Massacres à Beni:Violence politique, dissimulation, et cooptation

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Depuis 2013 une vague mystérieuse de tueries de masse s’est produite aux alentours de Beni, dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Cette surprenante série d’attaques a fait du territoire de Beni – une zone plutôt calme entre 2005 et 2015 – le théâtre d’un des conflits les plus violents du pays depuis lors. Ces tueries, commises principalement à la machette, ont plongé la région dans une brutalité jamais vue dans cette zone, avec un nombre de morts estimé à au moins 800 et plus de 180.000 déplacés depuis le début de la principale vague de violence en octobre 2014.

La violence a été enveloppée de mystère et les rebelles islamistes ougandais, les Allied Democratic Forces (ADF) ont souvent été accusés de ces actes. Notre rapport––le résultat de plus de deux années de recherche et 245 entretiens, y compris plusieurs avec des responsables des tueries––révèle une réalité plus complexe et probablement plus troublante.

Alors que les ADF ont participé à de nombreux massacres, il est clair que plusieurs réseaux d’acteurs qui se chevauchaient étaient impliqués, parfois en collaboration et d’autres fois en compétition. Plus précisément, il est clair que les officiers appartenant à l’ancienne Armée patriotique congolaise (APC) ont lancé les massacres qui ont débuté en 2013 conjointement avec les ADF et des chefs coutumiers locaux.

À un certain moment, à la mi-fin de 2014, les officiers de l’Opération Sukola I de l’armée congolaise, dirigée par le Général Muhindo Akili Mundos, ont pu pénétrer ces réseaux. Au lieu de traduire les auteurs en justice, toutefois, ils ont coopté ces réseaux et aggravé la violence afin de contrôler leurs rivaux. Toutes les parties en ont profité en accusant l’organisation étrangère et islamiste pour les meurtres.

Face à cette complexité, les réponses du gouvernement congolais et de ses partenaires internationaux ont été insuffisantes. Alors que les opérations initiales de Sukola I visaient de manière agressive les ADF – au prix de la vie de centaines de soldats congolais – le commandant d’opérations subséquent, le Général Mundos, est complice des massacres des civils lui-même. Cela reflète mal sur les opérations militaires de la mission de maintien de la paix des Nations Unies, qui a fourni un soutien à l’armée congolaise pendant une grande partie de cette période. Plus généralement, cela démontre qu’une stratégie purement militaire sera insuffisante pour stabiliser cette zone.

Le rapport peut être consulté ici en anglais. Le résumé est disponible en français ici. Une traduction complète en français sera bientôt disponible.

 

Congo Research Group
Contactez-nous: info@gecongo.org

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