieurs réformes relatives aux contraintes économiques ainsi qu’aux contraintes institutionnelles et réglementaires.

Le 16 janvier 2020, le Président de la République a créé un service spécialisé dénommé « Cellule Climat des Affaires », « CCA » en sigle. Cette structure a pour mission de suivre l’amélioration de l’environnement économique et du climat des affaires en République démocratique du Congo. Elle doit aussi faire l’interface avec le monde des affaires.

Malgré tous ces textes, le climat des affaires n’est toujours pas amélioré. Le gouvernement affirme pourtant avoir accompli beaucoup d’efforts pour améliorer le climat des affaires par des lois et règlements. Sur le terrain, les tracasseries administratives sont légion. Il ne sert à rien d’adopter de nouveaux textes de loi si les entreprises ne sont pas convaincues que ces textes seront appliqués et renforcés. Le problème majeur est que l’autorité de l’Etat ne s’exerce pas sur tout le territoire national

Des risques politiques élevés

Comme l’investissement est, par nature tourné vers l’avenir, l’incertitude et le risque politique incitent peu à investir. En effet, les risques liés à la politique sont parmi les sujets de préoccupation majeure des entrepreneurs qui veulent investir chez nous. L’incertitude politique et l’instabilité macroéconomique sont les deux premiers sujets de préoccupation.

Outre la faiblesse du pouvoir d’achat, les opérateurs économiques doivent faire face à plusieurs facteurs qui rendent leurs produits non compétitifs. Il s’agit notamment de la corruption, du déficit en énergie électrique et en eau, de la détérioration des voies de communication, du manque de productivité de la main-d’œuvre, des vols des employés.

A tout ceci, il faut ajouter un environnement politique qui fait craindre à tout moment des révoltes populaires suivies de pillages des commerces et des industries. Tant que l’environnement politique sera peu incitatif, il sera difficile d’attirer des entreprises créatrices d’emplois et de richesses. Ce climat d’insécurité majeure décourage tout investisseur non averti et/ou peu aguerri.

Les coûts associés à un mauvais climat des affaires peuvent parfois atteindre le triple des sommes que les entreprises paient en impôts. C’est le cas par exemple en Tanzanie où selon la Banque mondiale, les infrastructures inadaptées, l’exécution insuffisante des contrats, la corruption, la criminalité et le fardeau de la réglementation s’élèvent à près de 30% du chiffre d’affaires. L’expérience montre que c’est pire en RD Congo. Ces coûts représentent une charge plus lourde que les impôts. A la différence des impôts, ils doivent être payés par les entreprises, qu’elles dégagent ou pas de bénéfices. Dans de nombreux pays en développement, les chefs d’entreprise passent plus de 15% de leur temps à négocier avec des fonctionnaires, au lieu de se consacrer à l’amélioration de leurs produits ou de leur productivité.

 

Gaston Mutamba Lukusa

5 thoughts on “Le développement du secteur privé en RD Congo passe par l’amélioration du climat des affaires

  1. LORSQU’UN PAYS EST SOUS LA BOTTE D’UN EX-MAQUISARD VOLEUR ET SA BANDE (FCC) QUI EN CONTROLE TOUTES LES REGIES FINANCIERES INCLU LA BCC, MINISTERES DES FINANCES, DES MINES, ET DU PORTEFEUILLE, SANS PARLER DU PATRONANT A TRAVERS SON KAPITA ALBERT YUMA, ET QUE LA PRESIDENCE ET MINISTRES (FCC & CACH) CONTINUENT A SIGNER DES CONTRATS LEONINS AU DETRIMENT DU TRESOR, DONC MOYENNANT DES POTS DE VINS), QUEL INVESTISSEUR SAIN OU SERIEUX IRAIT RISQUER SES CAPITAUX DANS CETTE JUNGLE MAFIEUSE….?

  2. Compatriote Mutamba,
    Je suis épaté par votre exposé exhaustif sur le climat des affaires dans notre pays, vous maîtrisez votre sujet au contraire du profane que je suis en cette matière !
    Vous avez tout dit sauf peut-être à ajouter qu’à la pléthore des textes de loi non appliqués l’empilement des organes publics qui en sont chargés ne simplifie pas le pilotage et le suivi du secteur,
    on aurait du n’en garder qu’un ou deux accolés au Ministère du Plan.
    Vous soulignez l’incertitude politique comme obstacle majeur, mon récent séjour au pays me suggère que le délabrement des voies de communication, le déficit en énergie électrique et en eau à côté de la corruption obèrent autant l’émergence de bonnes conditions qui incitent à investir chez nous.
    Sinon il est indubitable que l’absence ou la grande faiblesse de l’autorité de l’Etat à travers le territoire national reste un grand fléau. Notre pays a grand besoin d’être gouverné, on l’entend même dans la bouche des citoyens qui à la suite de derniers
    changements politiques réclament un véritable pouvoir
    pilote qui impose des mesures fortes et pourquoi pas autoritaires pour que la gouvernance change profondément.

    1. PERMETTEZ QUE JE REVIENNE À L’ALLUSION QUE J’AI FAITE SUR L’IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ DES INFRASTRUCTURES DANS NOTRE PAYS !
      Dans l’histoire des pays aujourd’hui développés on trouve souvent une étape de GRANDS TRAVAUX en urbanisation, en infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et pourquoi pas aériennes et numériques, en logement et autres bâtiments notamment sociaux, en fourniture d’électricité et d’eau (portable)… Et ces grands chantiers continuent. Les résultats de fameux ‘grands chantiers’ avec les chinois sont aujourd’hui invisibles chez nous. Les grands travaux participent et reflètent les efforts d’un pays pour se hisser au rang d’un pays qui se développe et restent ainsi un investissement proritaire vital pour notre pays. A voir l’état quasi inexistant de nos infrastructures, programmatiquement cela doit participer d’un programme de gouvernement au moins de deux mandats présidentiels. Un programme pour lequel le pays consentirait utilement des massifs emprunts internationaux. C’est le chemin pour revendiquer et arriver au rang de pays émergents jusqu’à celui lointain de pays développé !

  3. Cher Gaston,
    C’est toujours le même constat comme je l’ai épinglé à propos de votre article sur la fiscalité!
    C’est depuis des années si pas des dizaines d’années que les différents gouvernements qui se succèdent dans notre pays prétendent avoir parmi leurs priorités l’amélioration du climat des affaires! Année après année, le constat reste le même! Alors, qu’est-ce qui ne tourne pas ?
    Une petite observation: quand on lit votre texte, on y note déjà trois organes chargés du climat des affaires: ANAPI, Comité de pilotage pour l’amélioration du climat des affaires, Cellule « Climat des affaires », les deux premiers dépendant du ministre du Plan et le troisième de la Présidence de la République! Trouvez l’erreur!

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