Présidentielle du 23/12: « Kabila » met (peut-être) fin au poker menteur

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Quarante-huit heures après la désignation surprise, par « Joseph Kabila », de l’inénarrable Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat du Front commun pour le Congo (FCC) à l’élection présidentielle, des observateurs pensaient avoir été témoins, mercredi 8 août, d’un « gag ». Contactés le lendemain jeudi, certains « opposants du gouvernement » avaient la « gueule de bois ». Ils disent avoir assisté à une « mauvaise blague ». Hélas non! Le désormais ancien secrétaire permanent du parti présidentiel, alias « Coup sur coup » ou « Bulldozer », est bel et bien le cacique choisi par le « raïs » pour assurer la « succession ». A travers ce choix, ce dernier vient de confirmer qu’il n’a jamais été à l’écoute des Congolais. Sinon, il aurait su que son « candidat » est mal aimé. Il lui est reproché non seulement la vulgarité de son langage mais surtout son déficit d’exemplarité. Shadary ou un autre, peu importe! « Kabila » mérite-t-il des remerciements et des congratulations après cinq années d’un pitoyable suspens émaillé de mensonges et de faux-semblants?

Vingt-quatre heures après l’annonce de la désignation d’Emmanuel Ramazani Shadary comme candidat du « FCC » à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre prochain, on a assisté, mercredi 8 août, à des « liesses populaires » à Kindu, le chef-lieu de la province du Maniema dont le prétendant est originaire.

Selon l’Agence congolaise de presse, le gouverneur ad intérim de cette Région, Jérôme Bikenge Musimbi, avait mis à profit cette « mobilisation spontanée de la population » pour exhorter celle-ci « à se mobiliser comme un seul homme pour soutenir le candidat unique du FCC ». Comme à l’accoutumée, les débits de boissons ont été pris d’assauts par les « manifestants ». L’histoire ne dit pas qui a payé les consommations.

DUPLICITÉ ET LANGUE DE BOIS

Au plan diplomatique, on a suivi, jeudi 9 août, des réactions teintées de duplicité. Sans omettre la langue de bois.

Emmanuel Marcon, Président français

Dans un communiqué publié par l’Elysée, la France a rendu « hommage à l’action » de « Joseph Kabila » « pour l’unité et l’intégrité de la RDC ». L’Hexagone « se tient prêt », aux côtés de ses partenaires particulièrement l’Union européenne et l’Union africaine, « à accompagner les efforts des autorités congolaises en vue de la tenue, le 23 décembre prochain, d’un scrutin libre, transparent et inclusif ».

Dans un communiqué collectif, la patronne de la Mission onusienne au Congo et les ambassadeurs et chefs de mission du Canada, Etats-Unis, Suisse se sont empressés de donner un coup de chapeau à « Kabila ». Et ce pour « avoir tenu son engagement de respecter la Constitution congolaise ».

Pour le chargé d’affaires des Etats-Unis à Kinshasa, l’annonce de la désignation du « dauphin » du Président sortant « représente un pas en avant important pour la démocratie congolaise ».

Dans l’euphorie ambiante, certains commentateurs sont allés jusqu’à affirmer que c’est la première fois qu’un Président congolais en exercice ne se représente pas.

MAINTENIR LA PRESSION FORTE

Ce beau monde sait parfaitement bien que « Kabila » n’a aucun mérite personnel. C’est depuis le mois de novembre 2016 que les Congolais devaient aller aux urnes pour choisir leur nouveau Président. La « passation civilisée » du pouvoir devait intervenir le 19 décembre de cette même année.

La réaction de l’ONG Human Right Watch sort du lot. Elle porte la signature d’Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique. On peut y lire notamment: « Le fait que Kabila ne se présente pas comme candidat est une première étape cruciale, mais les partenaires régionaux et internationaux de la RD Congo doivent continuer à exercer une pression forte pour que le pays connaisse une transition véritablement démocratique et pour prévenir davantage de répression et d’effusion dans les mois à venir ».

Ida Sawyer

Depuis bientôt deux ans, le Président sortant continu à prendre des décisions majeures (signature des contrats avec des investisseurs étrangers, nomination et mise à la retraite dans l’armée etc.) alors qu’il ne dispose plus de pouvoirs constitutionnels. Les manifestations pacifiques sont réprimées tant à Kinshasa que dans les provinces. Tous les gouverneurs ont adhéré au FCC.

Mercredi 8 août, l’agent du BRTC (Bureau de réception et de traitement de candidature) de la CENI (Commission électorale nationale indépendante) chargé de réceptionner les candidatures n’a pas manqué d’être surpris de voir Ramazani Shadary réduit au rang d’ « observateur » pendant que Néhémie Mwilanya Wilondja, le « dircab » du « raïs » devisait avec la préposée de la CENI tout en remplissant des documents. « Kabila » n’a fait, en réalité, qu’un « repli tactique » face aux pressions tant internes qu’externes. L’homme continue et va continuer à tirer sur les manettes. C’est lui qui contrôle la force publique et le trésor.

« UNE PRISE DE GUERRE »

C’est depuis 2012 soit une année après les élections chaotiques du 28 novembre 2011 que « Joseph Kabila » – qui semble considérer l’ex-Zaïre comme une « prise de guerre » – a commencé à rêver d’un troisième mandat voire d’une présidence à vie. Il semble encouragé dans cette aventure notamment par son parrain rwandais Paul Kagame dont le pays n’a cessé de clamer sa volonté d’installer un « régime ami » à Kinshasa. Autrement dit, pour que le Rwanda se tienne debout, le Congo-Kinshasa doit rester à genoux.

De juin 2012 au 8 août 2018, on a assisté à un poker menteur. Des stratagèmes (rébellion de M23, concertations nationales, dialogue de la Cité de l’Union africaine, Accord de la Saint Sylvestre) suivis de subterfuges n’avaient qu’un seul but: retarder l’avènement de l’alternance. en faisant « glisser » le calendrier électoral.

Dans une interview accordée au quotidienne « Le Soir » daté du 6 novembre 2013, l’ancien chef barbouze Patrick Karegeya déclarait notamment: « La base politique de Kagame, c’est la violence, qu’il exporte dans la région. Le CNDP de Laurent Nkunda comme le M23, c’est lui qui les soutient. Il tient les commandes… »

La « rébellion » menée par le M23 dès juin 2012 était une aubaine. En 2014, le budget de l’Etat ne contenait aucun chiffre destiné au financement des consultations politiques devant aboutir à la tenue de l’élection présidentielle et les législatives en novembre 2016. Prétexte trouvé: l’argent a servi au financement de la guerre contre le M23.

Evariste Boshab

En juin 2013, le constitutionnaliste Evariste Boshab alors secrétaire général du PPRD publie son ouvrage « De la révision de la Constitution à l’inanition de la nation ». Pour lui, toute les Constitutions sont révisables. Il lorgnait sur l’article 220 de la Charte fondamentale qui stipule notamment: « La forme républicaine de l’Etat, le principe de suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée de mandats du Président de la République (…) ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle. (…)« .

Les forces politiques et sociales acquises à l’alternance démocratique seraient mal inspirées de se laisser distraire par le « dauphin du raïs ». « Kabila » fait mine de partir alors que son système (crimes, prédation, népotisme, tribalisme, injustice, corruption, gabegie) reste bien en place. Aucun changement n’est possible sans l’éradication du « système Kabila ».

 

Baudouin Amba Wetshi

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