Lubumbashi: Peur sur la ville

Les rumeurs les plus folles circulent sur les réseaux sociaux au sujet des « troubles » qui pourraient survenir lundi 13 juillet lors de la marche prévue notamment par la plateforme politique « Lamuka ». Certains « nostalgiques » comptent commémorer, le même jour, le 60ème anniversaire de la proclamation… de la « sécession katangaise ». Des menaces contre les « Kasaïens » pullulent sur la toile. Intox?

« Il règne un climat délétère dans le Haut-Katanga. L’ambiance générale n’est pas sans rappeler le climat qui prévalait avant la chasse aux Kasaïens de 1992 ». Ces propos émanent d’un observateur lushois. Un homme sain de corps et d’esprit. Pour lui, l’heure est venue de tirer la sonnette d’alarme.

Jacques Kyabula Katwe, gouverneur du Haut-Katanga

De la même source, on apprenait qu’un certain Dodo Ntumba Mukendi aurait été tué lors de la marche de jeudi dernier. « Son corps a été jeté dans la rivière Tshondo », précise-t-elle. La victime militait, semble-t-il, dans l’Udps. Il faisait partie de « l’équipe de mobilisation » de ladite marche. D’aucuns redoutent que les proches du défunt mènent une « opération de vengeance » aux conséquences difficiles à évaluer.

Jeudi 9 juillet, plusieurs Lushois ont été surpris d’assister au déploiement des éléments de la Garde (mal nommée) républicaine (GR), l’ancienne garde prétorienne de « Joseph Kabila », sur certaines artères de la ville de Lubumbashi. « On s’est cru un moment de retour deux années auparavant lorsque le raïs et ses sbires faisaient la pluie et le beau temps ». Qui avait ordonné la mobilisation de ces soldats à la gâchette facile dans une opération de maintien de l’ordre? C’est la question qui revient sans cesse.

Président provincial du parti kabiliste le Pprd (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie), le gouverneur Jacques Kyabula Katwe est suspecté de « conflit d’intérêts ». A tort ou à raison, il lui est reproché de défendre plus les intérêts du Fcc/Pprd que ceux de la nation toute entière. Il lui est reproché également une certaine inaptitude à « rassembler » et à « rassurer » tous les habitants du Haut Katanga au-delà des clivages idéologiques et ethniques.

On apprenait que le gouvernorat a mis fin au contrat qui le liait à une chaîne locale de télévision privée. Celle-ci avait diffusé des séquences de la manifestation de jeudi organisée contre l’entérinement de Ronsard Malonda en qualité de président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Des informations fragmentaires laissent entendre que Kyabula Katwe pourrait faire appel aux ex-miliciens Bakata Kata de Gédéon Kyungu Mutanga. Ils auront pour mission d’affronter les « Wewa » qui se réclameraient de l’Udps.

A Kinshasa, le gouvernement a réaffirmé l’interdiction de toute manifestation à travers le territoire national. A Kolwezi, chef-lieu du Lualaba, le gouverneur Richard Muyej entend appliquer cette instruction à la lettre. La maire de Kolwezi, Véronique Upite, dit attendre les « marcheurs » de pieds fermes.

Moïse Katumbi Chapwe, co-fondateur de « Lamuka » et leader de la plate-forme « Ensemble »

Il se confirme que le Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba a tenu, dimanche 12 juillet, une réunion à laquelle participaient quelques membres du gouvernement ainsi que des responsables des services de sécurité civils et militaires. C’était l’occasion de rappeler de manière solennelle l’interdiction de la marche prévue par la plateforme Lamuka aux quatre coins du pied.

La coalition Lamuka ne l’entend pas de cette oreille. Elle maintient sa « démonstration » de ce lundi, a déclaré Moïse Katumbi (Ensemble). De son côté, le MLC Jean-Pierre Bemba a insisté sur le caractère pacifique de cette manif’ soulignant au passage l’interdiction d’attenter tant aux biens qu’aux personnes. Sera-t-il entendu?

