Le processus électoral en RDC: un jeu des dupes!

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Mwamba Tshibangu
Mwamba Tshibangu

Enfin, on y est presque, le processus électoral en cours devra dévoiler tous les enjeux réels ou cachés. En attendant ce moment fatidique, on assiste à un jeu des dupes entre les tenants de la majorité sortante et les partis de l’opposition.

Au cœur de ce jeu de cache-cache, il y a l’arnaque sous forme de l’imbroglio dans le chef des organisateurs des élections. Ils procèdent avec leur calendrier tout en sachant qu’à la fin il n’y aura pas d’élections, à moins d’un miracle, devrions-nous ajouter. Ils exhibent du matériel soi-disant pour des fins électorales sachant bien leur insuffisance pour remplir pleinement leur mission.

L’histoire de ce vilain jeu est connue. Au départ, leur préoccupation majeure était d’œuvrer pour maintenir Kabila au pouvoir en dépit de ses deux mandats constitutionnels expirés. Après moult tentatives, cette stratégie a échoué. Acculé par de nombreuses pressions, Kabila a dû capituler pour passer le flambeau à un membre de son écurie moins populaire que d’autres figures de proue. Ce geste impromptu, du choix dévolu en la personne d’Emmanuel Ramazani Shadary, demeure un mystère qui révélera ses intentions dans le futur. Corneille Nangaa, de sa part, avait tendu des pièges à l’opposition. Environ 10 millions d’électeurs sans empreintes digitales figuraient dans les fichiers électoraux, sans expliquer comment cela a pu se produire. Et enfin, la clé de l’énigme, la machine à voter, leur joker, en rajoute à une situation déjà confuse et chaotique.

L’opposition, plurielle, tout en affichant un profil bas, continue à marteler son rejet de la machine à voter tout en exigeant le nettoyage des fichiers électoraux corrompus. Ce qui démontre, sans équivoque, que tout est compromis d’avance. Pour sauver sa face, après des déchirements intenses, l’opposition a fini par adopter la position stratégique de l’UDPS qui prône d’aller droit aux élections, avec ou sans machine à voter.

La vraie question est celle de savoir s’il y aura ou non élections? Si oui, sans préalables, à quel résultat le peuple congolais devra-t-il s’attendre? Sinon, accorde-t-on une rallonge à Kabila? Déjà, sans attendre l’issue incertaine de la tenue des élections, certains tenants du camp de l’ex-majorité clament, à qui veut les entendre, de craindre les velléités du « glissement » dans le chef de certains opposants.

Ce marchandage des dupes reflète, ni plus ni moins, un flou théâtral. On n’a donc pas à s’étonner du revirement spectaculaire des acteurs majeurs qui s’étaient réunis à Genève du 9 au 11 novembre 2018 et qui ont, dans l’espace de 24 heures, renoncé à leur engagement en faveur de Martin Fayulu, candidat commun désigné. Désormais, il leur sera difficile de prétendre parler d’une seule voix. Ils ont désillusionné le peuple congolais en semant l’espoir qu’ils pouvaient s’unir au nom de l’intérêt suprême de la nation. Hélas, tout cela n’est que chimère. Dès lors, à défaut d’un candidat commun, l’opposition sera-t-elle capable de défaire, lors de la campagne éventuelle, le mûr des clivages en vue de fragiliser, tout le moins, le candidat du FCC qui lui, grâce à l’argent soudoyé et à l’influence de Kabila qui contrôle pratiquement tous les pouvoirs en RDC, est assuré de l’alignement de tout le monde derrière sa candidature?

Les choses étant ce qu’elles sont, il y a ceux qui envisagent un autre dialogue pour aller vers une transition. Ainsi, au bout de la ligne, les masques finiront par tomber et dévoileront ipso facto la carte de jeu qui est présentement top secret. Pour le clan Kabiliste, ce schéma leur convient puisqu’il continue à maintenir leur protégé au pouvoir en attendant de le pérenniser par voie référendaire, le moment venu. Pour l’opposition, accepter l’option d’aller aux élections, avec ou sans machine à voter, pourrait-il pousser le clan Kabila dans leur dernier retranchement en mettant à nu leur défaillance d’organiser les élections, sans en imputer la responsabilité à l’opposition?

Dans l’entre-temps, s’accrochant à l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 11 mai 2016, Kabila demeurera au pouvoir. Ce qui signifie, sans parabole, un glissement. Mais, plus qu’un glissement, c’est la prise en otage de tout un pays. C’est le règne par la force et par la duperie. Il sied de dire que ceux qui sont au pouvoir par défi n’y quitteront que s’ils y sont contraints. Il ne faut plus céder à ce jeu des dupes qui n’a aucun lendemain sinon celui de maintenir tout un peuple en état de pauvreté et de mendicité auquel il faut vite mettre un terme. Tous les ingrédients sont là pour que le peuple s’interpose pour dicter sa volonté. L’article 64 de la constitution ne symbolise pas une rose qu’il faut contempler. Il a été édicté pour qu’il trouve application dans le cas de figure comme celui que le pays vit actuellement. Alors, il ne reste plus qu’à demander au peuple congolais de se mettre debout pour s’approprier sa liberté et sa souveraineté. Celle du peuple et non celle des caciques du pouvoir qui la met au premier plan pour couvrir leurs forfaits et leur vilain jeu des dupes.

 

Par Mwamba Tshibangu

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