Les élucubrations de l’historien Elikia Mbokolo

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Depuis qu’il a apposé sa signature sur la charte de la toute nouvelle coalition pro-kabiliste « Front commun pour le Congo » (FCC), l’historien Elikia Mbokolo semble être mal dans sa peau. Il multiplie des sorties médiatiques. Histoire d’estomper la déconsidération que lui vaut cette démarche au sein d’une bonne frange de l’opinion congolaise. Une opinion congolaise consciente que le pays va mal et a besoin de changement. Et que ce sont des « opportunistes » du genre Elikia qui font retarder l’avènement d’une alternative.

Dans une interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir » daté du weekend du 25 au 26 août 2018, le jadis très respecté Elikia Mbokolo tente, en vain, de justifier son adhésion au « FCC ». Comme dans ses précédentes prestations, l’historien prétend être droit dans se bottes. Pour lui, il n’a commis aucune « erreur » en ralliant sur le tard le « clan kabiliste ». Une certitude: l’homme souffre.

Cardinal Laurent Monsengwo

Fait nouveau pour un historien, notre « savant » se fonde désormais plus sur les « rumeurs » que sur la base des documents et des faits. Selon lui, le bras de fer qui oppose l’Eglise catholique au pouvoir kabiliste découlerait d’une part de l’appui que les prélats ont accordé à l’opposition et de l’autre d’un prétendu agenda caché (c’est nous qui le soulignons) du cardinal Laurent Monsengwo. « Depuis le dialogue de la Cité de l’Union africaine, auquel j’ai participé en 2016, des rumeurs circulaient suivant lesquelles, en cas de blocage, Mgr Monsengwo, cardinal de Kinshasa, pourrait faire fonction de président de République par intérim », dit-il.

D’après Mbokolo, c’est pour cette raison que « l’Eglise a commencé à mobiliser sans réellement le dire ». Selon toujours Elikia, c’est ainsi que les membres du Comité laïc de coordination (CLC) se seraient « accrochés » aux évêques catholiques dans l’espoir d’être les « principaux et heureux bénéficiaires » en cas d’instauration d’une « nouvelle transition » d’une durée de deux à trois ans.

« GARANT MORAL »

L’historien gratifie « Joseph Kabila » du titre de « garant moral » du « FCC » avant de se réjouir du « renouvellement » du personnel politique en perspectives. Pour lui, le changement ne se situe nullement au niveau de la gouvernance et de mœurs politiques. Il se contente de constater « l’apparition de beaucoup de nouveaux candidats, des jeunes, des animateurs de la société civile, des femmes ». « On était fatigués des caciques installés dans les réseaux du pouvoir depuis trop longtemps et qui, à l’évidence, n’ont pas fait une parcelle du bulot que l’on attendait d’eux… », souligne-t-il.

Elikia feint d’ignorer que le « garant moral » du FCC se trouve à la tête de l’Etat depuis 17 ans soit trois législatures en France et quatre aux Etats-Unis. Les « caciques » dont il parle avec ironie ne sont pas tombés d’une autre planète. Il s’agit des hommes et des femmes choisis librement par « Kabila ». Un « Kabila » qui avait promis de faire du Congo-Kinshasa « la Chine de 2011 ». Quid du bilan? Les « Cinq chantiers du chef de l’Etat » et la « Révolution de la modernité » n’étaient que des slogans creux.

Mbokolo devrait mettre à jour ses fiches au lieu de faire des affirmations ubuesques selon lesquelles « l’Eglise catholique reçoit de l’argent de l’Etat congolais ». D’après lui, tout en recevant des « subsides », l’Eglise fait payer le minerval dans ses écoles. Des sources bien informées démentent ces allégations en assurant n’avoir aucune souvenance de l’existence d’une rubrique « subsides pour l’Eglise catholique » contenue dans le budget de l’Etat.

« OPPORTUNISME »

Kabila et son entourage

En conclusion de cet entretien, Elikia a abandonné sa casquette d’historien pour enfiler celle de « voyant extralucide ». Selon lui, « s’il devait y avoir un coup d’Etat, le Congo ne lui survivrait pas, il éclaterait en lambeaux: chacun de nos peuples irait de son côté, (…)« .

Quel est le problème? A l’instar d’autres « nationalistes-souverainistes » autoproclamés qui gravitent autour de « Kabila », notre historien reproche implicitement tant aux évêques catholiques qu’aux membres du Comité laïc de coordination « de faire la politique ».

Est-ce « faire la politique » en dénonçant le fait que le pays va très mal et que les conditions de vie de la population ne cessent de se détériorer? Est-ce faire la politique en fustigeant la corruption? Est-ce faire la politique en constatant que les familles congolaises sont incapables d’élever leurs enfants comme des êtres chers et n’ont pas accès à des soins de santé et un enseignement de qualité? Est-ce faire la politique en exigeant le respect de la Constitution et l’application intégrale de l’Accord de la Saint Sylvestre? Est-ce faire la politique en fustigeant les répressions sanglantes des « marches pacifiques » du 31 décembre 2017 et celles du 21 janvier et du 25 février 2018?

Les élucubrations de l’historien Elikia Mbokolo ne trompent personne. Elles dissimulent mal la profonde motivation de sa démarche. Celle-ci se résume en un seul mot: opportunisme.

 

Baudouin Amba Wetshi

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