Sur les réseaux sociaux,  un message audio en swahili circule. Comme à l’accoutumée, le locuteur n’a pas eu le courage de s’identifier. L’homme « accuse » Katumbi « d’avoir fait venir des Kasaïens au Katanga » avant d’inviter les « katangais » à étêter tous les « Kasaïens » qui oseront se trouver sur la voie publique lundi 13 juillet. « Nous redoutons un génocide », conclut notre interlocuteur. Alarmisme? Une certitude: une certaine peur règne sur la ville de Lubumbashi.

 

B.A.W.

7 thoughts on “Lubumbashi: Peur sur la ville

  1. On peut habiller un voyou en cravate ou en khakis a Kingakati ou au gouvernorat du Haut Katanga, mais celui-ci restera toujours voyou…
    Le probleme de fond est savoir a quoi sert le pretendu-Commandant Supreme des FARDC FATshi, ce alors que de bandits et milices infiltrent le pays et y sement la terreur, que ce soit a Beni ou a Lubumbashi !

  2. Certains compatriotes ont vraiment la mémoire courte. A force de jouer avec le feu, on finit par se brûler. Après la fameuse république du Kivu, les rumeurs qui bruissent du côté du Katanga n’augurent pas des lendemains qui chantent. Les événements de 1992 ont laissé une tâche indélébile dans la tête de beaucoup de Kassaiens qui ont été pourchassés comme des gibiers. La sécession, rien que d’y penser, ça donne des frissons. Le jeune gouverneur Kyabula ferait mieux de se renseigner, avant de se lancer dans des aventures dont il ne pourra pas maîtriser les conséquences, on peut savoir quand il faut fomenter des troubles, mais il est impossible de prévoir leur fin et leurs conséquences. J’aimerais rappeler aussi à Katumbi qui était gouverneur affairiste de faire attention. Il n’a pas laissé que des bons souvenirs. D’ailleurs madame Colette Breakman, la spécialiste belge du Congo a rapporté avec forces détails la façon dont cet ancien dignitaire du PPRD menait son personnel à la baguette. Donc, le règlement de compte entre anciens compagnons risque de plonger une partie cette province dans le chaos, sans compter les sinistres Bakata Katanga dont le chef est en fuite qui ne manqueront pas de sauter sur la moindre occasion. Il est irrésponsable de mettre le doit dans l’engrenage aujourd’hui où là situation socio-politico-economique du pays ne cesse de tanguer. A bon entendeur salut.

  3. Il faut que ces manifestations aient lieu et se multiplient. Car dans le contexte de l’immobilisme actuel, seule l’agitation peut pousser Félix Tshisekedi à rompre le cordon ombilical qui le lie à Joseph Kabila, pour le plus grand malheur de notre nation. Il convient de rappeler ici qu’une telle rupture passe soit par l’identification d’une autre majorité présidentielle à l’Assemblée nationale qui jetterait le PPRD dans l’opposition, soit par la dissolution de ladite Assemblée. Il faut que Joseph Kabila soit mis hors d’état de nuire, jeté en prison et jugé pour tous les crimes de sang et crimes économiques que lui, sa fratrie et sa clientèle politique auront commis au cours de son long règne. Un tel jugement devra être suivi de la confiscation de tous leurs ses biens mal acquis.

  4. Et qui a dit que les Congolais ne se retrouvaient pas en face du régime « Tshilombo Tshifueba » alias « Kabila Kanambe »?
    L’avant alternance « pacifique » n’est-il pas égal à l’après l’alternance « pacifique »?
    Nous ne sommes pas dupes comme le croient les occupants et leurs serfs et serves, ces esclaves qui ne disposent ni de leur personne ni de leurs biens!

  5. Je crains qu’il se trame bel et bien quelque chose de louche du côté du Katanga ! J’espère qu’entre désobéissance de certains commandants, incurie des politiciens véreux et magouilles des magistrats cupides, Tshisekedi et son gouvernement ont bien vu le danger et qu’ils ont lancé les services pour tirer tout ça au clair et sanctionner courageusement les coupables…

  6. Quelqu’un peut il m’expliquer comment peut on aimer Tshilombo et hair Kanambe? Comment aimer le cach et rejeter le fcc? soyons serieux.

    1. eRAZ
      electronic Raz,
      « Quelqu’un peut il m’expliquer comment… » : En cessant d´avoir un esprit étroit et de raisonner légèrement comme Raz.

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